dimanche 7 décembre 2008
La minute de catéchisme
Pour continuer sur ma lancée, je demandais à mes parents de m’inscrire au catéchisme. C’était une corvée pour certains de mes camarades qui n’avaient pas d’autre choix que de passer une soirée par semaine à se faire sermonner, mais pour moi, c’était avant tout un choix et une découverte. Bon, je n’étais pas vraiment fan des prières qu’on apprend par cœur et des morales toutes faites, mais j’ai pu découvrir un personnage assez cool : Jésus. Un type barbu qui se baladait à dos d’âne, arrivait dans une ville, faisait le bien, et puis repartait jusqu’à ce qu’on finisse par le crucifier. A ce moment-là, des amis de mes parents, ravis de mon apparente conversion, m’ont offert une petite carte du road-trip messianique. A chaque point sur la charte correspondait une fiche illustrée qui racontait le miracle accompli. C’est le souvenir d’un de ces récits qui m’intéresse aujourd’hui.
Jésus, donc, arrive dans une ville. Et dans cette ville, il-y-a des lépreux. Je ne sais pas vraiment ce que la lèpre évoque aujourd’hui au-delà des histoires drôles et des pots remplis de pièces de 20 centimes dans les épiceries, mais à l’époque, c’était la maladie la plus dégueulasse et la plus terrible qui soit. Incurable, extrêmement contagieuse, elle condamnait les malades à regarder leurs membres se détacher dans des léproseries, c'est-à-dire des bâtiments délabrés en périphérie où ils mourraient ensemble dans la misère et la honte. Donc dans la ville en question, personne n’aime les lépreux. Ce n’est peut-être pas de leur faute, mais si on leur tend la main, ils la contaminent. Ces gens-là sont foutus, et n’ont plus que leurs yeux pour pleurer – et encore, pas toujours. Quand notre héros barbu arrive, les gens ont entendu parler de lui. Ils se sentent tous un peu lésés par la vie, alors un attroupement se forme assez vite autour de lui : « Eh, m’sieur Jésus, tu pourrais me multiplier quelques pains ? La récolte a été moyenne cette année », « Tu pourrais arranger ma sciatique ? J’ai du mal à prier avec ce mal de dos » et autres petites doléances se multiplient. Comme Jésus est un mec sympa, il rend service dans la mesure de ses pouvoirs divins, et on commence à faire la queue. La place est bondée.
Arrive un lépreux vêtu de haillons. Au milieu du brouhaha des lamentations, on entend :
« Bah voila, moi j’ai la lèpre. ».
Grand silence. Un ange passe, si j’ose dire.
« Je vais mourir, c’est inévitable, et je n’ai pas droit à un peu de compassion parce que ma maladie fait peur aux gens. Je n’ai rien fait de mal, mais personne ne m’aime parce-que je n’ai pas de chance. »
A chaque mot, les gens s’éloignent un peu plus pour éviter les germes, si bien qu’au bout d’un moment il n’y a plus que Jésus au milieu de la place, le lépreux en face de lui, l’âne qui n’a rien compris entrain de grignoter et la foule autour d’eux, à une distance raisonnable. Le lépreux regarde Jésus. Jésus regarde le lépreux. Les gens regardent Jésus regarder le lépreux, et l’âne brait. Puis quelqu’un se met à crier :
« Tire-toi le lépreux ! On ne peut plus rien pour toi, tu vas mourir, essaye de ne pas contaminer notre messie au passage ! »
On reprend :
« Ouais ! C’est pas parce-que t’est foutu que tu vas tout gâcher pour nous ! »
« Ouais ! »
« Ouais ! »
« Ouaaaaaiiiiiiis !!! »
Et la foule de commencer à caillasser le type malade. Une pierre, ça fait mal quand on la jette avec de la haine, vous savez. Sur des chairs pourrissantes, c’est pire. Et là, Jésus dit juste :
« Arrêtez. »
Comme c’est le fils de Dieu et qu’il a la voix qui porte, on l’écoute. La lapidation cesse, les cris cessent. Retour au silence. Un buisson roule, porté par le vent chaud, et le messie allume une clope en plissant les yeux. Il avale une bouffée et recrache la fumée avec la classe du cowboy Marlboro, parce-qu’à cette époque-là c’est de la lèpre qu’on a peur, pas du cancer. Il parle et dit au malade dégoulinant de pus, de sang et de larmes :
« Approche, car je vais te guérir. »
Là, c’est du jamais vu. Primo, si les gens ont entendu parler du pouvoir de Jésus, ils n’ont jamais pu assister à ses miracles sur Youtube, jusque là il ne s’agit que d’une rumeur pour eux. Secundo, toucher un lépreux, c’est devenir lépreux soi-même, ça ne se fait pas. Tertio, on n’a pas encore inventé le téléphone portable. Pas question pour le voyageur barbu de passer un coup de fil rapide à son père pour lui demander ce qui se passera s’il le fait. Peut-être qu’il va y avoir miracle, et peut-être qu’il va juste tomber malade et qu’il ne pourra plus aider personne. Mais c’est un type comme ça : il va essayer.
Le lépreux approche, et c’est de plus en plus abominable pour l’assistance : un réprouvé pathétique entre la vie et la mort, un zombie, titube vers celui qui incarne pour eux la beauté, la justice, l’espoir. Et risque de le souiller définitivement. Chaque pas qu’il fait les rapproche tous d’un monde inimaginable où la transcendance aurait succombé au pourrissement. Ils pâlissent.
Enfin, Jésus touche le lépreux. Ce moment là est probablement le plus lourd de suspense et le plus beau de sa carrière.
Le récit s’arrête ici pour moi. La suite n’a pas plus vraiment d’importance.
Cette histoire m’a bouleversé, vraiment. Elle fut le point culminant de ce que j’appellerai ma foi, faute de mieux. Après elle, je devais découvrir les rites ennuyeux et les lois rigides de l’Eglise. Les guerres livrées, les mensonges proférés, les suicides, les meurtres, les vols, les conquêtes, les crimes commis depuis ce moment qui appartient peut-être au mythe, peut-être à l’histoire, et commis au nom de Dieu, ou de l’Homme, ou du Bien.
Peu de choses ont changé depuis le temps du récit. Les foules, sur les places, continuent de faire ce qu’elles font parce qu’elles l’ont toujours fait et comptent sur leurs Jésus de carton pour faire le bien, et décider de ce qu’est le bien. La foi de ce messie consistait à faire de son mieux, à caresser une peau malade pour la guérir. La foi qu’il a inspirée consiste à attendre qu’il revienne régler tous les problèmes du monde, comme s’il n’était passé par là non pas pour donner l’exemple, mais pour convaincre chacun qu’il était le seul à pouvoir agir de façon raisonnable.
Attendre la parousie et l’Apocalypse, voila la forme dominante de la conscience morale. Il ne s’agit plus d’un dogme religieux, mais d’une véritable dynamique générale : Dieu reconnaîtra les siens, le président sauvera nos peaux, le jury tranchera, quelqu’un viendra arranger ce merdier… Et d’ici-là, restons dans nos bureaux et nos salons, après tout qui sommes- nous pour faire quoi que ce soit ? Combien de lépreux lapidés dans l’indifférence générale depuis Jésus ? Combien de fois penser qu’«ils ne l’emporteront pas au Paradis » a-t-il suffit à se défaire de toute responsabilité ?
On le sait au fond, il est temps de le dire tout haut : admirer ceux qui sont admirables ne nous confère ni légitimité, ni dignité. Toutes ces opinions si droites, tout ce soutien moral qu’on accorde si généreusement aux victimes et aux justes ne nous libèrent d’aucune responsabilité. Ce sont des analgésiques dans lesquels ont vient noyer la douleur de l’évidence, ce jugement de nos consciences qui crie à chaque instant comme nous sommes criminels, même envers nous-mêmes.
En ce moment, j’aime bien soulever des évidences. Parce-que je suis fier de composer avec dans ce qu’elles ont de réel, et que je prends à la lettre ce mot de Camus : "nous vivons avec des idées qui, si nous les éprouvions vraiment, devraient bouleverser toute notre vie. ". J’irais même jusqu’à dire qu’en prenant le temps d’y réfléchir un peu…
mardi 2 décembre 2008
Sincèrement. Je le pense.
On devrait tous prendre un moment chaque mois en haut de quelque chose de très haut. Une grue, un immeuble, une montagne, n'importe quoi de vraiment très haut. Regarder tout au fond de nous même. Et trouver une bonne raison de ne pas se jeter dans la vide pour améliorer les chances de salut de l'espèce humaine, ou au moins sauver ce qui nous reste de dignité.
Mais non. Les connards continuent de klaxonner dans les embouteillages, je débite encore mes indigestions cérébrales, on met toujours du coca Leader Price en rayons. Tout ce qu'il a de minable continue à ne pas briller sous un soleil hagard.
Si toi non plus, tu n'en peux plus; si toi aussi tu pense que tu ferais mieux de mourir; si toi aussi tu reste quand même en vie...
...Crée un blog ?
mercredi 26 novembre 2008
Les yeux ouverts
Allez, soyons francs. On sait bien que ces promesses, du paradis ou de la société sans classes, de la paix sociale et du bonheur pour tous sont des gros vers juteux sur le hameçon glacial qui nous traîne, misérables et impuissants, jusqu’à l’assiette. C’est une évidence si énorme que sa négation ne peut être le fruit que d’une épouvantable mauvaise foi. On l’accepte, ou on la refuse.
Je crois en l’incertitude. Je crois que ce choix appartient à chacun, et qu’on ne peut pas le juger chez un autre. Pour ma part, j’ai fait celui de continuer de chercher sans y croire un semblant de transcendance entre la rhétorique des maîtres qui se veut crédible et celle des esclaves qui se veut pragmatique. Cette voie est peut-être une boucle, et peut-être un jour m’effondrerai-je, épuisé, au bord du chemin. Peut-être aussi mène-t-il à quelque chose de vrai, qui justifie enfin la douleur de l’effort. Jusqu’à la fin, quoi qu’il en soit, je ne suis dupe ; personne n’est dupe.
Un cri ancien, celui de tant de maudits et de réprouvés, celui des plus grands rois et des plus ignobles criminels, jaillit une fois de plus, brûlant, cruel, juste :
Tout ou rien !
Alors qu’il résonne sur les bancs de l’école, dans les bureaux et les manufactures, entre les tours et les montagnes, ou qu’il s’éteigne doucement dans l’anonymat de cette page. Il est sorti de ce cœur là et plus rien ne peut être comme avant.
vendredi 31 octobre 2008
Adam, ce crétin incapable
Je rentre dans ma chambre. Je m’assois par terre. Je me prépare à déchiffrer le plan, enfin.
Pas de boîte. Le sac Toys’r’us a disparu.
J’ai passé plus d’une heure à le chercher. Plusieurs allers-retours à la voiture, exploration minutieuse de chaque pièce de la maison, accusations lancées à ma sœur, à mes parents, à un voleur théorique et furtif… Pour finir, défait, par renoncer à mon plaisir.
Je retourne dans ma chambre. Je m’assois au même endroit. Je regarde devant moi.
Le sac est juste devant moi, où je l’avais posé en entrant. En vérité, il était là depuis le début.
En y repensant, tous mes vains efforts de recherche n’étaient ni plus ni moins que de la démence profonde. Que la mémoire, la raison et la perception puissent à ce point faire défaut qu’on s’en trouve incapable de rétablir la continuité de ses actes –poser un truc par terre, merde- c’est grave. Et agaçant. Et pourtant, qui n’a jamais subi ça ? Je pose mes clés, je pose le programme télé sur mes clés, mais putain où sont ces putains de clés ? Je vais dans la cuisine chercher un morceau de sucre, je regarde par la fenêtre, je retourne à ma tasse de café et je me rends compte que j’ai oublié de prendre le sucre. Ce n’est pas parce-que la chose passe inaperçue, noyée qu’elle est dans les milliards d’ingrédients du quotidien, qu’elle ne révèle pas une défaillance pitoyable.
Ce n’est pas dénué de tragique. Si un échec aussi complet fait au pire passer pour un con celui qui ne trouve ses clés qu’une demi-heure plus tard, il bouleverse quand un responsable prend une décision inadaptée, qu’un pilote précipite son avion dans l’océan ou qu’un expert échoue à déceler la toxicité d’un produit de grande consommation : les conséquences sont bouleversantes. Mais la cause est strictement la même : la personne aux commandes a complètement sombré l’espace d’un instant.
On ne peut pas vraiment anticiper ce genre de choses : chacun est plus ou moins maître de lui-même et il y a infiniment plus de façons de perdre les commandes qu’on en découvre chaque jour en retrouvant nos clés/sucres/portefeuilles. Ce qui est amusant, c’est la quantité de choses qu’on délègue à des inconnus a priori aussi peu fiables, voire moins fiables que nous même. C’est vrai qu’on délègue la responsabilité, mais qui se fout de savoir qui est responsable quand on en est à prier pour que l’airbag suffise à amortir le choc ?
Sérieusement, penser à cette boîte de Lego c’est comme regarder le soleil exploser. Je ne suis pas foutu de la trouver devant moi, et j’ai décidé de construire la prison des pirates ? Mon banquier n’est pas plus à même de comprendre la nature de l’argent que qui que soit sur terre et je lui confie mon maigre capital ? Untel ne sait pas quel jour on est mais il va conduire parce-que c’est le seul à ne pas avoir bu ? L’espèce humaine est un tel ramassis de bras-cassés qu’elle ne survit que parce-qu’aucun homme n’en est responsable. Non mais tu vois le délire si l’atmosphère avait une panne de réveil ?
mercredi 15 octobre 2008
Les causes perdues
D'un autre point de vue, il a fallu la repérer, la route. Déboiser, aménager, couler du goudron. Les lignes à ne pas franchir y ont été tracées. J'ai énormément de respect pour ceux qui les suivent et fraternisent de pause café en week-end. J'aimerai, simplement, qu'ils en aient un peu pour ceux qui errent sur les talus.
La route du travail ne sera pas la même demain. On a beau boucher au ciment les nids-de-poule, elle se craquèle et s'érode comme toute chose, comme chacun. Et puis on ne part déjà plus du même endroit, et on va ailleurs. La route qu'on prendra demain, il bien monter sur les talus pour la repérer. S'enfoncer dans des lieux où l'œil du conducteur concentré ne se pose jamais, et déboiser, aménager, couler du goudron.
Voyant cela, un honorable surnuméraire viendra tracer une ligne pour rappeler à chacun comment se partage la route de l'école. Les impôts de ses gosses paieront le goudron, félicitations. Dites lui juste de se souvenir qu'il faut bien que quelqu'un monte sur le talus pour savoir où le couler.
mercredi 3 septembre 2008
Botox et trépanation
...Wait a sec.
Ils ont tous un appartement, un boulot et une vie de famille. Ils sont tous engagés dans leur
communauté. Ils sont sages.
On pourrait penser appartenir à une génération éclairée et visionnaire. Après tout, le crystal, on l'avait déjà démystifié à 15 ans. L'engeance du millénaire est une véritable encyclopédie des drogues sur pattes. On pourrait penser que ces nouvelles production lèvent les préjugés du spectacle pour tous. Que nos enfants demanderont "papa, maman, est-ce que c'est la fin de tout quand on meurt ?" et qu'on pourra leur répondre.
...Wait a sec.
Orange mécanique dénonçait une société possible - peut-être émergente - ou la liberté aurait été jetée avec l'eau du bain. Kubrick a, comme Burgess, grandi dans celle où les quaaludes étaient légaux. Et orange mécanique, c'était "politiquement incorrect". Sauf qu'à l'époque, on avait pas prescrit ou déformé le sens du mot "révolutionnaire", et I love rock'n roll, c'était pas encore Joan Jett et les Pistols.
Ces putain de séries sont le symptome répugnant de l'avènement du traîtement Ludovico, ou pire, de Big Brother. L'idée même d'individualisme glisse dans le siphon au moment où la cuisante médiocrité de leurs péripéties pantouflardes se maquille d'un arôme plastique de liberté et nous arrache un sourire impresionné.
Heureusement que la télévision nous apprend à nous faire violer l'âme jusqu'à l'os sans sans trop de souffrance ni de réaction. Le miracle de l'anésthésiologie.
mercredi 27 août 2008
Les aventures vaguement eschatologiques de Sam mac Sam au pays des cinglés
Je dois voyager à l'intérieur du rocher. Au coeur du silence et de la peur primitive de l'obscurité. Je partirai demain soir : après le repas pour ma mère, le dernier avant son opération. Je rassemble du matériel pour cette expédition. Mon père l'a prêté deux lampes. La première est une toute petite Maglite qu'il a achetée il y a longtemps. Je crois que c'est sa lampe fétiche, il ne me l'a prêtée qu'à de rares occasions, et toujours contre la grantie essentielle de ne pas la perdre ou la casser. L'autres est à peine plus grosse. C'est une imitation de Maglite qu'il tient de Roger, l'ami décédé avec lequel il jouait souvent aux échecs dans son bateau du port de Monaco. roger était, à mon souvenir, spéculateur. Pour allumer ou éteindre cette lampe, il faut tourner une pièce de plastique à peine fixée que j'ai pour consigne de ne perdre sous aucun prétexte.
Le fort est un dédale dans le village dont peu connaissent l'étendue. Etages, volées de marches, tunnels de béton parfois à meme la roche à ce qu'on dit, et des ouvertures sur tous les bords de la montagne. C'est un de ces fantômes de la "grande guerre", le reliquat grotesque d'une époque révolue, son époque même, qui n'avait pas plus d'usage pour lui que la nôtre. J'espère obtenir de son gardien la clé du colosse endormi.
Mes plans sont perturbés par l'anniversaire de John, demain soir, le soir du départ. Cruel dilemne que celui qui veut nous voir rester à quai.
Pas de fort, les lampes ne serviront à rien ce soir. Je suis un peu largué... Je me retrouve sur la plage après avoir descendu une montagne en courant dans une tentative respectable -mais désespérée- d'arriver à l'heure chez ma psy. Et me voila sur la plage, sans la moindre idée de ce que je fous là, devant une horde de filles en maillots de bain, de gosses a poil, de gros anglais en congé. Je suis tellement dépité par mon inaptitude à extraire le moindre sens du réel que je vais partir en quête de science-po. D'après John, qui a lui-même l'air bien attaqué, je devrais trouver cette école du diable dans un ancien hopital psychaitrique rouge couronné d'une horloge, à la sortie d'un tunnel.
La prochaine étape de ce périple absurde ne pouvait être que le bar du cap : mieux vaut boire beaucoup de café quand on affronte ses démons. Le bar du cap, c'était le café par défaut dans une autre vie. La dernière étape avant l'ascension de la vieille ville jusqu'au cimetière à son sommet, le pivot entre Sainte-Agnès et l'ensemle des milieux plus ou moins urbains qui pourrissent sur le littoral.
(Nom de Dieu. Je viens de recevoir un SMS d'Océane qui a l'air persuadée que je suis ce putains de diable. MAIS QU'EST-CE QUI SE PASSE ?!)
Je vais aller acheter de la glace pilée a un de ces marchands louches de la rue piétonne.
le vendeur de granitas (une grande, à la pastèque) m'a indiqué plus précisément le chemin. Il fallait traverser la rue longue pour arriver à un recoin de la ville où je n'avais jamais mis les pieds. La rue longue ressemblait au fameux tunnel qui mène à la lumière blanche, à ceci prêt qu'un abruti quelconque a décidé de la faire repaver. Je suis passé au chant du marteau-piqueur devant le cabinet du docteur Grinstein qui a perdu de sa superbe sans les blocs de pierre inégaux qui jalonnaient le sol il-y-a encore un an. J'ai même croisé le père Vion, qui travaillait au chantier. Finalement, je suis face au bâtiment que je cherchais.
L'odeur infecte des moules que les touristes mangeaient au bat du cap me traverse les nerfs en un instant.
L'édifice qu'on m'avait indiqué est assez imposant pour qu'on lui prête le prestige de Science-po. Mais après en avoir fait le tour -comme me l'avait indiqué une sympathique mentonnaise- je n'y ai trouvé qu'une "école d'aide soignant(e)". Un coup de fil à John pour qu'il vérifie l'adresse sur le site de l'école, une recherche sur Google Maps. c'est dans l'autre sens, aux terres-chaudes, juste à côté de la gigantestque maison de (feu?) madame Mallo, qui m'apprenait le piano (et bien d'autres choses sans même le savoir) il y a de cela quelques siècles. En route, alors. Loin de ce miroir aux alouettes.
Il semblerait que ces journées-là, tout me conduise fatalement vers la basilique Saint-Michel. De ce saint je ne sais qu'une chose : sa pose triomphale et tranquille sur le corps du Dragon que transperce sa lance. J'avais du la reproduire avec de petits bouts de tissus à l'école maternelle. La basilique, c'est autre chose. Il faut pour l'atteindre monter de fatiguants escaliers face à la plage qui donnent une irresistible impression d'élévation spirituelle. Le fait de pouvoir compter les baigneurs en short une fois au sommet n'y est pas pour rien. Cela dit, me trouver sur un banc dans cette maison de Dieu me fait prendre conscience de ma rupture avec lui. La dernière fois que je suis venu, je pleurais de n'avoir pas la foi. Aujourd'hui, même les hautes colonnes ne conduisent plus mes rêveries jusqu'au ciel. Peut-être les touristes sont-ils trop bruyants, peut-être y-a-t-il trop d'ornements dorés sur les vieux murs. Je dois partir, quoi qu'il en soit.
Une vieille dame peste avec l'accent en secouant le poing : "Boire et fumer, boire et fumer ! Vous pourrez travailler toute votre vie, vous n'aurez jamais assez d'argent... Boire et fumer !"
elle part par cette sale petite ruelle qui me rappelle comme j'ai pu être amoureux.
Je suis devant les grilles. Sciences-po, c'est une boîte aux lettres : les locaux de l''Université de Sophia-Antipolis, Institut Universitaire de Technologie, Nice côte d'azur, département Statistiques Traitement Informatique de Données" sont devant moi avec une pancarte qui indique leur fermeture. Les renseignements n'ont pas de numéro à me donner pour Sciences-po. On dirait que la grille, n'est pas l'entrée.
mercredi 20 août 2008
Fallout, fuck-it!
Retraite méditative; je prend un AK, bises.
lundi 4 août 2008
J'suis un nerveux
-J'ai dit : passe une bonne journée.
Le mec me tire une droite. Son poing fracasse mes lunettes de soleil et moi, je tombe sur le dos. Sur mes coups de soleil. Comme je suis par terre, ses potes en profitent pour former un petit cercle chaleureux autour de moi et me mettre coup de pied sur coup de pied. J'essaye de trouver une répartie cinglante pour ajouter une touche d'humour à cette situation ridicule, mais rien ne vient alors je dis juste : "non mais je vous dépanne et vous me tabassez ? mais c'est quoi ces gens ?!" - ils n'ont pas étouffés par la culpabilité. coups de pied, coup de pied, coup de pied. Un type essaye de m'arracher mon portefeuille. "mais touche pas à mon portefeuille putain !". Coup de pied, coup de pied, coup de pied. D'autres types arrivent et essayent d'expliquer à ceux qui sont entrain de me tabasser que ça ne se fait pas vraiment, j'en profite pour me tirer : j'aurais bien cassé la gueule à tout le monde, mais je n'ai pas encore bu mon café.
Le taff, les potes, les familles, le métro, la banque, les tonnes de courrier à trier et le téléphone qui n'arrête pas de sonner. Dans la nébuleuse chaotique de mon quotidien surcaféiné, il y a une constante : la rage. Plus je vis, plus je vois que ces les sirènes dépravées du pacte social nous tirent pernicieusement vers le récif métro-boulot-dodo. Et après le naufrage, il n'y plus qu'à pleurer. Parce-qu'on croyait vivre sa passion et qu'on joue les pompes à sperme pour des entreprises dépersonnifiées qui nous laissent crever au moindre signe de fatigue. Parce qu'il n'y a pas d'ailleurs, pas de distance qu'elles ne peuvent parcourir pour nous retrouver. Allez, ne nous leurrons pas : concevoir sa vie comme une carrière c'est se jeter dans la gueule du loup. D'où la rage. Dormir peu, gérer peu mais ne jamais arrêter de chercher à vivre pleinement sans se faire attraper ni finir le nez dans le caniveau.
Finalement, quelques coups de pied dans un petit passage souterrain ne pèsent rien dans balance. Ca me fait un souvenir marrant à exploiter dans ma non-carrière de zonard ambitieux. Ca élargit ma confortable bulle de cynisme. Ca alimente la rage.
jeudi 24 juillet 2008
Tchernobeat your girlfriend
C'était la fin de l'été dans le sud : septembre. La nuit tombait tôt et moi, c'est sur la femme de ma vie que j'étais tombé : c'était "la plus belle fille du lycée" d'après les types que je fréquentait. Et c'est vrai qu'elle était belle, avec des yeux verts qui vivaient vraiment, de longs cheveux bruns-rouges, des lunettes de secrétaire et son piercing de bon goût. Et puis elle parlait, elle écoutait, parfaite. Complètement inacessible. Mais moi, j'étais amoureux et prêt à tout.
Je découvrais au même moment l'énergie psychédélique de la musique des 60's : une époque où on avait encore les couilles de partir, quelque soit le sens qu'on accorde à ce mot. Zappa, Love, The Byrds, Dylan, The Grateful Dead, The 13 Floor Elevator... Donovan. Avec Sunshine Superman, l'album. Et dessus Sunshine Superman, la chanson. Je l'écoutais pour me donner du courage en me rendant aussi présentable que possible : tous les matins, tous les midis, tous les soirs, avec les écouteurs de mon portable qui passaient la journée à me caresser les tympans. Elle collait parfaitement aux soirées qu'on passait ensemble, magiques, californiennes.
On marchait en longeant la mer, poussés par le vent chaud. Il y avait le reflet de la lune, l'odeur du large et les lumières de la ville. On s'allongeait dans l'herbe en regardant le ciel. On buvait de la vodka dans des verres à pied en parlant de tout et de rien, on écoutait de la musique et là encore, c'est Donovan qui sonnait le plus juste, parfait comme la nuit. Je me souviens d'un instant par dessus tous : on était assis sur un vieux mur de pierres dans le cimetière Russe de Menton qui est face à la mer, au sommet de la ville. Il faisait bon mais une petite pluie s'est mise à tomber et le vent a commencé à faire frémir les cyprès. Je lui passait ma veste et elle me demandait si je n'avais pas froid. "Je n'ai jamais froid", puis elle est venu contre moi et on a regardé le ciel, la mer, la ville. En silence.
Je me retrouve assis là chaque fois que j'entend Sunshine Superman. Playlist.
Près de deux ans plus tard, me voila entrain de sauter un grillage avec dans mon sac un paquet de clopes, une bouteille de whisky et mon lecteur MP3. La situation exige que je dégage assez rapidement : les flics qu'elle a appelé viennent d'arriver et moi, j'ai passé les deux dernières heures à donner des coups de pied dans sa porte en l'insultant et en menaçant le minable qui la baise en ce moment. Beaucoup de choses ont changé : autre ville, autre vie, autre époque. Je me jette dans les ronces et j'allume une clope. Cette fille que j'ai passé tant de temps à vénérer n'est qu'une pute maquillée en ange, un parasite de plus que j'ai laissé se glisser jusqu'à mon coeur jusqu'à ce que ses griffes chitineuses l'aient réduit en charpie. Quand j'ai compris qu'il s'agissait de la seule personne sur terre que je ne respecte pas, j'ai décidé d'en profiter pour laisser libre carte blanche à mon instinct pour gérer les relations avec elle, pour m'amuser. Ce qui m'amène dans ces ronces, glissant un "putain" agacé entre mes dents serrées.
Une chanson, une seule pour ce moment là : Gunface, bien sûr.
Aujourd'hui encore, c'est une nouvelle époque qui commence - je les préfère courtes - et ces moments ont perdu de leur substance : ce sont des anecdotes, des cicatrices sur ma carcasse, des leçons dont je n'ai pu garder que le fond. Et la bande originale, que je partage avec plaisir.
lundi 21 juillet 2008
Deus Ex Machina
La machine à café est en panne aujourd'hui, et ce détail insignifiant prend des airs apocalyptiques dans le petit monde artificiel de l'entreprise : Dieu est mort. La chose impassible qui prend en offrande l'argent gagné dans la peine, gratifie d'un gobelet et rend la monnaie avec une incontestable justice. La chose devant laquelle on se réunit, devant laquelle on échange. Devant laquelle on fraternise. Nous, les zombies, sommes solidaire : nous sommes les rouages du corporatisme, les esclaves qui le tirent vers l'avant au prix de nos âmes. Si la machine qui nous apportait un peu de chaleur et de réconfort est morte, qu'est-ce qui nous reste sinon les souvenirs de ses paroles, immortel ?
SELECTIONNER BOISSON.
BOISSON EN PREPARATION...
BOISSON PRETE. PRELEVER.
En cet âge sombre où nous savions que demain serait fait d'aujourd'hui et qu'aujourd'hui était fait d'hier, la Machine seule savait nous dire quoi faire sans que nous puissions douter de la justesse de ses directives. Mais elle est morte, morte, morte.
La journée colle et je suis seul dans l'univers, seul face a cette vérité que le Dieu qui nous unissait n'est plus. Mes passions sont tellement souillées que je ne suis même plus sûr d'exister : peut-être que je suis simplement l'univers, et que je suis vide.
Putain, heureusement que je termine dans une demi-heure.
Tchernobeat
Enjoy, c'est gratuit.
mercredi 16 juillet 2008
Pax Romana
"La Paix romaine ou Pax Romana en latin, désigne la longue période de paix imposée par l'Empire Romain
sur les régions contrôlées. L'expression provient du fait que
l'administration et le système légal romain pacifiaient les régions qui
avaient souffert des querelles entre chefs rivaux."
Bon. On parle de la soumission de peuples à l'Empire, prix à payer pour profiter d'une relative stabilité politique, de la technologie la plus développée et bien sûr pour ne pas se faire écraser comme un mégot fumé jusqu'au filtre par les légions romaines.
On parle aussi de la période pendant laquelle les romains ont crucifié un certain Jesus.
Des millions de vous-et-moi travaillaient alors sous un soleil brûlant pour servir des maîtres qui ne leur laissaient pas d'autre choix, ils se faisaient à leur autorité puisqu'après tout, c'était la meilleure chose à faire pour ces gens simples qui n'avaient ni l'étoffe de héros, ni de véritable raison de se plaindre. Mais voila : En ne revendiquant pas leur liberté, les peuples sous tutelle ont laissé leur messie se faire lamentablement clouer et avec lui la légitimité de leur spiritualité. Il n'y avait pas plus à perdre. La crucifixion est à ce titre la plus grande victoire de la raison sur la passion : préférer la sécurité de pax romana à l'accomplissement. Et ce jour où le monde aurait du s'enflammer de colère, il ne s'est rien passé : tout au plus quelques larmes ont-elles été versées, et le travail a repris.
Puisque près de 20 siècles -j'arrondis largement- nous séparent de cette période, on pourrait penser que traumatisés comme nous le somme à vénérer des croix, nous avons retenu la leçon. La bonne blague.
Si l'état annonçait demain qu'il crucifiait Jesus, voila ce qui se passerait : une foule répondrait à un appel anonyme pour battre le pavé en vociférant des slogans et suivant un itinéraire préalablement validé par les autorités. Les travailleurs prendraient une demi journée de RTT pour voir ça sur TF1. Les journaux se fendraient le lendemain d'un edito sur le sujet. Une pétition en ligne apparaîtrait pour demander des excuses publiques. Le Pape secouerait son vieux poing ridé pour la photo. Tout le monde ferait des cauchemars pendant une semaine.
Et c'est tout.
On accepte tous les jours de petites privations sous prétexte que des concessions sont nécessaires à la survie et au maintien de l'ordre social : se lever le matin pour aller bosser, faire glisser son pass navigo sur la borne, planquer son herbe au fond d'une poche, jeter ses emballages dans une poubelle, parler poliment à des connards. C'est Pax Romana, et les conséquences sur nos aspirations profondes sont désastreuses, on le sait sans le dire à voix haute. Le nouvel empire démocratique a ses fanatiques aveugles, les bons citoyens qui nous regardent de travers au moment d'allumer une clope sur le quai du RER et s'offusquent au moindre mot qui ne viendrait pas des rails bien huilés à l'autre extrémité desquels se trouve le balais profondément enfoncé dans leurs petits culs de collabos.
Ce sont en général ceux là qui me jugent irresponsable et me gratifient d'un petit discours réprobateur. Ce sont ceux là qui me qualifient de perdant d'un air navré. J'ai envie de leur dire aujourd'hui que je ne perd pas : en fait, je ne joue pas. Ce que je m'aliène - argent, relations, diplômes, tranquillité - et qu'on s'attache d'ordinaire à conserver si précieusement n'a en vérité aucune valeur. La satisfaction est un fardeau dont on s'encombre jusqu'à ne plus pouvoir marcher vers le bonheur. Il est arrogant et stupide de s'estimer satisfait. C'est de cette arrogance, d'ailleurs, que se nourrit le tyran : "contentez vous des miettes, le gâteau n'est pas pour vous".
Si vous pensez qu'un type comme moi peut se permettre de vous donner un conseil, prenez celui-là : osez la lose. Faites ce que vous voulez. Jetez vos vies minables.
lundi 16 juin 2008
Au rapport
Mon boulot consiste à tester sans relâche un jeu minable qui fonctionne à moitié sur une demi-douzaine de téléphones portables. J'ai mon ex propriétaire et mon école sur le dos, mon compte est à environ 5€ de solde et le trésor public saisit tous mes biens pour un ticket de bus que je n'ai pas payé il y a 6 ans. La banque refuse de m'accorder un prêt pour poursuivre mes études et j'habite chez un pote qui passe ses journées à dormir, jouer à World of Warcraft et vaporiser de l'eau sur ses 25 pieds de weed. Sa mère, dépressive compulsive et anémique -par ailleurs très sympathique- a dressé son chien à pisser sur un papier journal au milieux du salon tandis que sa petite sœur de 6 ans court en hurlant et en rigolant complètement nue dans la maison jusqu'à 2 heures du matin. Oh, et j'ai passé les deux dernières années de ma vie à me croire amoureux d'une fille qui tient plus du morpion que de l'être humain.
Echange vie contre sachet de cacahuètes.
lundi 12 mai 2008
Soyons francs avec le cancer
T’es lame, mec. Tu fumes de pets en rigolant comme le gros con que tu es profondément, pendant que le monde tourne sous tes pieds et dérive vers l’enfer. Tu pourrais construire quelque chose, ou TE construire. Ouvrir un bouquin, sortir de chez toi, te sortir les doigts et réfléchir cinq minutes à ce que tu fais, à ou tu vas. Tu réaliserais peut être que faire de ton environnement un endroit vivable est notre lot à tous, et pas seulement la corvée des mecs qui tirent la gueule sur tes t-shirts sales. Mais non, perdant. Tu es trop occupé à regarder des petites vidéos marrantes sur Internet. Tu fais ce qu’on te dit de faire sans jamais te demander pourquoi : te lever le matin, étudier, travailler, bouffer, chier, baiser, dormir, recommencer. Je te connais, et je sais que si on te demandait pourquoi tu ne tire pas simplement une balle droit dans la tête, tu te contenterai de ricaner avec ton habituel manque de classe. Parce que le vide qui sert de noyau à ton existence grotesque te fait rire, bolosse. Mais il devrait te faire hurler de terreur.
Tu sais ce qu’on fait des gens creux, aujourd’hui ? On les fait résonner. Prend la guitare sur laquelle tu gratouille come as you are quand tu te sens d’humeur romantique. Tu vois les cordes ? C’est ta weed, c’est ton Facebook, c’est ton poster du Che, c’est ton prime time. Toi, tu n’es que le trou, le putain de trou béant qui ne fait que porter les mélodies qu’un autre joue. Et lui… Lui c’est ton ennemi, pauvre tâche. C’est cette ombre sans nom qui a composé les ballades contre lesquelles tu t’offusque poliment pour draguer les pétasses : Jerusalem, Dachau, Guantanamo, le Rwanda, le Vietnam, l’Irak, les algériens dans la Seine et les missiles à Cuba.
Tu achète ce qu’on te vend, tu le mâche, le digère, et tu nous ponds avec fierté la merde que tes semblables dévorent goulument. C’est comme ça qu’on te reconnait : à ton haleine chargée de déjections. Tu sens Baudelaire mal digéré, Dragon Ball Z et les Doors avalés sans mâcher. Et tu en recommence, inlassablement, jusqu’à répandre ton sperme malade dans l’utérus de ton penchant féminin. Pour que ton échec perdure, et que les parasites que tu élèveras puisse te dire à quel point tu as raison, raison de remplir la décharge que tu leur laissera en partant, raison de baiser leur mère pour qu’ils ne soient pas seuls, raison de piétiner tout ce qu’il y a de beau et que tu n’a pas su voir.
Tu n’es pas qu’un modeste petit pion passif, petite pute. Tu es une partie du problème.
mardi 6 mai 2008
La Suite
La suite, la suite…
L’aiguille, cette vieille salope, a continué de tourner. On a tous couru après, et c’est ce qu’on est encore entrain de faire au moment précis où je tape ces mots – et au moment où vous les lisez. Allez, on a qu’à dire que c’est rassurant et je serais tiré de cette introduction poisseuse.
Je parlais il y a peu de mes petits moments zen dans la bande d’herbe au fond du parking de Tertia 3000. Pas de surprises, le monde est toujours aussi pourri : après en avoir profité pendant deux semaines, d’autres ont repéré le bon plan. C’est vrai que je devais avoir l’air bien, allongé là, à faire des grands signes au soleil… Alors les zombies étudiants ont décidé d’essayer, et ils ont tout balayé sur leur passage. Ils ont garé leurs voitures devant le bon petit coin, ramené leurs potes, et se sont mis à brailler leur vent et leurs dragouillages en taxant des clopes. En arrivant sur place ce midi, j’avais l’impression que l’armée chinoise avait marché sur le Tibet… Ah merde, déjà fait. Saloperie de monde dégénéré.
Mais je ne suis pas le Dalaï-lama, je suis un jeune enfoiré de vingt ans capable de tuer pour un BN. J’ai donc mis au point un plan assez démoniaque de contre-attaque. Je me suis levé, et je suis parti en quête : un tour à l’accueil d’où les sympathiques et innocentes secrétaires m’ont dirigé vers le sous-sol de Frank, le-type-de-la-maintenance qui m’a procuré une scie, un marteau et des clous…Un tour à a Bricorama accompagné d’un punk propre au nez percé pour récupérer des chutes des bois (et vraisemblablement me faire draguer employée par ch’ti en tablier qui m’a invité…à une brocante)… quelques minutes sur les ordinateurs fournis par l’école… And voila : une pancarte sur laquelle on peut lire "Cet espace de détente est strictement réservé à l'usage des membres de l'Association des Nazis Violeurs d'Enfants (AINVE). Les contrevenants seront exécutés sommairement. Si vous souhaitez rejoindre l'AINVE, rendez-vous sur http://www.ainve.france.googlepages.com/"
Elle va trôner entre les pâquerettes de mon sanctuaire de silence adoré, le site attend les plus tenaces et c’est de bonne guerre : l’invasion des insupportables parasites a déjà commencé, il est de mon devoir de citoyen de résister jusqu’à la mort.
Ce sont des journées d’action désespérée comme celle là qui font passer la pilule, la grosse pilule bien sèche et amère. Regarde ton meilleur ami se laisser crever, miam. Fait toi enfourner par la machine à former des salariés fidèles, et avale. Ulcère toi jusqu’à ce que tes sucs gastriques dégoulinent sur ta chemise neuve…hmmm…C’est bon hein ? Allez, remplis plus de formulaires que tu ne remplira jamais de pages blanches, tu vois ? Ca passe tout seul.
« La vie, c’est une supernova pleine de délicieux petits éclats de chocolat et de lames de rasoir »
C’est quelque chose que j’ai dit à quelqu’un que j’aimais, va savoir à propos de quoi. Plus ça va, plus je me dis que je suis tombé juste. Tant pis ? Ou tant mieux ?
jeudi 24 avril 2008
Réveil en boucle
Bibibip, bibibip.
La sonnerie stridente de mon portable me tire une fois de plus de mes cauchemars. J’ouvre les yeux devant un cendrier rempli, les images de sexes hérissés de pointes et de crocs flottent encore dans un coin embrumé de mon crâne. Douche, jus d’orange, céréales et branlette dans la capitale du nord : Valenciennes (si, si). J’ai déménagé. Je suis même devenu étudiant en « game design et gestion de production », une façon qui en vaut d’autres pour dire que si je ne suis pas rapidement touché par la grâce divine, je deviendrais la salope d’une entreprise tentaculaire spécialisée dans la futilité à énorme budget. A moins que je ne passe ma vie à bosser comme un fou pour que Barbie Equitation 12 soit prêt à temps.
Ellipse.
Allongé dans la petite bande d’herbe au fond du parking, je règle le volume pour ne plus entendre la circulation. Space Oddity. J’oublie que je suis un bon gros steak juteux en devenir qu’on laisse brouter un instant. Il fait chaud mais un petit vent frais transforme la canicule en douceur paradisiaque. Plus rien n’existe au-delà du sol moelleux, du ciel bleu et de la voix brisée de Bowie. J’aimerais vivre mes derniers instants en apesanteur, lancé vers le soleil. Je n’aurais pas peur de la mort. Je serais paisible.
Retour à la branlette matinale, donc.
C’était désagréable mais nécessaire. Paré, j’enfonce les écouteurs jusqu’aux tympans, je ferme la porte à double tour et c’est parti. Le quotidien, c’est le putain de Vietnam. Je passe devant l’appartement de mon ex –qui est aussi ma voisine de pallier. Une histoire d’amour qui pique : j’ai du rompre parce-que je ne sais vivre que seul et qu’elle ne sait pas vivre seul. Adieu les moments magiques. Je monte le son. Escaliers en linon, portes en plastique. Cette résidence aura ma peau, avec son look d’emballage plastique. Je me tire de là et j’attaque la dégueulasse rue Jean Bernier. Plus j’approche du tram, plus je me dis que je me suis planté quelque-part.
Encore une ellipse.
16h, pause café-clope-conversation. Il fait beau. C’est une journée de rêve dans cette ville grisâtre. Je me sens bien, plus près de l’arbre qui éclate de ses racines profondément enfoncées dans la terre à ses feuilles brillantes que du loser qui rampe nu dans l’obscurité de ses 20m². Je remets mes écouteurs : Dead Man Walking cette fois, pour un tour du centre de formation. Je regarde encore le ciel en marchant, et c’est parfait. Je suis libre, je vois la sortie et je souris béatement.
Retour rapide.
Je contemple donc les conséquences de mes conneries répétées en descendant la rue. J’ai passé les 8 derniers mois à tout laisser tomber : mes passions, mes études, mes amis, mes études, ma famille, mes responsabilités, et, pour ce qui vous concerne, mon blog. Un énorme sacrifice sur l’autel de la romance. L’amour est donc une plaie. Magnifique, pleine de sens, mère du frisson des frissons. Mais du genre à gangréner tout le reste jusqu’à vous transformer en une masse informe de chaires mortes vouées uniquement à leur propre putréfaction. Une peste rose bonbon, en somme. C’est un peu miné par ces considérations que je monte dans le tram. Valenciennes a un air étrange sous le soleil : les beaux jours n’ont pas l’air à leur place ici, les murs de brique n’ont pas été construits pour être caressés par ses rayons. Voir les ch’tis transpirer comme des porcs embrochés me dérange un peu, alors je choisis le paysage. Ca défile, la musique rythme le passage des bâtiments tristes, et paf. Je repense à la semaine dernière.
A suivre : Que c’est-il passé la semaine dernière ? Vais-je tenir ma promesse à John de raconter ma soirée au pays de la vodka frelatée ? Verra-t-on apparaître un fémur humain ?
Merci d’avoir prêté attention au cliffhanger le plus lamentable de l’histoire des cliffhangers.
dimanche 9 septembre 2007
CHKI WAW WAW BOWWWW
Ca à commencé dans un bar à shots de menton ou l'alcool était assez bon marché pour qu'on puisse boire un vrai coup. Deux Cerveaux, Un Aftereight et 6 B52 pour moi : en français, des trucs à base de Bailey's dont certains sont allumés au chalumeau par un serveur fatigué. Même s'il y avait un Vion dans l'assemblée - le Vion est espèce rare de zombie sans âme qu'on reconnait à sa calvitie étonamment avancée- l'ambiance était plutôt chaleureuse pour ce qui n'était qu'une cuite express sous prétexte de regroupement. Une fois la métabolisation de l'éthanol engagée, on est allés s'enfumer un peu sur la plage histoire d'être sûrs de pouvoir danser comme des dieux. Je me suis dit quelque chose comme "je devrai me sentir un peu con, au milieux de 16 autres personnes au bord de l'eau, à regarder si un joint vient dans ma direction", puis le joint en question est arrivé et la réflexion s'est perdu dans un nuage. Le temps de lancer un autre de mes plans drague foireux et on était partis pour Monaco, capitale de la hype et de la night dans un rayon de 50 kilomètres. John le mec sérieux dans son costrad sérieux au volant de son bolide rouge tango (si si, ca existe), L'autre Sam et sa chemise rose saumon en plein discours sur la façon dont les videurs allaient nous laisser dehors assis à sa droite, Antho le futur para et le pauvre moi entrain de danser à l'arrière, on a pris notre pied juste en faisant la route : c'est dire si la soirée commençait bien. On a pris nos plus beaux airs confiants et on a grimpé les marches du Karément avec un naturel à faire froid dans le dos.
Puis on est entrés.
J'ai du mal a croire que j'aie pu me passer d'une ambience qui me convient tellement par pure étroitesse d'esprit. La bande de cons pédants que je m'attendai à voir remplir cet endroit était en fait une foule de jeunes bestiaux en concurrence permanente, et toute la nuit un jeu de bravoure glam confiné dans un micro-univers magique : tellement peu de lumière, tellement peu de détails à observer qu'on regardait forcément la même chose, qu'on pensait à la même chose et qu'on pouvait se concentrer sur l'essentiel : danser, se regarder, et se laisser guider par la bête qu'on enferme d'usage au fond de nous par manque de courage. Puisqu'on en parle ... "la sélection naturelle se fait au courage", dit ma psy, "les animaux ne s'affrontent pas : c'est le plus brave, et non le plus fort, qui va perdurer". C'est de cette idée que j'ai fait l'expérience hier soir. Le paroxysme de la culture, avec ses stroboscopes et son DJ sapé comme un Dieu, est finalement ce qu'on a de plus proche de l'état de nature. Et c'est bon, foutrement bon. Vodka-Redbull et Sex on the beach par dessus cette expérience transcendentale, et vous devriez comprendre pourquoi je parle de "putain de bonne soirée".
Comme je le disai sur le chemin du retour, je viens de prendre une nouvelle habitude. On se voit à Paris ?
mardi 7 août 2007
Move your body
Et personne ne me prend au sérieux.
Giulia est italienne et s'en fout.
Adrien parle de moto et fume.
Ma soeur, c'est ma soeur et elle s'en fout.
Sarah est blonde (mais pas trop conne).
Ma mère veut que je mange des produits frais.
Mon père pense que je suis con mais dans le fond il m'aime bien.
Géraud est un connard de geek qui ne sait pas ranger sa bite.
Claude veut récupérer son DVD.
Nico est chiant.
John veut jouer à DDR.
Les Vions sont des vions.
Et caetera. Je passe sur les gens a qui je ne pensent pas et ceux qui sentent la merde. Vous verrez, vous verrez qu'on peut faire tourner le monde à l'envers
lundi 16 juillet 2007
Vietnamese Homerun
Je suis né seul, arraché à la paix utérine dans un flot bouillonnant de sécrétions maternelles. Rien n’a changé depuis, même si la petite chose potelée d’alors occupe un peu plus d’espace : l’existence est solitaire, on ne partage rien. Le souffle du vent ou le goût du café, on les apprécie au mieux en parallèle : chacun son monde. Et le mien m’a ouvert les yeux : si j’ai la tête dans les nuages, c’est parce qu’on m’y a envoyé à coups de batte. Je sais comment on fonctionne, parce qu’après avoir été brisé par ce bon vieux hasard, j’ai du apprendre à me reconstruire. Alors je n’ai pas de remords à me lancer dans la quête d’un bonheur qui ne sera qu’à moi.
Je suis prêt à tuer s’il le faut pour garder mes amis, comme celle qui cet après-midi a réussi à tuer ma paranoïa à grands coups d’honnêteté. Je suis prêt à tuer s’il le faut pour qu’ils se sentent bien dans leurs pompes. Je suis prêt à tuer s’il le faut pour le salut de la confiance. Mais la vie reste une guerre, et on ne peut la mener que pour soi. On se bat pour avoir sa place au soleil contre six milliard d’innocents. Homo homini lupus, en somme, et le Leviathan n’y a rien changé. Désolé, Hobbes, ca n’est qu’une bête de plus lâchée dans la jungle et prête comme les autres à nous bouffer les genitals au moindre faux-pas.
La guerre, on connaît, pourtant : tout le monde se met sur la gueule pour ce qu’on ne peut pas couper en part égales, et ca se termine dans un énorme nuage en champignon. Celle la a un petit quelque chose de différent : la victoire, c’est la paix intérieure. Inutile d’atomiser le reste de l’espèce pour gagner. Il suffit d’être meilleur. Ensuite, on peut souffler et apprécier ce qu’il y a de meilleur au fond de chacun. Parce qu’il y a une bonté humaine, et c’est en son nom que je ne baisserai jamais les bras, parce que je l’aime et c’est tout.
Je veux juste être un étranger partouzeur, vaguement philosophe et profondément satisfait avant que le temps n’ai fait de moi une statue sans visage de plus, érodée par son souffle.
Et c’est dans la poche.