Tiens, ça fait déjà plus d'un mois que je n'ai pas existé ici. Des problèmes, tu vois. Des problème techniques d'abord, et puis autre chose.
Je suis entré dans une drôle de spirale, je bosse toute la journée et une grosse partie de la soirée. Ca n'est pas difficile, je vais probablement terminer ces études de droit (parce-que bon, les lettres…) en tant que meilleur diplômé que cette fac ait jamais connu en continuant sur cette voie. Ce n'est même pas glorieux : quand on se perche en haut d'un amphi, on peut voir les écrans des portables que l'université, fière qu'elle est, exhibe de face sur ses dépliants. Sur la cinquantaine d'ordinateurs allumés, deux ou trois traitements de texte sont ouverts. Le reste ? Facebook, essentiellement. Quelques films. Quelques jeux. Il y a même des champions qui font semblant de taper sur des ordinateurs éteints - non, je ne romance pas. Qu'est-ce qu'ils font tous là ? Oh merde, je sais. On étudie pour la forme, on travaille pour la forme, on vit pour la forme. Chacun fait semblant de faire de faire quelque chose et personne ne fait rien. Ce monde est peuplé de somnambules trop paresseux pour se réveiller, trop lâches pour mourir entièrement. C'est partout la même chose, mais ça a un petit quelque-chose d'ironique en fac de droit : après tout, c'est là qu'on apprend les formes et le vocabulaire de la manipulation des masses assoupies. Qu'on nous explique à termes à peine voilés que quelques uns écrivent le rêve que les autres croient vivre pour mieux s'abreuver de leur sueur et de leur sang. Ouais, comme dans Matrix.
Exactement comme dans Matrix. En prenant un peu de recul, il n'y pas tant d'histoires que ça. Comme j'ai déjà vu le film, il ne me reste plus qu'à choisir mon camp. C'est vraiment une question de goût, puisqu'il faut bien admettre que la morale n'est qu'une idée en l'air de plus. On a donc trois factions dans Matrix : il-y-a les dormeurs, qui ont la chance de vivre au pays de Candy en ignorant qu'ils sont saignés à blanc. Les gens, en somme, ceux qui encombrent les bancs de l'amphi et les rues des grandes villes. Ceux là sont trop nombreux et dispensables à mon goût, et puis je suis trop éperdument amoureux de la vérité pour vivre dans l'illusion, j'ai trop soif pour boire l'eau d'un mirage. Ensuite, il-y-a les machines. Celles qui organisent méthodiquement la grande saignée, composées qu'elles sont de routines et de sous-routines. Le système, quoi. Les faiseurs de rêve. Elles ne connaissent que le Shurpu-Kishpu, la Soif et le protocole. Puis il y a les rebelles de Zion, le contre-pouvoir prêt à combattre jusqu'à la mort en faisant une pause de temps en temps pour danser dans une grotte.
Chacune de ses trois factions a, dans le film, ses personnages archétypaux. Les dormeurs ont Cypher. A mon humble avis, c'est une pauvre merde : il décide que tout ça est bien trop compliqué pour lui et laisse tomber tout le monde en échange d'un steak. Passons. Du côté des rebelles, Morpheus est un gentil incapable dont la seule action en l'espace de trois films est de croire en Néo, Trinity est une fille cool qui se bat bien et qui est amoureuse de Néo ; et Néo est un crétin qui passe son temps à se battre, et qui ne se rend compte qu'il se battait pour rien depuis le début qu'au moment où tous ses amis et sa copine sont morts à cause de lui. Les machines une vieille qui passe son temps à faire des cookies en disant la vérité, un architecte existentialiste dont la vie se résume à répéter que tout le monde a le choix mais qui ne lève jamais son cul de sa chaise, un aristocrate décadent et sadique, et l'agent Smith. Voila où je voulais en venir. Je veux être l'agent Smith. Ca aurait pu être n'importe quel autre personnage de Matrix, mais c'est lui que je trouve le plus cool et le plus juste. Je veux être l'agent Smith, mais contrairement à lui être amoureux de quelqu'un d'autre que moi-même. Comprenne qui pourra, mais c'est une révolution.
Alors les études, pas de problème. Il suffit de connaître Matrix et quelques mots : association, coercition, légitimation, évolution. Amen.
Venons-en à mon problème.
J'ai fait un cauchemar il y a quelques jours :
Je suis devant mon ordinateur, un verre de whisky à la main. J'ouvre cette page. Je la fais défiler jusqu'en bas de mon dernier post : 1 commentaire. Joie. Je clique fébrilement (oui, oui) sur "1 commentaire" pour le lire. C'est un commentaire d'une certaine lectrice assidue et même obsédante d'assiduité. Je souris. Je commence à lire. Et là, chaque mot m'enfonce un peu plus profondément dans la souffrance profonde, incomparable, du véritable cauchemar. Elle me dit que ce post m'a mis à nu, que mon désespoir autrefois touchant a cédé la place au cynisme médiocre de l'homme politique. Que j'ai révélé n'avoir plus d'âme. Qu'elle aussi est partie, dégoûtée. Je veux répondre, parce-que je sais qu'elle a raison, parce-que je ne veux pas que ça s'arrête là. Mais les mots ne viennent pas. Elle a raison.
C'est là que je me suis réveillé.
Ça m'a bouleversé d'être percuté aussi violemment par un rêve. Pas de symboles, pas de lecture analytique à faire. C'était limpide, putain, explicite. Je suis devenu un monstre à force de me bâillonner le cœur pour ne pas me ridiculiser, pour avoir le temps de travailler, pour me protéger. Coupable, coupable, coupable ! J'ai essayé de trouver des réponses en regardant les voitures former de petites meutes, tard le soir sur la voie rapide ; en noyant mon surmoi dans l'alcool pour voir ce qu'il retient, en essayant de toutes mes forces de pleurer, d'être amoureux, d'être franc. Ca n'a encore rien donné. Alors je n'ai plus rien voulu dire à personne, et surtout pas ici, pour cacher ma drôle de maladie. Mais finalement, me voila. Pas guéri, juste prêt à assumer. Peut-être que c'est de ce post que j'avais rêvé.
lundi 26 octobre 2009
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