Il faut reconnaître à la culture par procuration un avantage : elle permet de donner des définitions en italique dans son blog. Merci Wikipédia :
"La Paix romaine ou Pax Romana en latin, désigne la longue période de paix imposée par l'Empire Romain
sur les régions contrôlées. L'expression provient du fait que
l'administration et le système légal romain pacifiaient les régions qui
avaient souffert des querelles entre chefs rivaux."
Bon. On parle de la soumission de peuples à l'Empire, prix à payer pour profiter d'une relative stabilité politique, de la technologie la plus développée et bien sûr pour ne pas se faire écraser comme un mégot fumé jusqu'au filtre par les légions romaines.
On parle aussi de la période pendant laquelle les romains ont crucifié un certain Jesus.
Des millions de vous-et-moi travaillaient alors sous un soleil brûlant pour servir des maîtres qui ne leur laissaient pas d'autre choix, ils se faisaient à leur autorité puisqu'après tout, c'était la meilleure chose à faire pour ces gens simples qui n'avaient ni l'étoffe de héros, ni de véritable raison de se plaindre. Mais voila : En ne revendiquant pas leur liberté, les peuples sous tutelle ont laissé leur messie se faire lamentablement clouer et avec lui la légitimité de leur spiritualité. Il n'y avait pas plus à perdre. La crucifixion est à ce titre la plus grande victoire de la raison sur la passion : préférer la sécurité de pax romana à l'accomplissement. Et ce jour où le monde aurait du s'enflammer de colère, il ne s'est rien passé : tout au plus quelques larmes ont-elles été versées, et le travail a repris.
Puisque près de 20 siècles -j'arrondis largement- nous séparent de cette période, on pourrait penser que traumatisés comme nous le somme à vénérer des croix, nous avons retenu la leçon. La bonne blague.
Si l'état annonçait demain qu'il crucifiait Jesus, voila ce qui se passerait : une foule répondrait à un appel anonyme pour battre le pavé en vociférant des slogans et suivant un itinéraire préalablement validé par les autorités. Les travailleurs prendraient une demi journée de RTT pour voir ça sur TF1. Les journaux se fendraient le lendemain d'un edito sur le sujet. Une pétition en ligne apparaîtrait pour demander des excuses publiques. Le Pape secouerait son vieux poing ridé pour la photo. Tout le monde ferait des cauchemars pendant une semaine.
Et c'est tout.
On accepte tous les jours de petites privations sous prétexte que des concessions sont nécessaires à la survie et au maintien de l'ordre social : se lever le matin pour aller bosser, faire glisser son pass navigo sur la borne, planquer son herbe au fond d'une poche, jeter ses emballages dans une poubelle, parler poliment à des connards. C'est Pax Romana, et les conséquences sur nos aspirations profondes sont désastreuses, on le sait sans le dire à voix haute. Le nouvel empire démocratique a ses fanatiques aveugles, les bons citoyens qui nous regardent de travers au moment d'allumer une clope sur le quai du RER et s'offusquent au moindre mot qui ne viendrait pas des rails bien huilés à l'autre extrémité desquels se trouve le balais profondément enfoncé dans leurs petits culs de collabos.
Ce sont en général ceux là qui me jugent irresponsable et me gratifient d'un petit discours réprobateur. Ce sont ceux là qui me qualifient de perdant d'un air navré. J'ai envie de leur dire aujourd'hui que je ne perd pas : en fait, je ne joue pas. Ce que je m'aliène - argent, relations, diplômes, tranquillité - et qu'on s'attache d'ordinaire à conserver si précieusement n'a en vérité aucune valeur. La satisfaction est un fardeau dont on s'encombre jusqu'à ne plus pouvoir marcher vers le bonheur. Il est arrogant et stupide de s'estimer satisfait. C'est de cette arrogance, d'ailleurs, que se nourrit le tyran : "contentez vous des miettes, le gâteau n'est pas pour vous".
Si vous pensez qu'un type comme moi peut se permettre de vous donner un conseil, prenez celui-là : osez la lose. Faites ce que vous voulez. Jetez vos vies minables.
"La Paix romaine ou Pax Romana en latin, désigne la longue période de paix imposée par l'Empire Romain
sur les régions contrôlées. L'expression provient du fait que
l'administration et le système légal romain pacifiaient les régions qui
avaient souffert des querelles entre chefs rivaux."
Bon. On parle de la soumission de peuples à l'Empire, prix à payer pour profiter d'une relative stabilité politique, de la technologie la plus développée et bien sûr pour ne pas se faire écraser comme un mégot fumé jusqu'au filtre par les légions romaines.
On parle aussi de la période pendant laquelle les romains ont crucifié un certain Jesus.
Des millions de vous-et-moi travaillaient alors sous un soleil brûlant pour servir des maîtres qui ne leur laissaient pas d'autre choix, ils se faisaient à leur autorité puisqu'après tout, c'était la meilleure chose à faire pour ces gens simples qui n'avaient ni l'étoffe de héros, ni de véritable raison de se plaindre. Mais voila : En ne revendiquant pas leur liberté, les peuples sous tutelle ont laissé leur messie se faire lamentablement clouer et avec lui la légitimité de leur spiritualité. Il n'y avait pas plus à perdre. La crucifixion est à ce titre la plus grande victoire de la raison sur la passion : préférer la sécurité de pax romana à l'accomplissement. Et ce jour où le monde aurait du s'enflammer de colère, il ne s'est rien passé : tout au plus quelques larmes ont-elles été versées, et le travail a repris.
Puisque près de 20 siècles -j'arrondis largement- nous séparent de cette période, on pourrait penser que traumatisés comme nous le somme à vénérer des croix, nous avons retenu la leçon. La bonne blague.
Si l'état annonçait demain qu'il crucifiait Jesus, voila ce qui se passerait : une foule répondrait à un appel anonyme pour battre le pavé en vociférant des slogans et suivant un itinéraire préalablement validé par les autorités. Les travailleurs prendraient une demi journée de RTT pour voir ça sur TF1. Les journaux se fendraient le lendemain d'un edito sur le sujet. Une pétition en ligne apparaîtrait pour demander des excuses publiques. Le Pape secouerait son vieux poing ridé pour la photo. Tout le monde ferait des cauchemars pendant une semaine.
Et c'est tout.
On accepte tous les jours de petites privations sous prétexte que des concessions sont nécessaires à la survie et au maintien de l'ordre social : se lever le matin pour aller bosser, faire glisser son pass navigo sur la borne, planquer son herbe au fond d'une poche, jeter ses emballages dans une poubelle, parler poliment à des connards. C'est Pax Romana, et les conséquences sur nos aspirations profondes sont désastreuses, on le sait sans le dire à voix haute. Le nouvel empire démocratique a ses fanatiques aveugles, les bons citoyens qui nous regardent de travers au moment d'allumer une clope sur le quai du RER et s'offusquent au moindre mot qui ne viendrait pas des rails bien huilés à l'autre extrémité desquels se trouve le balais profondément enfoncé dans leurs petits culs de collabos.
Ce sont en général ceux là qui me jugent irresponsable et me gratifient d'un petit discours réprobateur. Ce sont ceux là qui me qualifient de perdant d'un air navré. J'ai envie de leur dire aujourd'hui que je ne perd pas : en fait, je ne joue pas. Ce que je m'aliène - argent, relations, diplômes, tranquillité - et qu'on s'attache d'ordinaire à conserver si précieusement n'a en vérité aucune valeur. La satisfaction est un fardeau dont on s'encombre jusqu'à ne plus pouvoir marcher vers le bonheur. Il est arrogant et stupide de s'estimer satisfait. C'est de cette arrogance, d'ailleurs, que se nourrit le tyran : "contentez vous des miettes, le gâteau n'est pas pour vous".
Si vous pensez qu'un type comme moi peut se permettre de vous donner un conseil, prenez celui-là : osez la lose. Faites ce que vous voulez. Jetez vos vies minables.
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