jeudi 24 avril 2008

Réveil en boucle

Bibibip, bibibip.

La sonnerie stridente de mon portable me tire une fois de plus de mes cauchemars. J’ouvre les yeux devant un cendrier rempli, les images de sexes hérissés de pointes et de crocs flottent encore dans un coin embrumé de mon crâne. Douche, jus d’orange, céréales et branlette dans la capitale du nord : Valenciennes (si, si). J’ai déménagé. Je suis même devenu étudiant en « game design et gestion de production », une façon qui en vaut d’autres pour dire que si je ne suis pas rapidement touché par la grâce divine, je deviendrais la salope d’une entreprise tentaculaire spécialisée dans la futilité à énorme budget. A moins que je ne passe ma vie à bosser comme un fou pour que Barbie Equitation 12 soit prêt à temps.

Ellipse.

Allongé dans la petite bande d’herbe au fond du parking, je règle le volume pour ne plus entendre la circulation. Space Oddity. J’oublie que je suis un bon gros steak juteux en devenir qu’on laisse brouter un instant. Il fait chaud mais un petit vent frais transforme la canicule en douceur paradisiaque. Plus rien n’existe au-delà du sol moelleux, du ciel bleu et de la voix brisée de Bowie. J’aimerais vivre mes derniers instants en apesanteur, lancé vers le soleil. Je n’aurais pas peur de la mort. Je serais paisible.

Retour à la branlette matinale, donc.

C’était désagréable mais nécessaire. Paré, j’enfonce les écouteurs jusqu’aux tympans, je ferme la porte à double tour et c’est parti. Le quotidien, c’est le putain de Vietnam. Je passe devant l’appartement de mon ex –qui est aussi ma voisine de pallier. Une histoire d’amour qui pique : j’ai du rompre parce-que je ne sais vivre que seul et qu’elle ne sait pas vivre seul. Adieu les moments magiques. Je monte le son. Escaliers en linon, portes en plastique. Cette résidence aura ma peau, avec son look d’emballage plastique. Je me tire de là et j’attaque la dégueulasse rue Jean Bernier. Plus j’approche du tram, plus je me dis que je me suis planté quelque-part.

Encore une ellipse.

16h, pause café-clope-conversation. Il fait beau. C’est une journée de rêve dans cette ville grisâtre. Je me sens bien, plus près de l’arbre qui éclate de ses racines profondément enfoncées dans la terre à ses feuilles brillantes que du loser qui rampe nu dans l’obscurité de ses 20m². Je remets mes écouteurs : Dead Man Walking cette fois, pour un tour du centre de formation. Je regarde encore le ciel en marchant, et c’est parfait. Je suis libre, je vois la sortie et je souris béatement.

Retour rapide.

Je contemple donc les conséquences de mes conneries répétées en descendant la rue. J’ai passé les 8 derniers mois à tout laisser tomber : mes passions, mes études, mes amis, mes études, ma famille, mes responsabilités, et, pour ce qui vous concerne, mon blog. Un énorme sacrifice sur l’autel de la romance. L’amour est donc une plaie. Magnifique, pleine de sens, mère du frisson des frissons. Mais du genre à gangréner tout le reste jusqu’à vous transformer en une masse informe de chaires mortes vouées uniquement à leur propre putréfaction. Une peste rose bonbon, en somme. C’est un peu miné par ces considérations que je monte dans le tram. Valenciennes a un air étrange sous le soleil : les beaux jours n’ont pas l’air à leur place ici, les murs de brique n’ont pas été construits pour être caressés par ses rayons. Voir les ch’tis transpirer comme des porcs embrochés me dérange un peu, alors je choisis le paysage. Ca défile, la musique rythme le passage des bâtiments tristes, et paf. Je repense à la semaine dernière.

A suivre : Que c’est-il passé la semaine dernière ? Vais-je tenir ma promesse à John de raconter ma soirée au pays de la vodka frelatée ? Verra-t-on apparaître un fémur humain ?

Merci d’avoir prêté attention au cliffhanger le plus lamentable de l’histoire des cliffhangers.

1 commentaires:

olivier a dit…

j'aime beaucoup, j'aimerai bien écrire comme toi.