jeudi 24 juillet 2008

Tchernobeat your girlfriend

Ok, parlons musique. Et parlons d'amour.
C'était la fin de l'été dans le sud : septembre. La nuit tombait tôt et moi, c'est sur la femme de ma vie que j'étais tombé : c'était "la plus belle fille du lycée" d'après les types que je fréquentait. Et c'est vrai qu'elle était belle, avec des yeux verts qui vivaient vraiment, de longs cheveux bruns-rouges, des lunettes de secrétaire et son piercing de bon goût. Et puis elle parlait, elle écoutait, parfaite. Complètement inacessible. Mais moi, j'étais amoureux et prêt à tout.
Je découvrais au même moment l'énergie psychédélique de la musique des 60's : une époque où on avait encore les couilles de partir, quelque soit le sens qu'on accorde à ce mot. Zappa, Love, The Byrds, Dylan, The Grateful Dead, The 13 Floor Elevator... Donovan. Avec Sunshine Superman, l'album. Et dessus Sunshine Superman, la chanson. Je l'écoutais pour me donner du courage en me rendant aussi présentable que possible : tous les matins, tous les midis, tous les soirs, avec les écouteurs de mon portable qui passaient la journée à me caresser les tympans. Elle collait parfaitement aux soirées qu'on passait ensemble, magiques, californiennes.
On marchait en longeant la mer, poussés par le vent chaud. Il y avait le reflet de la lune, l'odeur du large et les lumières de la ville. On s'allongeait dans l'herbe en regardant le ciel. On buvait de la vodka dans des verres à pied en parlant de tout et de rien, on écoutait de la musique et là encore, c'est Donovan qui sonnait le plus juste, parfait comme la nuit. Je me souviens d'un instant par dessus tous : on était assis sur un vieux mur de pierres dans le cimetière Russe de Menton qui est face à la mer, au sommet de la ville. Il faisait bon mais une petite pluie s'est mise à tomber et le vent a commencé à faire frémir les cyprès. Je lui passait ma veste et elle me demandait si je n'avais pas froid. "Je n'ai jamais froid", puis elle est venu contre moi et on a regardé le ciel, la mer, la ville. En silence.
Je me retrouve assis là chaque fois que j'entend Sunshine Superman. Playlist.
Près de deux ans plus tard, me voila entrain de sauter un grillage avec dans mon sac un paquet de clopes, une bouteille de whisky et mon lecteur MP3. La situation exige que je dégage assez rapidement : les flics qu'elle a appelé viennent d'arriver et moi, j'ai passé les deux dernières heures à donner des coups de pied dans sa porte en l'insultant et en menaçant le minable qui la baise en ce moment. Beaucoup de choses ont changé : autre ville, autre vie, autre époque. Je me jette dans les ronces et j'allume une clope. Cette fille que j'ai passé tant de temps à vénérer n'est qu'une pute maquillée en ange, un parasite de plus que j'ai laissé se glisser jusqu'à mon coeur jusqu'à ce que ses griffes chitineuses l'aient réduit en charpie. Quand j'ai compris qu'il s'agissait de la seule personne sur terre que je ne respecte pas, j'ai décidé d'en profiter pour laisser libre carte blanche à mon instinct pour gérer les relations avec elle, pour m'amuser. Ce qui m'amène dans ces ronces, glissant un "putain" agacé entre mes dents serrées.
Une chanson, une seule pour ce moment là : Gunface, bien sûr.
Aujourd'hui encore, c'est une nouvelle époque qui commence - je les préfère courtes - et ces moments ont perdu de leur substance : ce sont des anecdotes, des cicatrices sur ma carcasse, des leçons dont je n'ai pu garder que le fond. Et la bande originale, que je partage avec plaisir.

lundi 21 juillet 2008

Deus Ex Machina

La journée ne s'écoule pas. Elle dégouline, poisseuse, sur mes aspirations et les encrasse un peu plus. A la fin, je ne serais plus qu'une silhouette couverte de son film terne. Puant le travail et l'ennui, je n'aurai plus la force que de dormir. Parce-que cette mélasse a raison de toute la force d'un esprit, jusqu'à ce qu'il devienne la mélasse, jusqu'à ce que je devienne le travail.
La machine à café est en panne aujourd'hui, et ce détail insignifiant prend des airs apocalyptiques dans le petit monde artificiel de l'entreprise : Dieu est mort. La chose impassible qui prend en offrande l'argent gagné dans la peine, gratifie d'un gobelet et rend la monnaie avec une incontestable justice. La chose devant laquelle on se réunit, devant laquelle on échange. Devant laquelle on fraternise. Nous, les zombies, sommes solidaire : nous sommes les rouages du corporatisme, les esclaves qui le tirent vers l'avant au prix de nos âmes. Si la machine qui nous apportait un peu de chaleur et de réconfort est morte, qu'est-ce qui nous reste sinon les souvenirs de ses paroles, immortel ?

SELECTIONNER BOISSON.
BOISSON EN PREPARATION...
BOISSON PRETE. PRELEVER.

En cet âge sombre où nous savions que demain serait fait d'aujourd'hui et qu'aujourd'hui était fait d'hier, la Machine seule savait nous dire quoi faire sans que nous puissions douter de la justesse de ses directives. Mais elle est morte, morte, morte.
La journée colle et je suis seul dans l'univers, seul face a cette vérité que le Dieu qui nous unissait n'est plus. Mes passions sont tellement souillées que je ne suis même plus sûr d'exister : peut-être que je suis simplement l'univers, et que je suis vide.

Putain, heureusement que je termine dans une demi-heure.

Tchernobeat

Il y a des chansons qui nous marquent. Parce qu'on les a entendues à un moment intense, parce-qu'elles nous parlent, ou tout simplement parce-qu'elles sont super bien. C'est un fait connu et habituel, mais pas insignifiant pour autant : c'est comme ça qu'on se retrouve à regarder le ciel d'un air mélancolique quand quelqu'un met un CD de Placebo, ce qui fait plutôt bon effet en société. C'est aussi comme ça qu'on se retrouve à pleurer à chaudes larmes dès qu'on entend la Macarena, ce qui est nettement moins classe. Puisque j'ai moi-même quelques souvenirs au fond d'un tiroir poussiéreux et que les blogs ne sont jamais que des fonds de tiroirs, j'ai rajouté un petit machin Deezer à droite de la page. C'est Tchernobeat, la playlist radioactive au bon goût de silicium. Je vous raconterai à l'occasion pourquoi j'ai choisi telle ou telle chanson, et j'en rajouterai au fur à mesure...
Enjoy, c'est gratuit.

mercredi 16 juillet 2008

Pax Romana

Il faut reconnaître à la culture par procuration un avantage : elle permet de donner des définitions en italique dans son blog. Merci Wikipédia :
"La Paix romaine ou Pax Romana en latin, désigne la longue période de paix imposée par l'Empire Romain
sur les régions contrôlées. L'expression provient du fait que
l'administration et le système légal romain pacifiaient les régions qui
avaient souffert des querelles entre chefs rivaux."
Bon. On parle de la soumission de peuples à l'Empire, prix à payer pour profiter d'une relative stabilité politique, de la technologie la plus développée et bien sûr pour ne pas se faire écraser comme un mégot fumé jusqu'au filtre par les légions romaines.
On parle aussi de la période pendant laquelle les romains ont crucifié un certain Jesus.
Des millions de vous-et-moi travaillaient alors sous un soleil brûlant pour servir des maîtres qui ne leur laissaient pas d'autre choix, ils se faisaient à leur autorité puisqu'après tout, c'était la meilleure chose à faire pour ces gens simples qui n'avaient ni l'étoffe de héros, ni de véritable raison de se plaindre. Mais voila : En ne revendiquant pas leur liberté, les peuples sous tutelle ont laissé leur messie se faire lamentablement clouer et avec lui la légitimité de leur spiritualité. Il n'y avait pas plus à perdre. La crucifixion est à ce titre la plus grande victoire de la raison sur la passion : préférer la sécurité de pax romana à l'accomplissement. Et ce jour où le monde aurait du s'enflammer de colère, il ne s'est rien passé : tout au plus quelques larmes ont-elles été versées, et le travail a repris.
Puisque près de 20 siècles -j'arrondis largement- nous séparent de cette période, on pourrait penser que traumatisés comme nous le somme à vénérer des croix, nous avons retenu la leçon. La bonne blague.
Si l'état annonçait demain qu'il crucifiait Jesus, voila ce qui se passerait : une foule répondrait à un appel anonyme pour battre le pavé en vociférant des slogans et suivant un itinéraire préalablement validé par les autorités. Les travailleurs prendraient une demi journée de RTT pour voir ça sur TF1. Les journaux se fendraient le lendemain d'un edito sur le sujet. Une pétition en ligne apparaîtrait pour demander des excuses publiques. Le Pape secouerait son vieux poing ridé pour la photo. Tout le monde ferait des cauchemars pendant une semaine.
Et c'est tout.
On accepte tous les jours de petites privations sous prétexte que des concessions sont nécessaires à la survie et au maintien de l'ordre social : se lever le matin pour aller bosser, faire glisser son pass navigo sur la borne, planquer son herbe au fond d'une poche, jeter ses emballages dans une poubelle, parler poliment à des connards. C'est Pax Romana, et les conséquences sur nos aspirations profondes sont désastreuses, on le sait sans le dire à voix haute. Le nouvel empire démocratique a ses fanatiques aveugles, les bons citoyens qui nous regardent de travers au moment d'allumer une clope sur le quai du RER et s'offusquent au moindre mot qui ne viendrait pas des rails bien huilés à l'autre extrémité desquels se trouve le balais profondément enfoncé dans leurs petits culs de collabos.
Ce sont en général ceux là qui me jugent irresponsable et me gratifient d'un petit discours réprobateur. Ce sont ceux là qui me qualifient de perdant d'un air navré. J'ai envie de leur dire aujourd'hui que je ne perd pas : en fait, je ne joue pas. Ce que je m'aliène - argent, relations, diplômes, tranquillité - et qu'on s'attache d'ordinaire à conserver si précieusement n'a en vérité aucune valeur. La satisfaction est un fardeau dont on s'encombre jusqu'à ne plus pouvoir marcher vers le bonheur. Il est arrogant et stupide de s'estimer satisfait. C'est de cette arrogance, d'ailleurs, que se nourrit le tyran : "contentez vous des miettes, le gâteau n'est pas pour vous".
Si vous pensez qu'un type comme moi peut se permettre de vous donner un conseil, prenez celui-là : osez la lose. Faites ce que vous voulez. Jetez vos vies minables.