Le printemps reviens. Je quitte mes 6 mois de prostration dépressive pour entrer dans un nouveau cycle de bonne humeur, youpi. Il paraît qu'en grandissant on ne perçoit plus le temps comme une série d'évènements, mais de périodes. C'est peut-être un peu vrai : les visages, les situations, les sentiments ressemblent parfois à un écho du passé, les constantes se dévoilent à force de répétition. On avance, pourtant, et il y aura une dernière fois pour tout. Enfin.
Certaines choses changent. En revoyant ces pages noires et vertes, je suis un peu embarassé. Adolescence, post-adolescence, tartinées avec maladresse en un long et fastidieux cri du coeur. En fin de compte, les paroles de Somewhere I belong de Linkin Park suffiraient à résumer tout ce que j'ai eu à dire, et c'est un tantinet pathétique.
J'ai envie de tourner la page. De laisser derrière moi cette complainte passive et de passer à autre chose. J'ai envie d'écrire, pour de vrai. Quelque-chose de construit et de neuf.
L'année commence au printemps si vous voulez mon avis. Les saisons froides sont trop chargées d'agonie : c'est dans ces nuits froides et ce crachin mou, dans le soleil qui s'éteint avant le dîner et les fenêtres fermées à un mode froid. Le printemps sent le neuf, les bourgeons, les fleurs, et les orages tièdes. C'est le bon moment.
Alors sur ce quarante-neuvième message, Tchernogrill s'achève et laisse la place à un peu de fraîcheur et de nouvelles circonvolutions. Promis, j'en laisserai un cinquantième quand elles se finiront à leur tour.
Merci à mes 10 lecteurs de m'avoir prêté attention, à ceux qui ont été ou sont encore mes amis d'avoir fait de la souffrance une prétention. Et puis merde, merci aussi à ceux qui en font une réalité : sans vous, on s'ennuierait.
jeudi 9 avril 2009
mardi 24 mars 2009
Reportage Minute
Je suis allé à une manifestation il y a quelques jours. Pas par conviction -ma situation métaphysique me confinant à l'apolitisme- mais pour rejoindre un pote qui s'y rendait lui même pour s'attirer les faveurs d'une syndicaliste bien gaulée. Mes années lycée m'ont certes amené à battre quelquefois le pavé en scandant des slogans qui devaient se révéler, quelques années plus tard, sélectionnés par l'UMP, mais je ne m'étais encore jamais retrouvé dans une manif d'ampleur, c'est-à-dire parisienne.
Passons sur le cortège : on l'a suivi de loin pour acheter de la bière. D'assez loin pour voir des grappes de petit-bourgeois se désolidariser et aller échanger leurs idées contre un Big Mac au McDO du coin. Le plus intéressant, c'était sans contexte le final place de la Nation. Un petit sound system, quelques djembés, beaucoup de bière, et voila les "français en colère", comme ils le criaient un peu plus tôt, qui dansent et font mine de s'enculer sur les abribus.
Il y avait deux types de merguez en vente, et la merguez est un excellent indicateur de l'état d'esprit d'un attroupement. La première, c'était la néolibérale : un type avait ramené son camion-snack au coeur du tumulte pour la vendre 5 euros, et il avait de la clientèle. L'autre, c'était la merguez CGT, homologuée lutte sociale et guérilla urbaine. 4 euros 50. Eh oui, quand même. Les syndicalistes bardés de stickers ne se dégonflaient même pas en annonçant le prix.
Puis les CRS ont encerclé la place et commencé à charger, et c'est là que le vide moral de la situation s'est montré le plus frappant. D'un côté, des types en uniforme et armure lourde qui avancent avec l'air fier comme s'ils jouaient leurs vies. De l'autre, une foule hétéroclite de poivrots, étudiants en pleine chasse au moulin, puceaux encasqués portant foulards et quincas chevelus qui balancaient des canettes de bière sur ceux d'en face en les traitant d'enculés. Entre les matraques et les canettes, impossible de déterminer qui, dans cet ouragan de connerie,était du bon côté.
Les CRS avaient l'excuse de faire leur boulot, mais ça n'excuse rien. Côté militant, je n'ai pas entendu la moindre conviction mais en revanche :
-Un type venu faire des photos conceptuelles de pieds
-Un autre type brailler qu'il avait six gosses et qu'il aimait pas les enculés
-Une fille venue pour l'ambiance
-Un papa raconter à une fille de la moitié de son age que certains ont du fric et d'autres pas et que c'est vraiment pas juste en espérant la serrer avec ça
-Un touriste largué demander ce qui se passait.
Et puis il y avait les journalistes qui ajouteraient un peu de mayonnaise de droite ou de gauche pour parfumer ce n'importe-quoi. Et nous, les badauds, et nombre et assoiffés d'action et j'ai honte d'avoir été de ceux là. Une fois la fête finie, tout le monde est parti avaler un en-cas trop cher à l'arrière-goût de lacrymo et voila, le progrès social en marche.
Passons sur le cortège : on l'a suivi de loin pour acheter de la bière. D'assez loin pour voir des grappes de petit-bourgeois se désolidariser et aller échanger leurs idées contre un Big Mac au McDO du coin. Le plus intéressant, c'était sans contexte le final place de la Nation. Un petit sound system, quelques djembés, beaucoup de bière, et voila les "français en colère", comme ils le criaient un peu plus tôt, qui dansent et font mine de s'enculer sur les abribus.
Il y avait deux types de merguez en vente, et la merguez est un excellent indicateur de l'état d'esprit d'un attroupement. La première, c'était la néolibérale : un type avait ramené son camion-snack au coeur du tumulte pour la vendre 5 euros, et il avait de la clientèle. L'autre, c'était la merguez CGT, homologuée lutte sociale et guérilla urbaine. 4 euros 50. Eh oui, quand même. Les syndicalistes bardés de stickers ne se dégonflaient même pas en annonçant le prix.
Puis les CRS ont encerclé la place et commencé à charger, et c'est là que le vide moral de la situation s'est montré le plus frappant. D'un côté, des types en uniforme et armure lourde qui avancent avec l'air fier comme s'ils jouaient leurs vies. De l'autre, une foule hétéroclite de poivrots, étudiants en pleine chasse au moulin, puceaux encasqués portant foulards et quincas chevelus qui balancaient des canettes de bière sur ceux d'en face en les traitant d'enculés. Entre les matraques et les canettes, impossible de déterminer qui, dans cet ouragan de connerie,était du bon côté.
Les CRS avaient l'excuse de faire leur boulot, mais ça n'excuse rien. Côté militant, je n'ai pas entendu la moindre conviction mais en revanche :
-Un type venu faire des photos conceptuelles de pieds
-Un autre type brailler qu'il avait six gosses et qu'il aimait pas les enculés
-Une fille venue pour l'ambiance
-Un papa raconter à une fille de la moitié de son age que certains ont du fric et d'autres pas et que c'est vraiment pas juste en espérant la serrer avec ça
-Un touriste largué demander ce qui se passait.
Et puis il y avait les journalistes qui ajouteraient un peu de mayonnaise de droite ou de gauche pour parfumer ce n'importe-quoi. Et nous, les badauds, et nombre et assoiffés d'action et j'ai honte d'avoir été de ceux là. Une fois la fête finie, tout le monde est parti avaler un en-cas trop cher à l'arrière-goût de lacrymo et voila, le progrès social en marche.
mardi 17 février 2009
Swift.
La petite place pavée. La lumière tamisée d'un réverbère. Un petit chien à tâches noire. Le vent de la Mer et de la Montagne. C'est l'Hiver, mais le bon.
Tout est bien.
J'entends beaucoup parler d'orientation et de choix de vie en ce moment : c'est l'âge, c'est le milieux. Quelque-chose, un appel lointain lointain et splendide, me dit que ça n'a pas vraiment d'importance. Ce moment où les étoiles sont belles, celui dont on veut que chaque jour soit fait ne se cherche pas, il s'étreint. C'est tout.
Tout est bien.
J'entends beaucoup parler d'orientation et de choix de vie en ce moment : c'est l'âge, c'est le milieux. Quelque-chose, un appel lointain lointain et splendide, me dit que ça n'a pas vraiment d'importance. Ce moment où les étoiles sont belles, celui dont on veut que chaque jour soit fait ne se cherche pas, il s'étreint. C'est tout.
samedi 14 février 2009
14 Février
Joyeuse saint Valentin, ma chérie sans nom.
Ça sent la merguez et la vodka dans la salle communale. Villageois et transfuges imbibent leur côtes de porc : de vodka, de musique 80's, de tout ce qui passe, L'horloge tourne encore et voit les filles devenir femmes, les garçons hommes. Rien ne sera plus comme avant alors on boit, pour oublier demain, pour qu'il devienne gueule de bois. On fête les 40 ans de Dubois au Village, qu'est-ce qui se passe ailleurs ? Dîners aux chandelles, swinger parties endiablées, cuites au bar PMU... Peu importe, c'est la même chose ! On tue le samedi en conneries cronophages, puis on assomme la petite voix de la conscience pour pouvoir dormir enfin, puis c'est dimanche, le jour du Seigneur.
J'ai envie de te baiser jusqu'à ce que mort s'en suive, ma chérie sans nom.
Je ne vois plus la différence entre la douce moiteur d'une chatte anonyme et la lueur blafarde de cet écran pour lequel j'ai vendu deux mois de ma vie. Le même pus d'indifférence suppure de nos plaies. On a vendu nos âmes, amiga, pour acheter un nectar frelaté au goût de cendre. On s'est fait baiser par la réalité. Regarde autour de toi, contemple ton œuvre. Qu'est-ce qui ressemble à tes rêves ? Ce sticker débile à l'effigie de n'importe quoi, cette fenêtre ouverte sur une ville interchangeable, l'amer reflet de tes échecs dans la première surface réfléchissante qui passe ?
Joyeux suicide, mon incomparable psychotique.
On pardonne aux autres leurs inconséquences. Pas par bonté d'âme,non, non, non ! On pardonne aux autres leur inconséquences pour qu'ils nous pardonnent les nôtres. Tous égaux dans la médiocrité criminelle, ah ! Qu'on est beaux ! Paresseux, rationalistes, on rit jaune quand un drôle de chantre vient nous cracher à la gueule nos contradictions contre un bol de soupe. Je me casse d'ici. Plutôt donner mon cœur aux sirènes qu'à un avide quelconque. Plutôt crever d'amour que vivre de substituts.
Va te faire foutre, ma Valentine. Attrape moi si tu peux.
Ça sent la merguez et la vodka dans la salle communale. Villageois et transfuges imbibent leur côtes de porc : de vodka, de musique 80's, de tout ce qui passe, L'horloge tourne encore et voit les filles devenir femmes, les garçons hommes. Rien ne sera plus comme avant alors on boit, pour oublier demain, pour qu'il devienne gueule de bois. On fête les 40 ans de Dubois au Village, qu'est-ce qui se passe ailleurs ? Dîners aux chandelles, swinger parties endiablées, cuites au bar PMU... Peu importe, c'est la même chose ! On tue le samedi en conneries cronophages, puis on assomme la petite voix de la conscience pour pouvoir dormir enfin, puis c'est dimanche, le jour du Seigneur.
J'ai envie de te baiser jusqu'à ce que mort s'en suive, ma chérie sans nom.
Je ne vois plus la différence entre la douce moiteur d'une chatte anonyme et la lueur blafarde de cet écran pour lequel j'ai vendu deux mois de ma vie. Le même pus d'indifférence suppure de nos plaies. On a vendu nos âmes, amiga, pour acheter un nectar frelaté au goût de cendre. On s'est fait baiser par la réalité. Regarde autour de toi, contemple ton œuvre. Qu'est-ce qui ressemble à tes rêves ? Ce sticker débile à l'effigie de n'importe quoi, cette fenêtre ouverte sur une ville interchangeable, l'amer reflet de tes échecs dans la première surface réfléchissante qui passe ?
Joyeux suicide, mon incomparable psychotique.
On pardonne aux autres leurs inconséquences. Pas par bonté d'âme,non, non, non ! On pardonne aux autres leur inconséquences pour qu'ils nous pardonnent les nôtres. Tous égaux dans la médiocrité criminelle, ah ! Qu'on est beaux ! Paresseux, rationalistes, on rit jaune quand un drôle de chantre vient nous cracher à la gueule nos contradictions contre un bol de soupe. Je me casse d'ici. Plutôt donner mon cœur aux sirènes qu'à un avide quelconque. Plutôt crever d'amour que vivre de substituts.
Va te faire foutre, ma Valentine. Attrape moi si tu peux.
lundi 2 février 2009
J'aime pas l'Hiver
C’est encore l’hiver. Pourquoi faut-il que toutes les années aient leur hiver ? L’air est glacial, le ciel grisâtre crache son mépris pour l’espèce humaine sous forme de crachin. Ils sont loin, les orages tièdes et les jours de plomb. Cette saison est dégueulasse. Je la hais, du peu de cœur qu’il me reste. Les plages sont désertes, les fumeurs attrapent la crève à mesure que leurs paquets se vident, depuis que la loi est passée. C’est le temps de la dépression.
La tradition tente tant bien que mal de compenser cette vacherie de la nature, mais force est de constater que c’est un échec cuisant. Noël en famille ? Des cadeaux débiles qu’on s’offre en caressant un abcès qui gonfle d’année en année. Super. Le jour de l’an ? Une gueule de bois de plus, pour se rappeler qu’on a un an de moins à vivre et que les théoriciens de l’apocalypse se sont encore plantés. Super.
Ayons une pensée pour la cigale. Elle chante tout l’été et nous emplit de joie. Qu’est-ce qu’elle fait en hiver, la cigale ? Elle crève lamentablement pour laisser place à la fourmi, ce parasite disgracieux et envahissant dont le mode de vie glorifie l’aliénation par le travail. Les cadavres de SDF s’entassent pendant que les écoliers naïfs apprennent la fable. Et que les plus riches s’offrent des vacances au ski pour se péter les jambes dans la joie et la bonne humeur.
C’est la saison des comptes, en fait. Les vieux qui ne sont plus assez solides meurent. Les jeunes qui n’ont pas encore d’appartement cette année se réunissent dehors et écourtent leurs soirées parce qu’il fait trop froid. On rachète les agendas et les calendriers. On profite des soldes si on en a les moyens.
Et il-y-a la neige. J’aime la neige, profondément. J’aime la voir tomber : rien n’est plus doux et silencieux. J’aime cette impression que le monde entier pâlit. Quelques centimètres et tout est beau, simplifié, tranquille. J’aime son craquement sous le pied ; et j’aime aller marcher là où personne n’a laissé d’empreinte. Tout se fige : les voitures restent garées, les rues se vident, le vent n’agite plus les branches alourdies. Ca serait presque un point pour l’hiver. Mais voila, chaque année c’est la même chose : la neige, c’est aussi froid et dangereux que beau, un peu comme la femme idéale qui finit par être fatale. Et il faut, à nouveau, l e constater.
Cette fois, je suis allé marcher un peu dans la montagne en face. Elle était magnifique, la forêt. Un centimètre de neige partout. Puis deux. Trois. Quatre. Et ainsi de suite, et finalement de la neige jusqu’aux genoux. Jusque dans le trou de mon jean. Au bout d’une heure et demie, le chemin était impossible à distinguer, alors je me suis perdu. Et me voila entrain d’escalader à pic, comme un steak essayant d’échapper à la congélation. Plus j’approchais de la cime, plus il y avait de neige et plus la paroi était raide. J’étais progressivement passé de la promenade du dimanche au parcours du combattant et finalement à une situation où ma survie n’était plus acquise. Avec cette petite voix entêtante dans le fond du crâne : « glisse et tu crève, glisse et tu crève, glisse et tu crève… ».
Arrivé au sommet, j’ai pu m’apercevoir que c’était le mauvais sommet, c'est-à-dire celui aucun chemin ne mène. De petites empreintes dans la neige m’indiquaient que seul un lapin avait été jusque là assez con pour venir faire l’équilibriste en longeant une cime d’un mètre de large de roche friable et couverte d’eau gelée. La vue était splendide.
L’hiver, c’est aussi la saison où je me souviens que bien que je l’aime plus que tout, la neige essaiera toujours de me tuer.
J’aime pas l‘hiver.
La tradition tente tant bien que mal de compenser cette vacherie de la nature, mais force est de constater que c’est un échec cuisant. Noël en famille ? Des cadeaux débiles qu’on s’offre en caressant un abcès qui gonfle d’année en année. Super. Le jour de l’an ? Une gueule de bois de plus, pour se rappeler qu’on a un an de moins à vivre et que les théoriciens de l’apocalypse se sont encore plantés. Super.
Ayons une pensée pour la cigale. Elle chante tout l’été et nous emplit de joie. Qu’est-ce qu’elle fait en hiver, la cigale ? Elle crève lamentablement pour laisser place à la fourmi, ce parasite disgracieux et envahissant dont le mode de vie glorifie l’aliénation par le travail. Les cadavres de SDF s’entassent pendant que les écoliers naïfs apprennent la fable. Et que les plus riches s’offrent des vacances au ski pour se péter les jambes dans la joie et la bonne humeur.
C’est la saison des comptes, en fait. Les vieux qui ne sont plus assez solides meurent. Les jeunes qui n’ont pas encore d’appartement cette année se réunissent dehors et écourtent leurs soirées parce qu’il fait trop froid. On rachète les agendas et les calendriers. On profite des soldes si on en a les moyens.
Et il-y-a la neige. J’aime la neige, profondément. J’aime la voir tomber : rien n’est plus doux et silencieux. J’aime cette impression que le monde entier pâlit. Quelques centimètres et tout est beau, simplifié, tranquille. J’aime son craquement sous le pied ; et j’aime aller marcher là où personne n’a laissé d’empreinte. Tout se fige : les voitures restent garées, les rues se vident, le vent n’agite plus les branches alourdies. Ca serait presque un point pour l’hiver. Mais voila, chaque année c’est la même chose : la neige, c’est aussi froid et dangereux que beau, un peu comme la femme idéale qui finit par être fatale. Et il faut, à nouveau, l e constater.
Cette fois, je suis allé marcher un peu dans la montagne en face. Elle était magnifique, la forêt. Un centimètre de neige partout. Puis deux. Trois. Quatre. Et ainsi de suite, et finalement de la neige jusqu’aux genoux. Jusque dans le trou de mon jean. Au bout d’une heure et demie, le chemin était impossible à distinguer, alors je me suis perdu. Et me voila entrain d’escalader à pic, comme un steak essayant d’échapper à la congélation. Plus j’approchais de la cime, plus il y avait de neige et plus la paroi était raide. J’étais progressivement passé de la promenade du dimanche au parcours du combattant et finalement à une situation où ma survie n’était plus acquise. Avec cette petite voix entêtante dans le fond du crâne : « glisse et tu crève, glisse et tu crève, glisse et tu crève… ».
Arrivé au sommet, j’ai pu m’apercevoir que c’était le mauvais sommet, c'est-à-dire celui aucun chemin ne mène. De petites empreintes dans la neige m’indiquaient que seul un lapin avait été jusque là assez con pour venir faire l’équilibriste en longeant une cime d’un mètre de large de roche friable et couverte d’eau gelée. La vue était splendide.
L’hiver, c’est aussi la saison où je me souviens que bien que je l’aime plus que tout, la neige essaiera toujours de me tuer.
J’aime pas l‘hiver.
samedi 24 janvier 2009
Gare Saint-Lazare
C’est en regardant mon reflet dans la flaque de vomi que je viens de jeter sur le plancher de Laszlo qu’une vérité m’apparaît. « Tu sera toujours un réprouvé », voila ce que je lis entre le reflet de mes yeux vitreux et les morceaux de chipolata, « tu n’aura pas de chien, de gosses, d’écran full HD, pas de costard bon marché ni de Wii pour t’amuser avec ta famille – et de toute façon, tu n’aura pas de famille ».Un peu plus tard, je me demanderai s’il est raisonnable de considérer que Dieu puisse employer un tel moyen pour délivrer ses prophéties. Mais ce moment ne viendra qu’une fois la flaque nettoyée.
C’est, en l’espace de deux semaines, mon second barbecue chez l’éternel relativiste. C’est aussi le dernier avant un moment, puisqu’il nous quitte pour aller chasser le cliché dans les steppes de Mongolie – et nul doute qu’il s’en sortira : bon sang, avec sa coiffure, le cliché se précipitera sur lui dans une tentative désespérée d’accouplement ! Mais l’heure n’est pas à l’exotisme, ni même aux épiphanies gastriques.
LE temps de cligner des yeux, et me voila dans la forêt de Meudon, entrain de prendre pour la dernière fois le chemin gravillonné, de l’open-space à l’arrêt de bus. Je traîne un sac de voyage à roulettes, et il pleut. Entre les journées grotesques de travail et la longue route des vacances, entre la sonnerie de mon portable et le gémissement sans fin de la nationale, j’aperçois un bel arbre. Ca n’a duré qu’un instant, mais il a suffit à me rappeler que les belles choses sont toujours là, que j’aime la pluie, qu’un arbre reste un arbre même s’il est facile de l’oublier quand il est au bord de l’autoroute.
Je suis sur la route, donc. Mon voyage est jeune et ne ressemble pas à l’image type de l’autostoppeur portant son énorme sac comme une tortue son foyer. Mais si on sait déjà à quoi vont ressembler les photos, c’est du tourisme, pas un voyage initiatique. Je dois cependant admettre que les briques rouges du nord ou les tours d’Argenteuil n’ont pas l’aura d’Angkor-Vat : il ne suffit pas d’ouvrir les yeux pour se sentir dépaysé. Là encore, le dépaysement est l’objectif d’un touriste en short : un voyageur ne sait pas plus ce qu’il cherche qu’où il se rend. Un voyageur, c’est un malade atteint d’une affection incurable : l’habitude chronique. Alors il va ailleurs, n’y arrive jamais et espère un miracle.
Il est possible qu’il se produise ou ne se produise pas. Je suis davantage homme d’espoir que de foi. Alors… Si je dois crever intérimaire à Marly ou à Pune, au mois, j’aurai vu la route.
C’est, en l’espace de deux semaines, mon second barbecue chez l’éternel relativiste. C’est aussi le dernier avant un moment, puisqu’il nous quitte pour aller chasser le cliché dans les steppes de Mongolie – et nul doute qu’il s’en sortira : bon sang, avec sa coiffure, le cliché se précipitera sur lui dans une tentative désespérée d’accouplement ! Mais l’heure n’est pas à l’exotisme, ni même aux épiphanies gastriques.
LE temps de cligner des yeux, et me voila dans la forêt de Meudon, entrain de prendre pour la dernière fois le chemin gravillonné, de l’open-space à l’arrêt de bus. Je traîne un sac de voyage à roulettes, et il pleut. Entre les journées grotesques de travail et la longue route des vacances, entre la sonnerie de mon portable et le gémissement sans fin de la nationale, j’aperçois un bel arbre. Ca n’a duré qu’un instant, mais il a suffit à me rappeler que les belles choses sont toujours là, que j’aime la pluie, qu’un arbre reste un arbre même s’il est facile de l’oublier quand il est au bord de l’autoroute.
Je suis sur la route, donc. Mon voyage est jeune et ne ressemble pas à l’image type de l’autostoppeur portant son énorme sac comme une tortue son foyer. Mais si on sait déjà à quoi vont ressembler les photos, c’est du tourisme, pas un voyage initiatique. Je dois cependant admettre que les briques rouges du nord ou les tours d’Argenteuil n’ont pas l’aura d’Angkor-Vat : il ne suffit pas d’ouvrir les yeux pour se sentir dépaysé. Là encore, le dépaysement est l’objectif d’un touriste en short : un voyageur ne sait pas plus ce qu’il cherche qu’où il se rend. Un voyageur, c’est un malade atteint d’une affection incurable : l’habitude chronique. Alors il va ailleurs, n’y arrive jamais et espère un miracle.
Il est possible qu’il se produise ou ne se produise pas. Je suis davantage homme d’espoir que de foi. Alors… Si je dois crever intérimaire à Marly ou à Pune, au mois, j’aurai vu la route.
vendredi 23 janvier 2009
Interlude justificatif
Oui, je raconte toujours la même chose et en plus je ne met jamais ce blog à jour. Oui, je me justifie alors que personne ne me l'a demandé pour la bonne et simple raison que ça n'a aucune forme d'importance. Mais je fais ce que je veux.
Sache, vaste et impersonnel Internet, que les sbires de Free ont coupé le cordon nourricier entre toi et moi pendant plus d'un mois, comme ça, par indvertance. Sache que je consacre une partie non négligeable de mon temps dans une salle de sport aux côtés de bikers moustachus pour des raisons assez compliquées mais tout à fait valables, et qu'en conséquence je peux sentir les cernes se creuser sous mes yeux. En temps réel.
Cela, dit, j'essaye autant que possible de mettre cette page à jour, car il est de mon devoir de partager avec toi la progression pénible de ma conscience philosophique, les anecdotes tout à fait passionantes de ma petite enfance et celles, encore plus remarquables, de mon quotidien.
Pour être à peine plus sérieux... je vais probablement mettre en ligne des petits bouts de texte qui traînent sur des carnets parce que bon, bah oui, hein.
Sache, vaste et impersonnel Internet, que les sbires de Free ont coupé le cordon nourricier entre toi et moi pendant plus d'un mois, comme ça, par indvertance. Sache que je consacre une partie non négligeable de mon temps dans une salle de sport aux côtés de bikers moustachus pour des raisons assez compliquées mais tout à fait valables, et qu'en conséquence je peux sentir les cernes se creuser sous mes yeux. En temps réel.
Cela, dit, j'essaye autant que possible de mettre cette page à jour, car il est de mon devoir de partager avec toi la progression pénible de ma conscience philosophique, les anecdotes tout à fait passionantes de ma petite enfance et celles, encore plus remarquables, de mon quotidien.
Pour être à peine plus sérieux... je vais probablement mettre en ligne des petits bouts de texte qui traînent sur des carnets parce que bon, bah oui, hein.
Jeudi, 10h30
Les travailleurs travaillent, les chômeurs se réveillent, les étudiants étudient, les parents au foyer surveillent leurs gamins et le monde tourne. Ma situation a quelque-chose d’incongru : je suis assis, seul, dans un parc désert. N’ayant demandé à personne de m’attribuer un rôle et une place, je me sens vaguement suspect et désemparé, presque illégitime. Vivant sans étiquette depuis un peu plus d’un mois, je redécouvre la réalité sous son aspect chaotique, indifférent. Que je sois là ou ailleurs, entrain de faire quelque chose de logique ou non, l’herbe continue de pousser et la gravité de nous clouer au sol. C’est aussi simple que ça.
Sur cette base, vous et moi n’avons pas grand-chose d’imposé : pourvoir à nos besoins pour vivre le plus longtemps possible, essayer d’être aussi heureux que possible et, finalement, mourir. Les détails de cette entreprise sont finalement assez libres : qu’on élève des chèvres dans le Larzac, qu’on vole, qu’on se lance en politique, qu’on loue ses 35 heures hebdomadaires ou qu’on fasse dérailler des trains… Tant qu’on respire, on se retrouve tous quelque part le jeudi à 10h30, pour la seule et unique raison qu’il faut bien être quelque part.
Pour ma part, je me vois assez mal faire dérailler un train, et ça me paraît même assez abominable. Mais ce genre de considération est complètement arbitraire. Que je sache, la foudre divine n’a jamais frappé les meurtriers – par ailleurs, on compte parmi eux autant de criminels que de héros et les critères qui permettent de faire la distinction sont, il faut l’admettre, complètement obscurs. Dans ce drôle de monde sans véritable repère, pleurer les victimes, n’en avoir rien à foutre ou se réjouir de la souffrance d’autrui est affaire de pure fantaisie.
Le cœur vient s’en mêler, bien sûr. Il n’y a plus que lui pour tracer des frontières entre le juste et l’injuste, le bon et le mauvais, le beau et le laid… Que lui pour se dresser face à une raison qui ne peut conclure qu’à l’indifférence. Comme dirait n’importe qui, il faut écouter son cœur. Facile à dire, mais pas si évident dans les faits. On a tous de temps à autres une envie de chocolat, une violente et soudaine passion amoureuse, un intérêt prononcé pour le Hip Hop ou la sodomie. Mais ça n’est pas encore entendre son cœur, juste l’entendre hurler. On ignore ses murmures, couverts qu’ils sont par la voix posée et familière des maîtres. Il est facile et confortable de la laisser nous bercer, nous guider, nous dire quoi faire, où être ; tellement plus que de s’asseoir un moment en essayant de répondre à l’éternelle question :
« MAIS QU’EST-CE QUE JE FOUS LA ?! »
C’est que quand toutes les réponses se valent, il faut de l’imagination pour trouver la sienne, ou une concentration aiguisée comme la lame d’un rasoir pour ignorer un instant l’omniprésent brouhaha et percevoir enfin ce bruissement intérieur… Voila ce que c’est, écouter son cœur. Reste encore à agir en conséquence, et l’effort devient plus intense, parce que c’est répondre à un appel que personne ne peut entendre si on ne le relaie pas, parce qu’il n’appelle à remplir les poches de personne, et soudain la bienveillance de ceux qui offraient une raison d’être s’étiole, et disparaît.
La raison revient alors au galop : il faut un équilibre : il faut se soumettre un peu pour être épaulé, sans jamais perdre de vue la voie qu’on a choisie. Facile ? Combien ont su trouver en eux une véritable aspiration ? Parmi eux, combien ont trouvé les moyens d’en faire autre chose qu’une névrose ? Et encore, combien se sont trompés ; combien ont laissé le moyen devenir la fin et le cœur s’époumoner en vain ?
Je veux, aujourd’hui, en venir à une suggestion : ne renonçons pas à nous demander ce qu’on fout là, régulièrement. Pourquoi pas le jeudi à 10h30 ? Il me semble que c’est une question difficile, mais jamais vaine.
Sur cette base, vous et moi n’avons pas grand-chose d’imposé : pourvoir à nos besoins pour vivre le plus longtemps possible, essayer d’être aussi heureux que possible et, finalement, mourir. Les détails de cette entreprise sont finalement assez libres : qu’on élève des chèvres dans le Larzac, qu’on vole, qu’on se lance en politique, qu’on loue ses 35 heures hebdomadaires ou qu’on fasse dérailler des trains… Tant qu’on respire, on se retrouve tous quelque part le jeudi à 10h30, pour la seule et unique raison qu’il faut bien être quelque part.
Pour ma part, je me vois assez mal faire dérailler un train, et ça me paraît même assez abominable. Mais ce genre de considération est complètement arbitraire. Que je sache, la foudre divine n’a jamais frappé les meurtriers – par ailleurs, on compte parmi eux autant de criminels que de héros et les critères qui permettent de faire la distinction sont, il faut l’admettre, complètement obscurs. Dans ce drôle de monde sans véritable repère, pleurer les victimes, n’en avoir rien à foutre ou se réjouir de la souffrance d’autrui est affaire de pure fantaisie.
Le cœur vient s’en mêler, bien sûr. Il n’y a plus que lui pour tracer des frontières entre le juste et l’injuste, le bon et le mauvais, le beau et le laid… Que lui pour se dresser face à une raison qui ne peut conclure qu’à l’indifférence. Comme dirait n’importe qui, il faut écouter son cœur. Facile à dire, mais pas si évident dans les faits. On a tous de temps à autres une envie de chocolat, une violente et soudaine passion amoureuse, un intérêt prononcé pour le Hip Hop ou la sodomie. Mais ça n’est pas encore entendre son cœur, juste l’entendre hurler. On ignore ses murmures, couverts qu’ils sont par la voix posée et familière des maîtres. Il est facile et confortable de la laisser nous bercer, nous guider, nous dire quoi faire, où être ; tellement plus que de s’asseoir un moment en essayant de répondre à l’éternelle question :
« MAIS QU’EST-CE QUE JE FOUS LA ?! »
C’est que quand toutes les réponses se valent, il faut de l’imagination pour trouver la sienne, ou une concentration aiguisée comme la lame d’un rasoir pour ignorer un instant l’omniprésent brouhaha et percevoir enfin ce bruissement intérieur… Voila ce que c’est, écouter son cœur. Reste encore à agir en conséquence, et l’effort devient plus intense, parce que c’est répondre à un appel que personne ne peut entendre si on ne le relaie pas, parce qu’il n’appelle à remplir les poches de personne, et soudain la bienveillance de ceux qui offraient une raison d’être s’étiole, et disparaît.
La raison revient alors au galop : il faut un équilibre : il faut se soumettre un peu pour être épaulé, sans jamais perdre de vue la voie qu’on a choisie. Facile ? Combien ont su trouver en eux une véritable aspiration ? Parmi eux, combien ont trouvé les moyens d’en faire autre chose qu’une névrose ? Et encore, combien se sont trompés ; combien ont laissé le moyen devenir la fin et le cœur s’époumoner en vain ?
Je veux, aujourd’hui, en venir à une suggestion : ne renonçons pas à nous demander ce qu’on fout là, régulièrement. Pourquoi pas le jeudi à 10h30 ? Il me semble que c’est une question difficile, mais jamais vaine.
dimanche 7 décembre 2008
La minute de catéchisme
Bon, j’ai grandi dans un petit village. Je veux dire, vraiment petit. Et comme tous les petits villages de France, il y a une église en plein milieux. Ma famille se situant quelque part entre l’agnosticisme et l’athéisme, c’était dans mes premières années un bâtiment assez mystérieux : probablement le plus grand du village, appartenant à tout le monde et à personne, un bâtiment qui sonne toutes les heures et où les gens viennent chanter le dimanche, puis se marier. Puis on y prie pour leurs âmes quand ils meurent. Bref, c’était assez flou. Dans un premier temps, on allait entre gosses y voler des cierges. Puis j’ai plus ou moins voulu comprendre sur quelles fondations on avait à un moment donné érigé la « maison de Dieu », et j’ai commencé ma brève carrière de catholique en tenant le rôle de Joseph à la messe de Noël. Cela consistait pour moi à me curer le nez devant un village attendri, et je ne saurais jamais s’il s’agissait d’un blasphème ou d’une certaine piété naïve. Mais peu importe.
Pour continuer sur ma lancée, je demandais à mes parents de m’inscrire au catéchisme. C’était une corvée pour certains de mes camarades qui n’avaient pas d’autre choix que de passer une soirée par semaine à se faire sermonner, mais pour moi, c’était avant tout un choix et une découverte. Bon, je n’étais pas vraiment fan des prières qu’on apprend par cœur et des morales toutes faites, mais j’ai pu découvrir un personnage assez cool : Jésus. Un type barbu qui se baladait à dos d’âne, arrivait dans une ville, faisait le bien, et puis repartait jusqu’à ce qu’on finisse par le crucifier. A ce moment-là, des amis de mes parents, ravis de mon apparente conversion, m’ont offert une petite carte du road-trip messianique. A chaque point sur la charte correspondait une fiche illustrée qui racontait le miracle accompli. C’est le souvenir d’un de ces récits qui m’intéresse aujourd’hui.
Jésus, donc, arrive dans une ville. Et dans cette ville, il-y-a des lépreux. Je ne sais pas vraiment ce que la lèpre évoque aujourd’hui au-delà des histoires drôles et des pots remplis de pièces de 20 centimes dans les épiceries, mais à l’époque, c’était la maladie la plus dégueulasse et la plus terrible qui soit. Incurable, extrêmement contagieuse, elle condamnait les malades à regarder leurs membres se détacher dans des léproseries, c'est-à-dire des bâtiments délabrés en périphérie où ils mourraient ensemble dans la misère et la honte. Donc dans la ville en question, personne n’aime les lépreux. Ce n’est peut-être pas de leur faute, mais si on leur tend la main, ils la contaminent. Ces gens-là sont foutus, et n’ont plus que leurs yeux pour pleurer – et encore, pas toujours. Quand notre héros barbu arrive, les gens ont entendu parler de lui. Ils se sentent tous un peu lésés par la vie, alors un attroupement se forme assez vite autour de lui : « Eh, m’sieur Jésus, tu pourrais me multiplier quelques pains ? La récolte a été moyenne cette année », « Tu pourrais arranger ma sciatique ? J’ai du mal à prier avec ce mal de dos » et autres petites doléances se multiplient. Comme Jésus est un mec sympa, il rend service dans la mesure de ses pouvoirs divins, et on commence à faire la queue. La place est bondée.
Arrive un lépreux vêtu de haillons. Au milieu du brouhaha des lamentations, on entend :
« Bah voila, moi j’ai la lèpre. ».
Grand silence. Un ange passe, si j’ose dire.
« Je vais mourir, c’est inévitable, et je n’ai pas droit à un peu de compassion parce que ma maladie fait peur aux gens. Je n’ai rien fait de mal, mais personne ne m’aime parce-que je n’ai pas de chance. »
A chaque mot, les gens s’éloignent un peu plus pour éviter les germes, si bien qu’au bout d’un moment il n’y a plus que Jésus au milieu de la place, le lépreux en face de lui, l’âne qui n’a rien compris entrain de grignoter et la foule autour d’eux, à une distance raisonnable. Le lépreux regarde Jésus. Jésus regarde le lépreux. Les gens regardent Jésus regarder le lépreux, et l’âne brait. Puis quelqu’un se met à crier :
« Tire-toi le lépreux ! On ne peut plus rien pour toi, tu vas mourir, essaye de ne pas contaminer notre messie au passage ! »
On reprend :
« Ouais ! C’est pas parce-que t’est foutu que tu vas tout gâcher pour nous ! »
« Ouais ! »
« Ouais ! »
« Ouaaaaaiiiiiiis !!! »
Et la foule de commencer à caillasser le type malade. Une pierre, ça fait mal quand on la jette avec de la haine, vous savez. Sur des chairs pourrissantes, c’est pire. Et là, Jésus dit juste :
« Arrêtez. »
Comme c’est le fils de Dieu et qu’il a la voix qui porte, on l’écoute. La lapidation cesse, les cris cessent. Retour au silence. Un buisson roule, porté par le vent chaud, et le messie allume une clope en plissant les yeux. Il avale une bouffée et recrache la fumée avec la classe du cowboy Marlboro, parce-qu’à cette époque-là c’est de la lèpre qu’on a peur, pas du cancer. Il parle et dit au malade dégoulinant de pus, de sang et de larmes :
« Approche, car je vais te guérir. »
Là, c’est du jamais vu. Primo, si les gens ont entendu parler du pouvoir de Jésus, ils n’ont jamais pu assister à ses miracles sur Youtube, jusque là il ne s’agit que d’une rumeur pour eux. Secundo, toucher un lépreux, c’est devenir lépreux soi-même, ça ne se fait pas. Tertio, on n’a pas encore inventé le téléphone portable. Pas question pour le voyageur barbu de passer un coup de fil rapide à son père pour lui demander ce qui se passera s’il le fait. Peut-être qu’il va y avoir miracle, et peut-être qu’il va juste tomber malade et qu’il ne pourra plus aider personne. Mais c’est un type comme ça : il va essayer.
Le lépreux approche, et c’est de plus en plus abominable pour l’assistance : un réprouvé pathétique entre la vie et la mort, un zombie, titube vers celui qui incarne pour eux la beauté, la justice, l’espoir. Et risque de le souiller définitivement. Chaque pas qu’il fait les rapproche tous d’un monde inimaginable où la transcendance aurait succombé au pourrissement. Ils pâlissent.
Enfin, Jésus touche le lépreux. Ce moment là est probablement le plus lourd de suspense et le plus beau de sa carrière.
Le récit s’arrête ici pour moi. La suite n’a pas plus vraiment d’importance.
Cette histoire m’a bouleversé, vraiment. Elle fut le point culminant de ce que j’appellerai ma foi, faute de mieux. Après elle, je devais découvrir les rites ennuyeux et les lois rigides de l’Eglise. Les guerres livrées, les mensonges proférés, les suicides, les meurtres, les vols, les conquêtes, les crimes commis depuis ce moment qui appartient peut-être au mythe, peut-être à l’histoire, et commis au nom de Dieu, ou de l’Homme, ou du Bien.
Peu de choses ont changé depuis le temps du récit. Les foules, sur les places, continuent de faire ce qu’elles font parce qu’elles l’ont toujours fait et comptent sur leurs Jésus de carton pour faire le bien, et décider de ce qu’est le bien. La foi de ce messie consistait à faire de son mieux, à caresser une peau malade pour la guérir. La foi qu’il a inspirée consiste à attendre qu’il revienne régler tous les problèmes du monde, comme s’il n’était passé par là non pas pour donner l’exemple, mais pour convaincre chacun qu’il était le seul à pouvoir agir de façon raisonnable.
Attendre la parousie et l’Apocalypse, voila la forme dominante de la conscience morale. Il ne s’agit plus d’un dogme religieux, mais d’une véritable dynamique générale : Dieu reconnaîtra les siens, le président sauvera nos peaux, le jury tranchera, quelqu’un viendra arranger ce merdier… Et d’ici-là, restons dans nos bureaux et nos salons, après tout qui sommes- nous pour faire quoi que ce soit ? Combien de lépreux lapidés dans l’indifférence générale depuis Jésus ? Combien de fois penser qu’«ils ne l’emporteront pas au Paradis » a-t-il suffit à se défaire de toute responsabilité ?
On le sait au fond, il est temps de le dire tout haut : admirer ceux qui sont admirables ne nous confère ni légitimité, ni dignité. Toutes ces opinions si droites, tout ce soutien moral qu’on accorde si généreusement aux victimes et aux justes ne nous libèrent d’aucune responsabilité. Ce sont des analgésiques dans lesquels ont vient noyer la douleur de l’évidence, ce jugement de nos consciences qui crie à chaque instant comme nous sommes criminels, même envers nous-mêmes.
En ce moment, j’aime bien soulever des évidences. Parce-que je suis fier de composer avec dans ce qu’elles ont de réel, et que je prends à la lettre ce mot de Camus : "nous vivons avec des idées qui, si nous les éprouvions vraiment, devraient bouleverser toute notre vie. ". J’irais même jusqu’à dire qu’en prenant le temps d’y réfléchir un peu…
Pour continuer sur ma lancée, je demandais à mes parents de m’inscrire au catéchisme. C’était une corvée pour certains de mes camarades qui n’avaient pas d’autre choix que de passer une soirée par semaine à se faire sermonner, mais pour moi, c’était avant tout un choix et une découverte. Bon, je n’étais pas vraiment fan des prières qu’on apprend par cœur et des morales toutes faites, mais j’ai pu découvrir un personnage assez cool : Jésus. Un type barbu qui se baladait à dos d’âne, arrivait dans une ville, faisait le bien, et puis repartait jusqu’à ce qu’on finisse par le crucifier. A ce moment-là, des amis de mes parents, ravis de mon apparente conversion, m’ont offert une petite carte du road-trip messianique. A chaque point sur la charte correspondait une fiche illustrée qui racontait le miracle accompli. C’est le souvenir d’un de ces récits qui m’intéresse aujourd’hui.
Jésus, donc, arrive dans une ville. Et dans cette ville, il-y-a des lépreux. Je ne sais pas vraiment ce que la lèpre évoque aujourd’hui au-delà des histoires drôles et des pots remplis de pièces de 20 centimes dans les épiceries, mais à l’époque, c’était la maladie la plus dégueulasse et la plus terrible qui soit. Incurable, extrêmement contagieuse, elle condamnait les malades à regarder leurs membres se détacher dans des léproseries, c'est-à-dire des bâtiments délabrés en périphérie où ils mourraient ensemble dans la misère et la honte. Donc dans la ville en question, personne n’aime les lépreux. Ce n’est peut-être pas de leur faute, mais si on leur tend la main, ils la contaminent. Ces gens-là sont foutus, et n’ont plus que leurs yeux pour pleurer – et encore, pas toujours. Quand notre héros barbu arrive, les gens ont entendu parler de lui. Ils se sentent tous un peu lésés par la vie, alors un attroupement se forme assez vite autour de lui : « Eh, m’sieur Jésus, tu pourrais me multiplier quelques pains ? La récolte a été moyenne cette année », « Tu pourrais arranger ma sciatique ? J’ai du mal à prier avec ce mal de dos » et autres petites doléances se multiplient. Comme Jésus est un mec sympa, il rend service dans la mesure de ses pouvoirs divins, et on commence à faire la queue. La place est bondée.
Arrive un lépreux vêtu de haillons. Au milieu du brouhaha des lamentations, on entend :
« Bah voila, moi j’ai la lèpre. ».
Grand silence. Un ange passe, si j’ose dire.
« Je vais mourir, c’est inévitable, et je n’ai pas droit à un peu de compassion parce que ma maladie fait peur aux gens. Je n’ai rien fait de mal, mais personne ne m’aime parce-que je n’ai pas de chance. »
A chaque mot, les gens s’éloignent un peu plus pour éviter les germes, si bien qu’au bout d’un moment il n’y a plus que Jésus au milieu de la place, le lépreux en face de lui, l’âne qui n’a rien compris entrain de grignoter et la foule autour d’eux, à une distance raisonnable. Le lépreux regarde Jésus. Jésus regarde le lépreux. Les gens regardent Jésus regarder le lépreux, et l’âne brait. Puis quelqu’un se met à crier :
« Tire-toi le lépreux ! On ne peut plus rien pour toi, tu vas mourir, essaye de ne pas contaminer notre messie au passage ! »
On reprend :
« Ouais ! C’est pas parce-que t’est foutu que tu vas tout gâcher pour nous ! »
« Ouais ! »
« Ouais ! »
« Ouaaaaaiiiiiiis !!! »
Et la foule de commencer à caillasser le type malade. Une pierre, ça fait mal quand on la jette avec de la haine, vous savez. Sur des chairs pourrissantes, c’est pire. Et là, Jésus dit juste :
« Arrêtez. »
Comme c’est le fils de Dieu et qu’il a la voix qui porte, on l’écoute. La lapidation cesse, les cris cessent. Retour au silence. Un buisson roule, porté par le vent chaud, et le messie allume une clope en plissant les yeux. Il avale une bouffée et recrache la fumée avec la classe du cowboy Marlboro, parce-qu’à cette époque-là c’est de la lèpre qu’on a peur, pas du cancer. Il parle et dit au malade dégoulinant de pus, de sang et de larmes :
« Approche, car je vais te guérir. »
Là, c’est du jamais vu. Primo, si les gens ont entendu parler du pouvoir de Jésus, ils n’ont jamais pu assister à ses miracles sur Youtube, jusque là il ne s’agit que d’une rumeur pour eux. Secundo, toucher un lépreux, c’est devenir lépreux soi-même, ça ne se fait pas. Tertio, on n’a pas encore inventé le téléphone portable. Pas question pour le voyageur barbu de passer un coup de fil rapide à son père pour lui demander ce qui se passera s’il le fait. Peut-être qu’il va y avoir miracle, et peut-être qu’il va juste tomber malade et qu’il ne pourra plus aider personne. Mais c’est un type comme ça : il va essayer.
Le lépreux approche, et c’est de plus en plus abominable pour l’assistance : un réprouvé pathétique entre la vie et la mort, un zombie, titube vers celui qui incarne pour eux la beauté, la justice, l’espoir. Et risque de le souiller définitivement. Chaque pas qu’il fait les rapproche tous d’un monde inimaginable où la transcendance aurait succombé au pourrissement. Ils pâlissent.
Enfin, Jésus touche le lépreux. Ce moment là est probablement le plus lourd de suspense et le plus beau de sa carrière.
Le récit s’arrête ici pour moi. La suite n’a pas plus vraiment d’importance.
Cette histoire m’a bouleversé, vraiment. Elle fut le point culminant de ce que j’appellerai ma foi, faute de mieux. Après elle, je devais découvrir les rites ennuyeux et les lois rigides de l’Eglise. Les guerres livrées, les mensonges proférés, les suicides, les meurtres, les vols, les conquêtes, les crimes commis depuis ce moment qui appartient peut-être au mythe, peut-être à l’histoire, et commis au nom de Dieu, ou de l’Homme, ou du Bien.
Peu de choses ont changé depuis le temps du récit. Les foules, sur les places, continuent de faire ce qu’elles font parce qu’elles l’ont toujours fait et comptent sur leurs Jésus de carton pour faire le bien, et décider de ce qu’est le bien. La foi de ce messie consistait à faire de son mieux, à caresser une peau malade pour la guérir. La foi qu’il a inspirée consiste à attendre qu’il revienne régler tous les problèmes du monde, comme s’il n’était passé par là non pas pour donner l’exemple, mais pour convaincre chacun qu’il était le seul à pouvoir agir de façon raisonnable.
Attendre la parousie et l’Apocalypse, voila la forme dominante de la conscience morale. Il ne s’agit plus d’un dogme religieux, mais d’une véritable dynamique générale : Dieu reconnaîtra les siens, le président sauvera nos peaux, le jury tranchera, quelqu’un viendra arranger ce merdier… Et d’ici-là, restons dans nos bureaux et nos salons, après tout qui sommes- nous pour faire quoi que ce soit ? Combien de lépreux lapidés dans l’indifférence générale depuis Jésus ? Combien de fois penser qu’«ils ne l’emporteront pas au Paradis » a-t-il suffit à se défaire de toute responsabilité ?
On le sait au fond, il est temps de le dire tout haut : admirer ceux qui sont admirables ne nous confère ni légitimité, ni dignité. Toutes ces opinions si droites, tout ce soutien moral qu’on accorde si généreusement aux victimes et aux justes ne nous libèrent d’aucune responsabilité. Ce sont des analgésiques dans lesquels ont vient noyer la douleur de l’évidence, ce jugement de nos consciences qui crie à chaque instant comme nous sommes criminels, même envers nous-mêmes.
En ce moment, j’aime bien soulever des évidences. Parce-que je suis fier de composer avec dans ce qu’elles ont de réel, et que je prends à la lettre ce mot de Camus : "nous vivons avec des idées qui, si nous les éprouvions vraiment, devraient bouleverser toute notre vie. ". J’irais même jusqu’à dire qu’en prenant le temps d’y réfléchir un peu…
mardi 2 décembre 2008
C'est quoi ce blog de merde ? Un exutoire pour post-adolescent régressif ? La tanière du dernier poète maudit sans vers et sans talent ? Pas étonnant que le monde parte en couille, quand on voit la quantité d'informations creuses de ce genre déborder sur le net, déborder de la télé, de la radio, des librairies, de partout.
Sincèrement. Je le pense.
On devrait tous prendre un moment chaque mois en haut de quelque chose de très haut. Une grue, un immeuble, une montagne, n'importe quoi de vraiment très haut. Regarder tout au fond de nous même. Et trouver une bonne raison de ne pas se jeter dans la vide pour améliorer les chances de salut de l'espèce humaine, ou au moins sauver ce qui nous reste de dignité.
Mais non. Les connards continuent de klaxonner dans les embouteillages, je débite encore mes indigestions cérébrales, on met toujours du coca Leader Price en rayons. Tout ce qu'il a de minable continue à ne pas briller sous un soleil hagard.
Si toi non plus, tu n'en peux plus; si toi aussi tu pense que tu ferais mieux de mourir; si toi aussi tu reste quand même en vie...
...Crée un blog ?
Sincèrement. Je le pense.
On devrait tous prendre un moment chaque mois en haut de quelque chose de très haut. Une grue, un immeuble, une montagne, n'importe quoi de vraiment très haut. Regarder tout au fond de nous même. Et trouver une bonne raison de ne pas se jeter dans la vide pour améliorer les chances de salut de l'espèce humaine, ou au moins sauver ce qui nous reste de dignité.
Mais non. Les connards continuent de klaxonner dans les embouteillages, je débite encore mes indigestions cérébrales, on met toujours du coca Leader Price en rayons. Tout ce qu'il a de minable continue à ne pas briller sous un soleil hagard.
Si toi non plus, tu n'en peux plus; si toi aussi tu pense que tu ferais mieux de mourir; si toi aussi tu reste quand même en vie...
...Crée un blog ?
mercredi 26 novembre 2008
Les yeux ouverts
Le bonheur, la vérité, la justice, dieu, la raison… Les grands absents de l’histoire manquent toujours à l’appel, tandis que les porcs s’en réclament et peuplent le ciel vide d’illusions pour mieux se gaver sur le dos fatigué des masses crédules. Repus de chair mortifiée, ivres de la sueur des innocents, ils paradent et veulent encore qu’on les reconnaisse comme garants de l’ordre du monde. En face, on se révolte. On meurt, on tue, on asservit au nom d’un grand bouleversement qui n’est jamais qu’un autre costume du mensonge. Combien de tombes, combien de larmes pour des lendemains meilleurs qui sont toujours des lendemains ? Les victimes, elles, sont déjà au passé.
Allez, soyons francs. On sait bien que ces promesses, du paradis ou de la société sans classes, de la paix sociale et du bonheur pour tous sont des gros vers juteux sur le hameçon glacial qui nous traîne, misérables et impuissants, jusqu’à l’assiette. C’est une évidence si énorme que sa négation ne peut être le fruit que d’une épouvantable mauvaise foi. On l’accepte, ou on la refuse.
Je crois en l’incertitude. Je crois que ce choix appartient à chacun, et qu’on ne peut pas le juger chez un autre. Pour ma part, j’ai fait celui de continuer de chercher sans y croire un semblant de transcendance entre la rhétorique des maîtres qui se veut crédible et celle des esclaves qui se veut pragmatique. Cette voie est peut-être une boucle, et peut-être un jour m’effondrerai-je, épuisé, au bord du chemin. Peut-être aussi mène-t-il à quelque chose de vrai, qui justifie enfin la douleur de l’effort. Jusqu’à la fin, quoi qu’il en soit, je ne suis dupe ; personne n’est dupe.
Un cri ancien, celui de tant de maudits et de réprouvés, celui des plus grands rois et des plus ignobles criminels, jaillit une fois de plus, brûlant, cruel, juste :
Tout ou rien !
Alors qu’il résonne sur les bancs de l’école, dans les bureaux et les manufactures, entre les tours et les montagnes, ou qu’il s’éteigne doucement dans l’anonymat de cette page. Il est sorti de ce cœur là et plus rien ne peut être comme avant.
Allez, soyons francs. On sait bien que ces promesses, du paradis ou de la société sans classes, de la paix sociale et du bonheur pour tous sont des gros vers juteux sur le hameçon glacial qui nous traîne, misérables et impuissants, jusqu’à l’assiette. C’est une évidence si énorme que sa négation ne peut être le fruit que d’une épouvantable mauvaise foi. On l’accepte, ou on la refuse.
Je crois en l’incertitude. Je crois que ce choix appartient à chacun, et qu’on ne peut pas le juger chez un autre. Pour ma part, j’ai fait celui de continuer de chercher sans y croire un semblant de transcendance entre la rhétorique des maîtres qui se veut crédible et celle des esclaves qui se veut pragmatique. Cette voie est peut-être une boucle, et peut-être un jour m’effondrerai-je, épuisé, au bord du chemin. Peut-être aussi mène-t-il à quelque chose de vrai, qui justifie enfin la douleur de l’effort. Jusqu’à la fin, quoi qu’il en soit, je ne suis dupe ; personne n’est dupe.
Un cri ancien, celui de tant de maudits et de réprouvés, celui des plus grands rois et des plus ignobles criminels, jaillit une fois de plus, brûlant, cruel, juste :
Tout ou rien !
Alors qu’il résonne sur les bancs de l’école, dans les bureaux et les manufactures, entre les tours et les montagnes, ou qu’il s’éteigne doucement dans l’anonymat de cette page. Il est sorti de ce cœur là et plus rien ne peut être comme avant.
vendredi 31 octobre 2008
Adam, ce crétin incapable
Je me souviens d’un évènement banal mais agaçant. J’étais petit. Mes parents venaient de m’offrir une boîte de Lego et je n’attendais, sur la longue route de Nice à chez moi, que le moment où je pourrais l’ouvrir et commencer à construire la prison des pirates.
Je rentre dans ma chambre. Je m’assois par terre. Je me prépare à déchiffrer le plan, enfin.
Pas de boîte. Le sac Toys’r’us a disparu.
J’ai passé plus d’une heure à le chercher. Plusieurs allers-retours à la voiture, exploration minutieuse de chaque pièce de la maison, accusations lancées à ma sœur, à mes parents, à un voleur théorique et furtif… Pour finir, défait, par renoncer à mon plaisir.
Je retourne dans ma chambre. Je m’assois au même endroit. Je regarde devant moi.
Le sac est juste devant moi, où je l’avais posé en entrant. En vérité, il était là depuis le début.
En y repensant, tous mes vains efforts de recherche n’étaient ni plus ni moins que de la démence profonde. Que la mémoire, la raison et la perception puissent à ce point faire défaut qu’on s’en trouve incapable de rétablir la continuité de ses actes –poser un truc par terre, merde- c’est grave. Et agaçant. Et pourtant, qui n’a jamais subi ça ? Je pose mes clés, je pose le programme télé sur mes clés, mais putain où sont ces putains de clés ? Je vais dans la cuisine chercher un morceau de sucre, je regarde par la fenêtre, je retourne à ma tasse de café et je me rends compte que j’ai oublié de prendre le sucre. Ce n’est pas parce-que la chose passe inaperçue, noyée qu’elle est dans les milliards d’ingrédients du quotidien, qu’elle ne révèle pas une défaillance pitoyable.
Ce n’est pas dénué de tragique. Si un échec aussi complet fait au pire passer pour un con celui qui ne trouve ses clés qu’une demi-heure plus tard, il bouleverse quand un responsable prend une décision inadaptée, qu’un pilote précipite son avion dans l’océan ou qu’un expert échoue à déceler la toxicité d’un produit de grande consommation : les conséquences sont bouleversantes. Mais la cause est strictement la même : la personne aux commandes a complètement sombré l’espace d’un instant.
On ne peut pas vraiment anticiper ce genre de choses : chacun est plus ou moins maître de lui-même et il y a infiniment plus de façons de perdre les commandes qu’on en découvre chaque jour en retrouvant nos clés/sucres/portefeuilles. Ce qui est amusant, c’est la quantité de choses qu’on délègue à des inconnus a priori aussi peu fiables, voire moins fiables que nous même. C’est vrai qu’on délègue la responsabilité, mais qui se fout de savoir qui est responsable quand on en est à prier pour que l’airbag suffise à amortir le choc ?
Sérieusement, penser à cette boîte de Lego c’est comme regarder le soleil exploser. Je ne suis pas foutu de la trouver devant moi, et j’ai décidé de construire la prison des pirates ? Mon banquier n’est pas plus à même de comprendre la nature de l’argent que qui que soit sur terre et je lui confie mon maigre capital ? Untel ne sait pas quel jour on est mais il va conduire parce-que c’est le seul à ne pas avoir bu ? L’espèce humaine est un tel ramassis de bras-cassés qu’elle ne survit que parce-qu’aucun homme n’en est responsable. Non mais tu vois le délire si l’atmosphère avait une panne de réveil ?
Je rentre dans ma chambre. Je m’assois par terre. Je me prépare à déchiffrer le plan, enfin.
Pas de boîte. Le sac Toys’r’us a disparu.
J’ai passé plus d’une heure à le chercher. Plusieurs allers-retours à la voiture, exploration minutieuse de chaque pièce de la maison, accusations lancées à ma sœur, à mes parents, à un voleur théorique et furtif… Pour finir, défait, par renoncer à mon plaisir.
Je retourne dans ma chambre. Je m’assois au même endroit. Je regarde devant moi.
Le sac est juste devant moi, où je l’avais posé en entrant. En vérité, il était là depuis le début.
En y repensant, tous mes vains efforts de recherche n’étaient ni plus ni moins que de la démence profonde. Que la mémoire, la raison et la perception puissent à ce point faire défaut qu’on s’en trouve incapable de rétablir la continuité de ses actes –poser un truc par terre, merde- c’est grave. Et agaçant. Et pourtant, qui n’a jamais subi ça ? Je pose mes clés, je pose le programme télé sur mes clés, mais putain où sont ces putains de clés ? Je vais dans la cuisine chercher un morceau de sucre, je regarde par la fenêtre, je retourne à ma tasse de café et je me rends compte que j’ai oublié de prendre le sucre. Ce n’est pas parce-que la chose passe inaperçue, noyée qu’elle est dans les milliards d’ingrédients du quotidien, qu’elle ne révèle pas une défaillance pitoyable.
Ce n’est pas dénué de tragique. Si un échec aussi complet fait au pire passer pour un con celui qui ne trouve ses clés qu’une demi-heure plus tard, il bouleverse quand un responsable prend une décision inadaptée, qu’un pilote précipite son avion dans l’océan ou qu’un expert échoue à déceler la toxicité d’un produit de grande consommation : les conséquences sont bouleversantes. Mais la cause est strictement la même : la personne aux commandes a complètement sombré l’espace d’un instant.
On ne peut pas vraiment anticiper ce genre de choses : chacun est plus ou moins maître de lui-même et il y a infiniment plus de façons de perdre les commandes qu’on en découvre chaque jour en retrouvant nos clés/sucres/portefeuilles. Ce qui est amusant, c’est la quantité de choses qu’on délègue à des inconnus a priori aussi peu fiables, voire moins fiables que nous même. C’est vrai qu’on délègue la responsabilité, mais qui se fout de savoir qui est responsable quand on en est à prier pour que l’airbag suffise à amortir le choc ?
Sérieusement, penser à cette boîte de Lego c’est comme regarder le soleil exploser. Je ne suis pas foutu de la trouver devant moi, et j’ai décidé de construire la prison des pirates ? Mon banquier n’est pas plus à même de comprendre la nature de l’argent que qui que soit sur terre et je lui confie mon maigre capital ? Untel ne sait pas quel jour on est mais il va conduire parce-que c’est le seul à ne pas avoir bu ? L’espèce humaine est un tel ramassis de bras-cassés qu’elle ne survit que parce-qu’aucun homme n’en est responsable. Non mais tu vois le délire si l’atmosphère avait une panne de réveil ?
mercredi 15 octobre 2008
Les causes perdues
La route du travail est la même tous les jours. L'ennui qu'elle suscite est certainement le plus grand mal de beaucoup, tiraillés qu'ils sont entre le confort qu'elle donne et la vie qu'elle prend. Parce-que la route du travail a toujours été là. Petit, on la prenait pour aller à l'école. On sait où on arrive, quitte pour nos modérés à y perdre un peu de soi. Le compromis est honnête.
D'un autre point de vue, il a fallu la repérer, la route. Déboiser, aménager, couler du goudron. Les lignes à ne pas franchir y ont été tracées. J'ai énormément de respect pour ceux qui les suivent et fraternisent de pause café en week-end. J'aimerai, simplement, qu'ils en aient un peu pour ceux qui errent sur les talus.
La route du travail ne sera pas la même demain. On a beau boucher au ciment les nids-de-poule, elle se craquèle et s'érode comme toute chose, comme chacun. Et puis on ne part déjà plus du même endroit, et on va ailleurs. La route qu'on prendra demain, il bien monter sur les talus pour la repérer. S'enfoncer dans des lieux où l'œil du conducteur concentré ne se pose jamais, et déboiser, aménager, couler du goudron.
Voyant cela, un honorable surnuméraire viendra tracer une ligne pour rappeler à chacun comment se partage la route de l'école. Les impôts de ses gosses paieront le goudron, félicitations. Dites lui juste de se souvenir qu'il faut bien que quelqu'un monte sur le talus pour savoir où le couler.
D'un autre point de vue, il a fallu la repérer, la route. Déboiser, aménager, couler du goudron. Les lignes à ne pas franchir y ont été tracées. J'ai énormément de respect pour ceux qui les suivent et fraternisent de pause café en week-end. J'aimerai, simplement, qu'ils en aient un peu pour ceux qui errent sur les talus.
La route du travail ne sera pas la même demain. On a beau boucher au ciment les nids-de-poule, elle se craquèle et s'érode comme toute chose, comme chacun. Et puis on ne part déjà plus du même endroit, et on va ailleurs. La route qu'on prendra demain, il bien monter sur les talus pour la repérer. S'enfoncer dans des lieux où l'œil du conducteur concentré ne se pose jamais, et déboiser, aménager, couler du goudron.
Voyant cela, un honorable surnuméraire viendra tracer une ligne pour rappeler à chacun comment se partage la route de l'école. Les impôts de ses gosses paieront le goudron, félicitations. Dites lui juste de se souvenir qu'il faut bien que quelqu'un monte sur le talus pour savoir où le couler.
mercredi 3 septembre 2008
Botox et trépanation
Ils baisent comme des fous et bouffe un sachet de métamphétamine pure au petit déjeuner. Les personnages de la grande vague des séries politiquement incorrectes sont différents. Des vrais oufs, tellement rock'n roll. Desperate Housewive. Californication. Weeds.
...Wait a sec.
Ils ont tous un appartement, un boulot et une vie de famille. Ils sont tous engagés dans leur
communauté. Ils sont sages.
On pourrait penser appartenir à une génération éclairée et visionnaire. Après tout, le crystal, on l'avait déjà démystifié à 15 ans. L'engeance du millénaire est une véritable encyclopédie des drogues sur pattes. On pourrait penser que ces nouvelles production lèvent les préjugés du spectacle pour tous. Que nos enfants demanderont "papa, maman, est-ce que c'est la fin de tout quand on meurt ?" et qu'on pourra leur répondre.
...Wait a sec.
Orange mécanique dénonçait une société possible - peut-être émergente - ou la liberté aurait été jetée avec l'eau du bain. Kubrick a, comme Burgess, grandi dans celle où les quaaludes étaient légaux. Et orange mécanique, c'était "politiquement incorrect". Sauf qu'à l'époque, on avait pas prescrit ou déformé le sens du mot "révolutionnaire", et I love rock'n roll, c'était pas encore Joan Jett et les Pistols.
Ces putain de séries sont le symptome répugnant de l'avènement du traîtement Ludovico, ou pire, de Big Brother. L'idée même d'individualisme glisse dans le siphon au moment où la cuisante médiocrité de leurs péripéties pantouflardes se maquille d'un arôme plastique de liberté et nous arrache un sourire impresionné.
Heureusement que la télévision nous apprend à nous faire violer l'âme jusqu'à l'os sans sans trop de souffrance ni de réaction. Le miracle de l'anésthésiologie.
...Wait a sec.
Ils ont tous un appartement, un boulot et une vie de famille. Ils sont tous engagés dans leur
communauté. Ils sont sages.
On pourrait penser appartenir à une génération éclairée et visionnaire. Après tout, le crystal, on l'avait déjà démystifié à 15 ans. L'engeance du millénaire est une véritable encyclopédie des drogues sur pattes. On pourrait penser que ces nouvelles production lèvent les préjugés du spectacle pour tous. Que nos enfants demanderont "papa, maman, est-ce que c'est la fin de tout quand on meurt ?" et qu'on pourra leur répondre.
...Wait a sec.
Orange mécanique dénonçait une société possible - peut-être émergente - ou la liberté aurait été jetée avec l'eau du bain. Kubrick a, comme Burgess, grandi dans celle où les quaaludes étaient légaux. Et orange mécanique, c'était "politiquement incorrect". Sauf qu'à l'époque, on avait pas prescrit ou déformé le sens du mot "révolutionnaire", et I love rock'n roll, c'était pas encore Joan Jett et les Pistols.
Ces putain de séries sont le symptome répugnant de l'avènement du traîtement Ludovico, ou pire, de Big Brother. L'idée même d'individualisme glisse dans le siphon au moment où la cuisante médiocrité de leurs péripéties pantouflardes se maquille d'un arôme plastique de liberté et nous arrache un sourire impresionné.
Heureusement que la télévision nous apprend à nous faire violer l'âme jusqu'à l'os sans sans trop de souffrance ni de réaction. Le miracle de l'anésthésiologie.
mercredi 27 août 2008
Les aventures vaguement eschatologiques de Sam mac Sam au pays des cinglés
Metro-boulot-dodo. Les études. la perspective d'une autre vie, d'une vie meilleure, d'une bonne vie. Tracer des plans, les suivre, les changer. Les potes qui vivent, qui s'aiment, qui crèvent. Valenciennes, Sainte-Agnès, Rueil, Agenteuil, la putain de Paris. J'ai la tête pleine de visions déconnectées, la tête entre les mains à l'orée du voyage. J'ai besoin d'y voir plus clair.
Je dois voyager à l'intérieur du rocher. Au coeur du silence et de la peur primitive de l'obscurité. Je partirai demain soir : après le repas pour ma mère, le dernier avant son opération. Je rassemble du matériel pour cette expédition. Mon père l'a prêté deux lampes. La première est une toute petite Maglite qu'il a achetée il y a longtemps. Je crois que c'est sa lampe fétiche, il ne me l'a prêtée qu'à de rares occasions, et toujours contre la grantie essentielle de ne pas la perdre ou la casser. L'autres est à peine plus grosse. C'est une imitation de Maglite qu'il tient de Roger, l'ami décédé avec lequel il jouait souvent aux échecs dans son bateau du port de Monaco. roger était, à mon souvenir, spéculateur. Pour allumer ou éteindre cette lampe, il faut tourner une pièce de plastique à peine fixée que j'ai pour consigne de ne perdre sous aucun prétexte.
Le fort est un dédale dans le village dont peu connaissent l'étendue. Etages, volées de marches, tunnels de béton parfois à meme la roche à ce qu'on dit, et des ouvertures sur tous les bords de la montagne. C'est un de ces fantômes de la "grande guerre", le reliquat grotesque d'une époque révolue, son époque même, qui n'avait pas plus d'usage pour lui que la nôtre. J'espère obtenir de son gardien la clé du colosse endormi.
Mes plans sont perturbés par l'anniversaire de John, demain soir, le soir du départ. Cruel dilemne que celui qui veut nous voir rester à quai.
Pas de fort, les lampes ne serviront à rien ce soir. Je suis un peu largué... Je me retrouve sur la plage après avoir descendu une montagne en courant dans une tentative respectable -mais désespérée- d'arriver à l'heure chez ma psy. Et me voila sur la plage, sans la moindre idée de ce que je fous là, devant une horde de filles en maillots de bain, de gosses a poil, de gros anglais en congé. Je suis tellement dépité par mon inaptitude à extraire le moindre sens du réel que je vais partir en quête de science-po. D'après John, qui a lui-même l'air bien attaqué, je devrais trouver cette école du diable dans un ancien hopital psychaitrique rouge couronné d'une horloge, à la sortie d'un tunnel.
La prochaine étape de ce périple absurde ne pouvait être que le bar du cap : mieux vaut boire beaucoup de café quand on affronte ses démons. Le bar du cap, c'était le café par défaut dans une autre vie. La dernière étape avant l'ascension de la vieille ville jusqu'au cimetière à son sommet, le pivot entre Sainte-Agnès et l'ensemle des milieux plus ou moins urbains qui pourrissent sur le littoral.
(Nom de Dieu. Je viens de recevoir un SMS d'Océane qui a l'air persuadée que je suis ce putains de diable. MAIS QU'EST-CE QUI SE PASSE ?!)
Je vais aller acheter de la glace pilée a un de ces marchands louches de la rue piétonne.
le vendeur de granitas (une grande, à la pastèque) m'a indiqué plus précisément le chemin. Il fallait traverser la rue longue pour arriver à un recoin de la ville où je n'avais jamais mis les pieds. La rue longue ressemblait au fameux tunnel qui mène à la lumière blanche, à ceci prêt qu'un abruti quelconque a décidé de la faire repaver. Je suis passé au chant du marteau-piqueur devant le cabinet du docteur Grinstein qui a perdu de sa superbe sans les blocs de pierre inégaux qui jalonnaient le sol il-y-a encore un an. J'ai même croisé le père Vion, qui travaillait au chantier. Finalement, je suis face au bâtiment que je cherchais.
L'odeur infecte des moules que les touristes mangeaient au bat du cap me traverse les nerfs en un instant.
L'édifice qu'on m'avait indiqué est assez imposant pour qu'on lui prête le prestige de Science-po. Mais après en avoir fait le tour -comme me l'avait indiqué une sympathique mentonnaise- je n'y ai trouvé qu'une "école d'aide soignant(e)". Un coup de fil à John pour qu'il vérifie l'adresse sur le site de l'école, une recherche sur Google Maps. c'est dans l'autre sens, aux terres-chaudes, juste à côté de la gigantestque maison de (feu?) madame Mallo, qui m'apprenait le piano (et bien d'autres choses sans même le savoir) il y a de cela quelques siècles. En route, alors. Loin de ce miroir aux alouettes.
Il semblerait que ces journées-là, tout me conduise fatalement vers la basilique Saint-Michel. De ce saint je ne sais qu'une chose : sa pose triomphale et tranquille sur le corps du Dragon que transperce sa lance. J'avais du la reproduire avec de petits bouts de tissus à l'école maternelle. La basilique, c'est autre chose. Il faut pour l'atteindre monter de fatiguants escaliers face à la plage qui donnent une irresistible impression d'élévation spirituelle. Le fait de pouvoir compter les baigneurs en short une fois au sommet n'y est pas pour rien. Cela dit, me trouver sur un banc dans cette maison de Dieu me fait prendre conscience de ma rupture avec lui. La dernière fois que je suis venu, je pleurais de n'avoir pas la foi. Aujourd'hui, même les hautes colonnes ne conduisent plus mes rêveries jusqu'au ciel. Peut-être les touristes sont-ils trop bruyants, peut-être y-a-t-il trop d'ornements dorés sur les vieux murs. Je dois partir, quoi qu'il en soit.
Une vieille dame peste avec l'accent en secouant le poing : "Boire et fumer, boire et fumer ! Vous pourrez travailler toute votre vie, vous n'aurez jamais assez d'argent... Boire et fumer !"
elle part par cette sale petite ruelle qui me rappelle comme j'ai pu être amoureux.
Je suis devant les grilles. Sciences-po, c'est une boîte aux lettres : les locaux de l''Université de Sophia-Antipolis, Institut Universitaire de Technologie, Nice côte d'azur, département Statistiques Traitement Informatique de Données" sont devant moi avec une pancarte qui indique leur fermeture. Les renseignements n'ont pas de numéro à me donner pour Sciences-po. On dirait que la grille, n'est pas l'entrée.
Je dois voyager à l'intérieur du rocher. Au coeur du silence et de la peur primitive de l'obscurité. Je partirai demain soir : après le repas pour ma mère, le dernier avant son opération. Je rassemble du matériel pour cette expédition. Mon père l'a prêté deux lampes. La première est une toute petite Maglite qu'il a achetée il y a longtemps. Je crois que c'est sa lampe fétiche, il ne me l'a prêtée qu'à de rares occasions, et toujours contre la grantie essentielle de ne pas la perdre ou la casser. L'autres est à peine plus grosse. C'est une imitation de Maglite qu'il tient de Roger, l'ami décédé avec lequel il jouait souvent aux échecs dans son bateau du port de Monaco. roger était, à mon souvenir, spéculateur. Pour allumer ou éteindre cette lampe, il faut tourner une pièce de plastique à peine fixée que j'ai pour consigne de ne perdre sous aucun prétexte.
Le fort est un dédale dans le village dont peu connaissent l'étendue. Etages, volées de marches, tunnels de béton parfois à meme la roche à ce qu'on dit, et des ouvertures sur tous les bords de la montagne. C'est un de ces fantômes de la "grande guerre", le reliquat grotesque d'une époque révolue, son époque même, qui n'avait pas plus d'usage pour lui que la nôtre. J'espère obtenir de son gardien la clé du colosse endormi.
Mes plans sont perturbés par l'anniversaire de John, demain soir, le soir du départ. Cruel dilemne que celui qui veut nous voir rester à quai.
Pas de fort, les lampes ne serviront à rien ce soir. Je suis un peu largué... Je me retrouve sur la plage après avoir descendu une montagne en courant dans une tentative respectable -mais désespérée- d'arriver à l'heure chez ma psy. Et me voila sur la plage, sans la moindre idée de ce que je fous là, devant une horde de filles en maillots de bain, de gosses a poil, de gros anglais en congé. Je suis tellement dépité par mon inaptitude à extraire le moindre sens du réel que je vais partir en quête de science-po. D'après John, qui a lui-même l'air bien attaqué, je devrais trouver cette école du diable dans un ancien hopital psychaitrique rouge couronné d'une horloge, à la sortie d'un tunnel.
La prochaine étape de ce périple absurde ne pouvait être que le bar du cap : mieux vaut boire beaucoup de café quand on affronte ses démons. Le bar du cap, c'était le café par défaut dans une autre vie. La dernière étape avant l'ascension de la vieille ville jusqu'au cimetière à son sommet, le pivot entre Sainte-Agnès et l'ensemle des milieux plus ou moins urbains qui pourrissent sur le littoral.
(Nom de Dieu. Je viens de recevoir un SMS d'Océane qui a l'air persuadée que je suis ce putains de diable. MAIS QU'EST-CE QUI SE PASSE ?!)
Je vais aller acheter de la glace pilée a un de ces marchands louches de la rue piétonne.
le vendeur de granitas (une grande, à la pastèque) m'a indiqué plus précisément le chemin. Il fallait traverser la rue longue pour arriver à un recoin de la ville où je n'avais jamais mis les pieds. La rue longue ressemblait au fameux tunnel qui mène à la lumière blanche, à ceci prêt qu'un abruti quelconque a décidé de la faire repaver. Je suis passé au chant du marteau-piqueur devant le cabinet du docteur Grinstein qui a perdu de sa superbe sans les blocs de pierre inégaux qui jalonnaient le sol il-y-a encore un an. J'ai même croisé le père Vion, qui travaillait au chantier. Finalement, je suis face au bâtiment que je cherchais.
L'odeur infecte des moules que les touristes mangeaient au bat du cap me traverse les nerfs en un instant.
L'édifice qu'on m'avait indiqué est assez imposant pour qu'on lui prête le prestige de Science-po. Mais après en avoir fait le tour -comme me l'avait indiqué une sympathique mentonnaise- je n'y ai trouvé qu'une "école d'aide soignant(e)". Un coup de fil à John pour qu'il vérifie l'adresse sur le site de l'école, une recherche sur Google Maps. c'est dans l'autre sens, aux terres-chaudes, juste à côté de la gigantestque maison de (feu?) madame Mallo, qui m'apprenait le piano (et bien d'autres choses sans même le savoir) il y a de cela quelques siècles. En route, alors. Loin de ce miroir aux alouettes.
Il semblerait que ces journées-là, tout me conduise fatalement vers la basilique Saint-Michel. De ce saint je ne sais qu'une chose : sa pose triomphale et tranquille sur le corps du Dragon que transperce sa lance. J'avais du la reproduire avec de petits bouts de tissus à l'école maternelle. La basilique, c'est autre chose. Il faut pour l'atteindre monter de fatiguants escaliers face à la plage qui donnent une irresistible impression d'élévation spirituelle. Le fait de pouvoir compter les baigneurs en short une fois au sommet n'y est pas pour rien. Cela dit, me trouver sur un banc dans cette maison de Dieu me fait prendre conscience de ma rupture avec lui. La dernière fois que je suis venu, je pleurais de n'avoir pas la foi. Aujourd'hui, même les hautes colonnes ne conduisent plus mes rêveries jusqu'au ciel. Peut-être les touristes sont-ils trop bruyants, peut-être y-a-t-il trop d'ornements dorés sur les vieux murs. Je dois partir, quoi qu'il en soit.
Une vieille dame peste avec l'accent en secouant le poing : "Boire et fumer, boire et fumer ! Vous pourrez travailler toute votre vie, vous n'aurez jamais assez d'argent... Boire et fumer !"
elle part par cette sale petite ruelle qui me rappelle comme j'ai pu être amoureux.
Je suis devant les grilles. Sciences-po, c'est une boîte aux lettres : les locaux de l''Université de Sophia-Antipolis, Institut Universitaire de Technologie, Nice côte d'azur, département Statistiques Traitement Informatique de Données" sont devant moi avec une pancarte qui indique leur fermeture. Les renseignements n'ont pas de numéro à me donner pour Sciences-po. On dirait que la grille, n'est pas l'entrée.
mercredi 20 août 2008
Fallout, fuck-it!
La porte fermée, la fenêtre ouverte sur un gouffre de névroses, face à cette sirène de Paris qui ne fait qu'une lampée de l'horizon; dans le ciel noir.
Retraite méditative; je prend un AK, bises.
Retraite méditative; je prend un AK, bises.
lundi 4 août 2008
J'suis un nerveux
-Répète ce que tu m'a dit ?!"
-J'ai dit : passe une bonne journée.
Le mec me tire une droite. Son poing fracasse mes lunettes de soleil et moi, je tombe sur le dos. Sur mes coups de soleil. Comme je suis par terre, ses potes en profitent pour former un petit cercle chaleureux autour de moi et me mettre coup de pied sur coup de pied. J'essaye de trouver une répartie cinglante pour ajouter une touche d'humour à cette situation ridicule, mais rien ne vient alors je dis juste : "non mais je vous dépanne et vous me tabassez ? mais c'est quoi ces gens ?!" - ils n'ont pas étouffés par la culpabilité. coups de pied, coup de pied, coup de pied. Un type essaye de m'arracher mon portefeuille. "mais touche pas à mon portefeuille putain !". Coup de pied, coup de pied, coup de pied. D'autres types arrivent et essayent d'expliquer à ceux qui sont entrain de me tabasser que ça ne se fait pas vraiment, j'en profite pour me tirer : j'aurais bien cassé la gueule à tout le monde, mais je n'ai pas encore bu mon café.
Le taff, les potes, les familles, le métro, la banque, les tonnes de courrier à trier et le téléphone qui n'arrête pas de sonner. Dans la nébuleuse chaotique de mon quotidien surcaféiné, il y a une constante : la rage. Plus je vis, plus je vois que ces les sirènes dépravées du pacte social nous tirent pernicieusement vers le récif métro-boulot-dodo. Et après le naufrage, il n'y plus qu'à pleurer. Parce-qu'on croyait vivre sa passion et qu'on joue les pompes à sperme pour des entreprises dépersonnifiées qui nous laissent crever au moindre signe de fatigue. Parce qu'il n'y a pas d'ailleurs, pas de distance qu'elles ne peuvent parcourir pour nous retrouver. Allez, ne nous leurrons pas : concevoir sa vie comme une carrière c'est se jeter dans la gueule du loup. D'où la rage. Dormir peu, gérer peu mais ne jamais arrêter de chercher à vivre pleinement sans se faire attraper ni finir le nez dans le caniveau.
Finalement, quelques coups de pied dans un petit passage souterrain ne pèsent rien dans balance. Ca me fait un souvenir marrant à exploiter dans ma non-carrière de zonard ambitieux. Ca élargit ma confortable bulle de cynisme. Ca alimente la rage.
-J'ai dit : passe une bonne journée.
Le mec me tire une droite. Son poing fracasse mes lunettes de soleil et moi, je tombe sur le dos. Sur mes coups de soleil. Comme je suis par terre, ses potes en profitent pour former un petit cercle chaleureux autour de moi et me mettre coup de pied sur coup de pied. J'essaye de trouver une répartie cinglante pour ajouter une touche d'humour à cette situation ridicule, mais rien ne vient alors je dis juste : "non mais je vous dépanne et vous me tabassez ? mais c'est quoi ces gens ?!" - ils n'ont pas étouffés par la culpabilité. coups de pied, coup de pied, coup de pied. Un type essaye de m'arracher mon portefeuille. "mais touche pas à mon portefeuille putain !". Coup de pied, coup de pied, coup de pied. D'autres types arrivent et essayent d'expliquer à ceux qui sont entrain de me tabasser que ça ne se fait pas vraiment, j'en profite pour me tirer : j'aurais bien cassé la gueule à tout le monde, mais je n'ai pas encore bu mon café.
Le taff, les potes, les familles, le métro, la banque, les tonnes de courrier à trier et le téléphone qui n'arrête pas de sonner. Dans la nébuleuse chaotique de mon quotidien surcaféiné, il y a une constante : la rage. Plus je vis, plus je vois que ces les sirènes dépravées du pacte social nous tirent pernicieusement vers le récif métro-boulot-dodo. Et après le naufrage, il n'y plus qu'à pleurer. Parce-qu'on croyait vivre sa passion et qu'on joue les pompes à sperme pour des entreprises dépersonnifiées qui nous laissent crever au moindre signe de fatigue. Parce qu'il n'y a pas d'ailleurs, pas de distance qu'elles ne peuvent parcourir pour nous retrouver. Allez, ne nous leurrons pas : concevoir sa vie comme une carrière c'est se jeter dans la gueule du loup. D'où la rage. Dormir peu, gérer peu mais ne jamais arrêter de chercher à vivre pleinement sans se faire attraper ni finir le nez dans le caniveau.
Finalement, quelques coups de pied dans un petit passage souterrain ne pèsent rien dans balance. Ca me fait un souvenir marrant à exploiter dans ma non-carrière de zonard ambitieux. Ca élargit ma confortable bulle de cynisme. Ca alimente la rage.
jeudi 24 juillet 2008
Tchernobeat your girlfriend
Ok, parlons musique. Et parlons d'amour.
C'était la fin de l'été dans le sud : septembre. La nuit tombait tôt et moi, c'est sur la femme de ma vie que j'étais tombé : c'était "la plus belle fille du lycée" d'après les types que je fréquentait. Et c'est vrai qu'elle était belle, avec des yeux verts qui vivaient vraiment, de longs cheveux bruns-rouges, des lunettes de secrétaire et son piercing de bon goût. Et puis elle parlait, elle écoutait, parfaite. Complètement inacessible. Mais moi, j'étais amoureux et prêt à tout.
Je découvrais au même moment l'énergie psychédélique de la musique des 60's : une époque où on avait encore les couilles de partir, quelque soit le sens qu'on accorde à ce mot. Zappa, Love, The Byrds, Dylan, The Grateful Dead, The 13 Floor Elevator... Donovan. Avec Sunshine Superman, l'album. Et dessus Sunshine Superman, la chanson. Je l'écoutais pour me donner du courage en me rendant aussi présentable que possible : tous les matins, tous les midis, tous les soirs, avec les écouteurs de mon portable qui passaient la journée à me caresser les tympans. Elle collait parfaitement aux soirées qu'on passait ensemble, magiques, californiennes.
On marchait en longeant la mer, poussés par le vent chaud. Il y avait le reflet de la lune, l'odeur du large et les lumières de la ville. On s'allongeait dans l'herbe en regardant le ciel. On buvait de la vodka dans des verres à pied en parlant de tout et de rien, on écoutait de la musique et là encore, c'est Donovan qui sonnait le plus juste, parfait comme la nuit. Je me souviens d'un instant par dessus tous : on était assis sur un vieux mur de pierres dans le cimetière Russe de Menton qui est face à la mer, au sommet de la ville. Il faisait bon mais une petite pluie s'est mise à tomber et le vent a commencé à faire frémir les cyprès. Je lui passait ma veste et elle me demandait si je n'avais pas froid. "Je n'ai jamais froid", puis elle est venu contre moi et on a regardé le ciel, la mer, la ville. En silence.
Je me retrouve assis là chaque fois que j'entend Sunshine Superman. Playlist.
Près de deux ans plus tard, me voila entrain de sauter un grillage avec dans mon sac un paquet de clopes, une bouteille de whisky et mon lecteur MP3. La situation exige que je dégage assez rapidement : les flics qu'elle a appelé viennent d'arriver et moi, j'ai passé les deux dernières heures à donner des coups de pied dans sa porte en l'insultant et en menaçant le minable qui la baise en ce moment. Beaucoup de choses ont changé : autre ville, autre vie, autre époque. Je me jette dans les ronces et j'allume une clope. Cette fille que j'ai passé tant de temps à vénérer n'est qu'une pute maquillée en ange, un parasite de plus que j'ai laissé se glisser jusqu'à mon coeur jusqu'à ce que ses griffes chitineuses l'aient réduit en charpie. Quand j'ai compris qu'il s'agissait de la seule personne sur terre que je ne respecte pas, j'ai décidé d'en profiter pour laisser libre carte blanche à mon instinct pour gérer les relations avec elle, pour m'amuser. Ce qui m'amène dans ces ronces, glissant un "putain" agacé entre mes dents serrées.
Une chanson, une seule pour ce moment là : Gunface, bien sûr.
Aujourd'hui encore, c'est une nouvelle époque qui commence - je les préfère courtes - et ces moments ont perdu de leur substance : ce sont des anecdotes, des cicatrices sur ma carcasse, des leçons dont je n'ai pu garder que le fond. Et la bande originale, que je partage avec plaisir.
C'était la fin de l'été dans le sud : septembre. La nuit tombait tôt et moi, c'est sur la femme de ma vie que j'étais tombé : c'était "la plus belle fille du lycée" d'après les types que je fréquentait. Et c'est vrai qu'elle était belle, avec des yeux verts qui vivaient vraiment, de longs cheveux bruns-rouges, des lunettes de secrétaire et son piercing de bon goût. Et puis elle parlait, elle écoutait, parfaite. Complètement inacessible. Mais moi, j'étais amoureux et prêt à tout.
Je découvrais au même moment l'énergie psychédélique de la musique des 60's : une époque où on avait encore les couilles de partir, quelque soit le sens qu'on accorde à ce mot. Zappa, Love, The Byrds, Dylan, The Grateful Dead, The 13 Floor Elevator... Donovan. Avec Sunshine Superman, l'album. Et dessus Sunshine Superman, la chanson. Je l'écoutais pour me donner du courage en me rendant aussi présentable que possible : tous les matins, tous les midis, tous les soirs, avec les écouteurs de mon portable qui passaient la journée à me caresser les tympans. Elle collait parfaitement aux soirées qu'on passait ensemble, magiques, californiennes.
On marchait en longeant la mer, poussés par le vent chaud. Il y avait le reflet de la lune, l'odeur du large et les lumières de la ville. On s'allongeait dans l'herbe en regardant le ciel. On buvait de la vodka dans des verres à pied en parlant de tout et de rien, on écoutait de la musique et là encore, c'est Donovan qui sonnait le plus juste, parfait comme la nuit. Je me souviens d'un instant par dessus tous : on était assis sur un vieux mur de pierres dans le cimetière Russe de Menton qui est face à la mer, au sommet de la ville. Il faisait bon mais une petite pluie s'est mise à tomber et le vent a commencé à faire frémir les cyprès. Je lui passait ma veste et elle me demandait si je n'avais pas froid. "Je n'ai jamais froid", puis elle est venu contre moi et on a regardé le ciel, la mer, la ville. En silence.
Je me retrouve assis là chaque fois que j'entend Sunshine Superman. Playlist.
Près de deux ans plus tard, me voila entrain de sauter un grillage avec dans mon sac un paquet de clopes, une bouteille de whisky et mon lecteur MP3. La situation exige que je dégage assez rapidement : les flics qu'elle a appelé viennent d'arriver et moi, j'ai passé les deux dernières heures à donner des coups de pied dans sa porte en l'insultant et en menaçant le minable qui la baise en ce moment. Beaucoup de choses ont changé : autre ville, autre vie, autre époque. Je me jette dans les ronces et j'allume une clope. Cette fille que j'ai passé tant de temps à vénérer n'est qu'une pute maquillée en ange, un parasite de plus que j'ai laissé se glisser jusqu'à mon coeur jusqu'à ce que ses griffes chitineuses l'aient réduit en charpie. Quand j'ai compris qu'il s'agissait de la seule personne sur terre que je ne respecte pas, j'ai décidé d'en profiter pour laisser libre carte blanche à mon instinct pour gérer les relations avec elle, pour m'amuser. Ce qui m'amène dans ces ronces, glissant un "putain" agacé entre mes dents serrées.
Une chanson, une seule pour ce moment là : Gunface, bien sûr.
Aujourd'hui encore, c'est une nouvelle époque qui commence - je les préfère courtes - et ces moments ont perdu de leur substance : ce sont des anecdotes, des cicatrices sur ma carcasse, des leçons dont je n'ai pu garder que le fond. Et la bande originale, que je partage avec plaisir.
lundi 21 juillet 2008
Deus Ex Machina
La journée ne s'écoule pas. Elle dégouline, poisseuse, sur mes aspirations et les encrasse un peu plus. A la fin, je ne serais plus qu'une silhouette couverte de son film terne. Puant le travail et l'ennui, je n'aurai plus la force que de dormir. Parce-que cette mélasse a raison de toute la force d'un esprit, jusqu'à ce qu'il devienne la mélasse, jusqu'à ce que je devienne le travail.
La machine à café est en panne aujourd'hui, et ce détail insignifiant prend des airs apocalyptiques dans le petit monde artificiel de l'entreprise : Dieu est mort. La chose impassible qui prend en offrande l'argent gagné dans la peine, gratifie d'un gobelet et rend la monnaie avec une incontestable justice. La chose devant laquelle on se réunit, devant laquelle on échange. Devant laquelle on fraternise. Nous, les zombies, sommes solidaire : nous sommes les rouages du corporatisme, les esclaves qui le tirent vers l'avant au prix de nos âmes. Si la machine qui nous apportait un peu de chaleur et de réconfort est morte, qu'est-ce qui nous reste sinon les souvenirs de ses paroles, immortel ?
SELECTIONNER BOISSON.
BOISSON EN PREPARATION...
BOISSON PRETE. PRELEVER.
En cet âge sombre où nous savions que demain serait fait d'aujourd'hui et qu'aujourd'hui était fait d'hier, la Machine seule savait nous dire quoi faire sans que nous puissions douter de la justesse de ses directives. Mais elle est morte, morte, morte.
La journée colle et je suis seul dans l'univers, seul face a cette vérité que le Dieu qui nous unissait n'est plus. Mes passions sont tellement souillées que je ne suis même plus sûr d'exister : peut-être que je suis simplement l'univers, et que je suis vide.
Putain, heureusement que je termine dans une demi-heure.
La machine à café est en panne aujourd'hui, et ce détail insignifiant prend des airs apocalyptiques dans le petit monde artificiel de l'entreprise : Dieu est mort. La chose impassible qui prend en offrande l'argent gagné dans la peine, gratifie d'un gobelet et rend la monnaie avec une incontestable justice. La chose devant laquelle on se réunit, devant laquelle on échange. Devant laquelle on fraternise. Nous, les zombies, sommes solidaire : nous sommes les rouages du corporatisme, les esclaves qui le tirent vers l'avant au prix de nos âmes. Si la machine qui nous apportait un peu de chaleur et de réconfort est morte, qu'est-ce qui nous reste sinon les souvenirs de ses paroles, immortel ?
SELECTIONNER BOISSON.
BOISSON EN PREPARATION...
BOISSON PRETE. PRELEVER.
En cet âge sombre où nous savions que demain serait fait d'aujourd'hui et qu'aujourd'hui était fait d'hier, la Machine seule savait nous dire quoi faire sans que nous puissions douter de la justesse de ses directives. Mais elle est morte, morte, morte.
La journée colle et je suis seul dans l'univers, seul face a cette vérité que le Dieu qui nous unissait n'est plus. Mes passions sont tellement souillées que je ne suis même plus sûr d'exister : peut-être que je suis simplement l'univers, et que je suis vide.
Putain, heureusement que je termine dans une demi-heure.
Tchernobeat
Il y a des chansons qui nous marquent. Parce qu'on les a entendues à un moment intense, parce-qu'elles nous parlent, ou tout simplement parce-qu'elles sont super bien. C'est un fait connu et habituel, mais pas insignifiant pour autant : c'est comme ça qu'on se retrouve à regarder le ciel d'un air mélancolique quand quelqu'un met un CD de Placebo, ce qui fait plutôt bon effet en société. C'est aussi comme ça qu'on se retrouve à pleurer à chaudes larmes dès qu'on entend la Macarena, ce qui est nettement moins classe. Puisque j'ai moi-même quelques souvenirs au fond d'un tiroir poussiéreux et que les blogs ne sont jamais que des fonds de tiroirs, j'ai rajouté un petit machin Deezer à droite de la page. C'est Tchernobeat, la playlist radioactive au bon goût de silicium. Je vous raconterai à l'occasion pourquoi j'ai choisi telle ou telle chanson, et j'en rajouterai au fur à mesure...
Enjoy, c'est gratuit.
Enjoy, c'est gratuit.
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