Et voila. Deux pauvres heures à ne rien foutre et je suis complètement déprimé. Aucune raison particulière à exposer, je ne suis pas là pour me lamenter sur mon sort qui n'est franchement pas si mal. C'est juste qu'il ne se passe rien de particulièrement stimulant. Les voitures passent devant ma fenêtre les unes après les autres. J'aime bien les regarder passer, me demander où vont tous ces gens qui passent leur temps éroder la voie rapide, mais je me prive de ce plaisir facile de peur de m'en lasser. Je m'emmerde. L'ennui ça a pour effet pervers de laisser la tête tourner toute seule à vide. Ça n'a l'air de rien comme ça, mais il n'en faut pas plus pour faire exploser un micro-ondes. Et là, le monde revêt son aspect véritable dès que je laisse mon clavier pour retourner à mon heure vide : ce sont juste des choses qui sont là pour rien. Des murs, un bureau, le ciel, même cet écran là, juste entre toi et moi. De la matière inerte et chiante, un monde laxatif.
Quand on n'est pas occupé à jouer la comédie, il n'y a rien de plus à voir. Les jolies choses sont des mensonges, elles cachent soit un piège soit une déception, et à nouveau le vide. J'aurais beau regarder ce mur en face de moi pendant un siècle entier, il n'aura rien, strictement rien à me révéler. Tout au plus je pourrais voir sa peinture s'écailler, le plâtre puis le béton s'émietter, comme un reflet de ma lente et presque inexorable putréfaction. Pour être tout à fait franc, ça ne m'émeut même pas de penser comme ça, tout noir. Ça tue le temps et il ne mérite pas mieux. Aux temps des dogmes, on brûlait peut-être les gens pour avoir osé faire preuve d'un peu de raison, mais on pouvait au moins regarder le ciel et se dire qu'il abritait le garant de notre éternité, le grand juge qui donnait une contrainte à suivre pour faire quelque-chose de sa vie, même si c'était se soumettre à la dîme. Maintenant... Le ciel est vide, autant regarder le mur.
Je les cramerai bien moi-même, tous ces penseurs, dans ce moment. Galilée ? Au bûcher, je ne lui aurai pas laisser le temps de nous expliquer qu'on a beau marcher en ligne droite, on arrivera jamais nulle part. Enculé.
lundi 14 septembre 2009
Ceci est une pénible mais fertile énumération
On croit vivre entourés de gens, mais c'est une erreur monumentale. On en voit beaucoup, pourtant : au boulot, en cours, dans la rue, au supermarché, dans les bars, les bus, la télé, sur les affiches et le banc où on aurait bien aimé s'asseoir si ils n'étaient pas là, les gens. Et puis quand on rentre à la maison, il y a encore la famille ou la tendre moitié, ou juste les voisins, entrain d'être là. Poudre aux yeux. Il y a des corps, c'est tout. De la chair et des os pleins de sang et de champ électromagnétiques. Les gens, les vrais, ils sont tout enterrés quelque-part au-delà. On les aperçoit parfois, le temps d'un éclair : un regard qui sort de là bas, un orgasme, un peut trop de laisser aller et ils se laissent voir un peu par accident. Et puis quand ils réalisent qu'ils sont exposés, ils se dépêchent d'aller se cacher derrière la porte qui ferme l'âme pour la plupart, et quelques audacieux essaient de rester en vue. On peut rester dehors toute une vie, quel succès ! Mais c'est bien rare : à trop vouloir être vrai on finit par laisser la place à autre chose : obscène peut-être, ou suffisant, ou charmant, ou que sais-je.
C'est de mots qu'on est vraiment entourés. Ils sont bien là, eux, ce sont les gluons des gens. C'est avec eux qu'on se cache et que les corps échangent leurs intentions et leurs impression. "Je t'aime", il murmure, et c'est déjà bien loin de sa vérité. Six milliards d'humains, ou sept ou huit ou neuf, va savoir où on en est, ça reste loin, très loin du compte des mots. Eux sont comme les insectes : il y a de grandes familles, des topologies dans tous les sens, ils représentent la majeure partie de l'idéodiversité et de nouvelles espèces apparaissent à chaque minute. La preuve, juste en parlant un peu d'eux je viens d'en faire naître 339 dont un néologisme. Même Abraham n'était pas aussi fertile en ce qui concerne les hommes, et pourtant laisse moi te dire que c'était un lapin, ce garçon.
Les mots... Je les aime bien, tous autant qu'ils sont. Les mots bien stricts du droit, qui cherchent une grammaire aussi mathématique que l'algèbre et aussi coincée du cul qu'un militaire en service : "jurisprudence, législation, sanctionner, rigueur, procédure, inviolable..." ; les mots des historiens de la pensée qui n'en finissement plus d'-isme pour catégoriser l'ignorance et jongler avec : "existentialisme, jusnaturalisme, dogmatisme, holisme, moralisme, rationalisme..."; les mots mystérieux, tous neufs et assez marrants des scientifiques en quête de plus élémentaire : "quark, spin, qubit, neutrino, méson, nucléaire, quantique, électrofaible, supercordes..."; les mots difformes à force d'être mutilés par notre génération abrutie qui rampent sur Internet et sur les GSM : "Tkt, lol, kikoo, wtf, vnr, jété, dsl, biz...", ah ceux là ce sont nos créatures de Frankenstein ; et puis les mots simples et précis avec lesquels on parle booléen aux machines pour les dresser : "if, then, else, loop, until, call, end, set, xor, and..." ; et c'est pas fini, bien sûr que non, mais à force de les énumérer on n'en finit plus. Je les aimes bien, je disais, tous autant qu'ils sont, même les plus crades et les plus haineux, pas de différence à mes yeux !
Les mots, une fois qu'on en sait assez on peut les coller ensemble pour faire des phrases et les phrases ensemble pour faire des dialogues, des discours, de la musique ou juste du bruit et eux aussi je les adore. Il y a les belles lettres de ceux qui dressent les mots pour faire leur spectacle et ça devient superbe, ou pas c'est fonction des goûts : "Le peuple impatient de se laisser séduire / au premier imposteur armé pour me détruire, / qui s'osant revêtir de ce fantôme aimé, / voudra servir d'idole à mon zèle charmé" (c'est de Corneille); la conversation codifiée comme il se doit des fils de bourgeois en quête d'une identité qui sent bon la misère : "-Wesh cousin, bien ou bien ? -Sisi la famille""; les pétages de cable à trois heures du matin quand il n'y a plus rien d'autre à faire que de se mettre sur la gueule : "LA PUTAIN DTA MERE BATARD JVAIS TDEMONTER TA RACE DE FILS DE CHIENNE VAS Y LUI IL SAIT PAS QUI JSUIS ENCULE DE PUTAIN DE MANGE MERDE QUAND J'AURAI FINI DTE BAISER LA GUEULE FAUDRA UN ASPIRATEUR POUR RAMASSER TA PUTAIN DFACE FILS DE PUUUUUTE"; et puis ce qu'on chuchotte sur l'oreiller, et les phrases qui demandent 5 ans d'études supérieures par mot pour comprendre quoi que ce soir, et la façon que chacun a de commander un café, et les lettres de suicide, et la publicité... "Nous vendons plus que du papier toilettes triple épaisseur, nous vendons du RÊVE."... Tous les mots, toutes les façons de les articuler entre eux et avec nous, avec les choses, avec l'univers ; je les aime tous.
C'est peut-être un peu désespéré comme passion, mais ça en vaut une autre, non ? Je sais, on peut les réunir tous les mots, et dans tous les ordres possibles, ça ne sera toujours pas fini, ça ne voudra toujours rien dire. Mais bon, qu'est-ce qu'on a d'autre ? Les choses et les sentiments, quand on ne veut pas rester seul, se cachent comme les gens au fond de leurs existences. Il n'y a qu'avec les mots qu'on peut essayer d'aller danser avec, pas vrai ?
C'est de mots qu'on est vraiment entourés. Ils sont bien là, eux, ce sont les gluons des gens. C'est avec eux qu'on se cache et que les corps échangent leurs intentions et leurs impression. "Je t'aime", il murmure, et c'est déjà bien loin de sa vérité. Six milliards d'humains, ou sept ou huit ou neuf, va savoir où on en est, ça reste loin, très loin du compte des mots. Eux sont comme les insectes : il y a de grandes familles, des topologies dans tous les sens, ils représentent la majeure partie de l'idéodiversité et de nouvelles espèces apparaissent à chaque minute. La preuve, juste en parlant un peu d'eux je viens d'en faire naître 339 dont un néologisme. Même Abraham n'était pas aussi fertile en ce qui concerne les hommes, et pourtant laisse moi te dire que c'était un lapin, ce garçon.
Les mots... Je les aime bien, tous autant qu'ils sont. Les mots bien stricts du droit, qui cherchent une grammaire aussi mathématique que l'algèbre et aussi coincée du cul qu'un militaire en service : "jurisprudence, législation, sanctionner, rigueur, procédure, inviolable..." ; les mots des historiens de la pensée qui n'en finissement plus d'-isme pour catégoriser l'ignorance et jongler avec : "existentialisme, jusnaturalisme, dogmatisme, holisme, moralisme, rationalisme..."; les mots mystérieux, tous neufs et assez marrants des scientifiques en quête de plus élémentaire : "quark, spin, qubit, neutrino, méson, nucléaire, quantique, électrofaible, supercordes..."; les mots difformes à force d'être mutilés par notre génération abrutie qui rampent sur Internet et sur les GSM : "Tkt, lol, kikoo, wtf, vnr, jété, dsl, biz...", ah ceux là ce sont nos créatures de Frankenstein ; et puis les mots simples et précis avec lesquels on parle booléen aux machines pour les dresser : "if, then, else, loop, until, call, end, set, xor, and..." ; et c'est pas fini, bien sûr que non, mais à force de les énumérer on n'en finit plus. Je les aimes bien, je disais, tous autant qu'ils sont, même les plus crades et les plus haineux, pas de différence à mes yeux !
Les mots, une fois qu'on en sait assez on peut les coller ensemble pour faire des phrases et les phrases ensemble pour faire des dialogues, des discours, de la musique ou juste du bruit et eux aussi je les adore. Il y a les belles lettres de ceux qui dressent les mots pour faire leur spectacle et ça devient superbe, ou pas c'est fonction des goûts : "Le peuple impatient de se laisser séduire / au premier imposteur armé pour me détruire, / qui s'osant revêtir de ce fantôme aimé, / voudra servir d'idole à mon zèle charmé" (c'est de Corneille); la conversation codifiée comme il se doit des fils de bourgeois en quête d'une identité qui sent bon la misère : "-Wesh cousin, bien ou bien ? -Sisi la famille""; les pétages de cable à trois heures du matin quand il n'y a plus rien d'autre à faire que de se mettre sur la gueule : "LA PUTAIN DTA MERE BATARD JVAIS TDEMONTER TA RACE DE FILS DE CHIENNE VAS Y LUI IL SAIT PAS QUI JSUIS ENCULE DE PUTAIN DE MANGE MERDE QUAND J'AURAI FINI DTE BAISER LA GUEULE FAUDRA UN ASPIRATEUR POUR RAMASSER TA PUTAIN DFACE FILS DE PUUUUUTE"; et puis ce qu'on chuchotte sur l'oreiller, et les phrases qui demandent 5 ans d'études supérieures par mot pour comprendre quoi que ce soir, et la façon que chacun a de commander un café, et les lettres de suicide, et la publicité... "Nous vendons plus que du papier toilettes triple épaisseur, nous vendons du RÊVE."... Tous les mots, toutes les façons de les articuler entre eux et avec nous, avec les choses, avec l'univers ; je les aime tous.
C'est peut-être un peu désespéré comme passion, mais ça en vaut une autre, non ? Je sais, on peut les réunir tous les mots, et dans tous les ordres possibles, ça ne sera toujours pas fini, ça ne voudra toujours rien dire. Mais bon, qu'est-ce qu'on a d'autre ? Les choses et les sentiments, quand on ne veut pas rester seul, se cachent comme les gens au fond de leurs existences. Il n'y a qu'avec les mots qu'on peut essayer d'aller danser avec, pas vrai ?
vendredi 11 septembre 2009
Le Sid
Ce matin, j'ai décidé que c'était une journée à porter mon T-Shirt Sex Pistols. Entendons nous bien : ce n'est pas juste un t-shirt. C'est un manifeste, et un terreau fertile pour les conversation. Quand je le porte, il-y-a toujours un quadra/quincagénaire pour me raconter ses souvenirs de concerts tous pleins d'émotion; une fois, un bouquiniste tout content de voir ses idoles perdurer m'a même agité la première édition vinyle de Never Mind The Bollocks sous les yeux. Mais voila, il-y-a des jours, et il faut les sentir. Et aujourd'hui, c'en était un.
A peine vêtu, je sortais de la résidence et commençais à défaire la chaîne de mon fidèle scooter. Ça n'a pas loupé : une grosse voix derrière moi qui lance : "Sex Pistols, hein ? C'est pas ta génération ça !"
- On n'a pas vraiment de nouvelles idoles, alors autant se rabattre sur les anciennes, pas vrai ? Moi j'suis plutôt 60's - 70's, les Stones, Motörhead, les Ramones...
Et la conversation était lancée. Le costaud derrière la grille du restau U a été roadie pour les Stray Cats et Social Distortion. Il était tout surpris d'apprendre que, justement, je suis un grand fan de Social Distortion parce-que "c'est pas très connu en France". Belle façon de commencer la journée, ça : échanger. Mais bon, il fallait que j'aille essayer de comprendre quelque chose à l'organisation de la fac de lettres, alors j'ai décollé.
Après avoir fait ce que j'avais à faire sur le campus - et un peu plus - je me suis mis à avoir One Vision de Queen dans la tête. En particulier les derniers mots :
"Gimme gimme gimme
FRIED CHICKEN !"
C'était fait, il était trop tard pour revenir en arrière : je devais aller manger à KFC. J'ai donc pris mon scooter pour rejoindre l'enseigne rouge et blanche où figure le visage paternel du colonel Sanders, ce visage moustachu et orwellien qui ne s'appelle colonel Sanders qu'en France. Je montais donc à nouveau sur mon scooter. Arrivé au premier feu rouge, ça recommence : "sympa ton t-shirt !" - je tourne la tête : c'est un type aux airs de toxico rangé sur un scooter oldschool façon vespa.
- Merci, je lui répond faute d'inspiration
- Tu connais les Bérus ?
-Ouais...
- Ah les Pistols, c'est toute ma jeunesse ça !
- Pourquoi, t'as arrêté d'être jeune ?
Il hésite, puis répond sans conviction :
- J'ai trente-trois ans...
- Ah.
Petit silence, puis mon camarade de circulation reprend :
- J'étais punk avant, j'avais même un groupe sur Nice, on s'appelait Merde in France, dans le genre Bérus...
- J'aime bien le nom !
Ça, c'était sincère. Puis le rouge du feu devient vert, alors on se dit au revoir et chacun retourne à sa vie. Pour moi, la prochaine étape, c'est poulet frit.
A peine vêtu, je sortais de la résidence et commençais à défaire la chaîne de mon fidèle scooter. Ça n'a pas loupé : une grosse voix derrière moi qui lance : "Sex Pistols, hein ? C'est pas ta génération ça !"
- On n'a pas vraiment de nouvelles idoles, alors autant se rabattre sur les anciennes, pas vrai ? Moi j'suis plutôt 60's - 70's, les Stones, Motörhead, les Ramones...
Et la conversation était lancée. Le costaud derrière la grille du restau U a été roadie pour les Stray Cats et Social Distortion. Il était tout surpris d'apprendre que, justement, je suis un grand fan de Social Distortion parce-que "c'est pas très connu en France". Belle façon de commencer la journée, ça : échanger. Mais bon, il fallait que j'aille essayer de comprendre quelque chose à l'organisation de la fac de lettres, alors j'ai décollé.
Après avoir fait ce que j'avais à faire sur le campus - et un peu plus - je me suis mis à avoir One Vision de Queen dans la tête. En particulier les derniers mots :
"Gimme gimme gimme
FRIED CHICKEN !"
C'était fait, il était trop tard pour revenir en arrière : je devais aller manger à KFC. J'ai donc pris mon scooter pour rejoindre l'enseigne rouge et blanche où figure le visage paternel du colonel Sanders, ce visage moustachu et orwellien qui ne s'appelle colonel Sanders qu'en France. Je montais donc à nouveau sur mon scooter. Arrivé au premier feu rouge, ça recommence : "sympa ton t-shirt !" - je tourne la tête : c'est un type aux airs de toxico rangé sur un scooter oldschool façon vespa.
- Merci, je lui répond faute d'inspiration
- Tu connais les Bérus ?
-Ouais...
- Ah les Pistols, c'est toute ma jeunesse ça !
- Pourquoi, t'as arrêté d'être jeune ?
Il hésite, puis répond sans conviction :
- J'ai trente-trois ans...
- Ah.
Petit silence, puis mon camarade de circulation reprend :
- J'étais punk avant, j'avais même un groupe sur Nice, on s'appelait Merde in France, dans le genre Bérus...
- J'aime bien le nom !
Ça, c'était sincère. Puis le rouge du feu devient vert, alors on se dit au revoir et chacun retourne à sa vie. Pour moi, la prochaine étape, c'est poulet frit.
mercredi 9 septembre 2009
50
Voila, elle se termine, la saison chaude.
J'ai eu une petite pulsion nostalgique : je voulais revoir cette page, et puis le titre me fait encore sourire. Tchernogrill. Entrée. C'est magique : la page s'affiche, je suis satisfait. Quelque part dans le Nevada, un serveur Google garde cette petite trace de mon ego. C'est ça mon enfant batard, ma ville fantôme : une micro-rayure dans de l'aluminium. J'existe un peu.
Des choses se sont passées depuis mon dernier passage : je suis tombé malade, je me suis soigné, j'ai pas mal écrit, bu, fumé, gagné des points au Griffor... Oh, et puis il s'est aussi passés des choses qui ne me concernent pas directement, mais on s'en fout. Tout le monde était en vacances : farniente et petits boulots faciles au programme, mais pas pour moi. J'avais quelque chose d'un peu plus dur à faire.
Bon, soyons franc : j'ai aussi eu ma part de plaisir sous le soleil. Mes heures à tremper dans la pisse diluée des plages à touristes, mes flaques de gerbe, mes parties de baise sans lendemain, mes réveils à 14h... Mais il s'est passé autre chose, un processus déchirant et fastidieux qu'on pourrait assimiler à un saut quantique. Résultat, je suis un homme nouveau.
Mes yeux se posent sur le cendrier débordant à côté de moi. Bon, peut-être pas complètement nouveau. C'est plus comme si j'avais accouché de moi-même, un fils qui me ressemble mais que je ne pourrais jamais conditionner à répéter mes erreurs pour les légitimer.
L'extérieur aussi a bougé, j'aime changer de milieu et d'identité. Je suis étudiant en double cursus "Droit et science politique" et "Lettres modernes" à Nice. Mon nouveau sanctuaire, c'est 9m² de pur bonheur dans une cité étudiante pleine de filles charmantes et de mecs gentils. Douche et toilettes sur le pallier, petite pièce très spartiate et vue imprenable sur la voie rapide et le chemin de fer. L'année universitaire va commencer et je serais balloté entre une fac remplie de jeunesse BCBG-UMP et une autre où la jeunesse Anar-CGT dessine sur la porte des chiottes : le meilleur des deux mondes pour un amoureux des stéréotypes et de la relativité.
Ça sent le fun. Alors voila, ce nouveau Shahanshah dans son nouvel aquarium redécouvre son blog. Merde, c'est une partie de moi maintenant, je ne vais pas la laisser crever. C'est décidé, je reviens m'exhiber ici, c'est toujours mieux que Facebook. Il n'y a plus personne ? Il n'y a jamais eu grand monde. L'exercice consiste à se mettre à nu dans la lumière, pas forcément à être vu.
Eh ouais Internet, je n'ai pas fini de te polluer.
Stay Tuned.
Et pour toi qui traîne encore ici sans trop savoir pourquoi :
"Personne ne vous écoute ? Criez plus fort !"
J'ai eu une petite pulsion nostalgique : je voulais revoir cette page, et puis le titre me fait encore sourire. Tchernogrill. Entrée. C'est magique : la page s'affiche, je suis satisfait. Quelque part dans le Nevada, un serveur Google garde cette petite trace de mon ego. C'est ça mon enfant batard, ma ville fantôme : une micro-rayure dans de l'aluminium. J'existe un peu.
Des choses se sont passées depuis mon dernier passage : je suis tombé malade, je me suis soigné, j'ai pas mal écrit, bu, fumé, gagné des points au Griffor... Oh, et puis il s'est aussi passés des choses qui ne me concernent pas directement, mais on s'en fout. Tout le monde était en vacances : farniente et petits boulots faciles au programme, mais pas pour moi. J'avais quelque chose d'un peu plus dur à faire.
Bon, soyons franc : j'ai aussi eu ma part de plaisir sous le soleil. Mes heures à tremper dans la pisse diluée des plages à touristes, mes flaques de gerbe, mes parties de baise sans lendemain, mes réveils à 14h... Mais il s'est passé autre chose, un processus déchirant et fastidieux qu'on pourrait assimiler à un saut quantique. Résultat, je suis un homme nouveau.
Mes yeux se posent sur le cendrier débordant à côté de moi. Bon, peut-être pas complètement nouveau. C'est plus comme si j'avais accouché de moi-même, un fils qui me ressemble mais que je ne pourrais jamais conditionner à répéter mes erreurs pour les légitimer.
L'extérieur aussi a bougé, j'aime changer de milieu et d'identité. Je suis étudiant en double cursus "Droit et science politique" et "Lettres modernes" à Nice. Mon nouveau sanctuaire, c'est 9m² de pur bonheur dans une cité étudiante pleine de filles charmantes et de mecs gentils. Douche et toilettes sur le pallier, petite pièce très spartiate et vue imprenable sur la voie rapide et le chemin de fer. L'année universitaire va commencer et je serais balloté entre une fac remplie de jeunesse BCBG-UMP et une autre où la jeunesse Anar-CGT dessine sur la porte des chiottes : le meilleur des deux mondes pour un amoureux des stéréotypes et de la relativité.
Ça sent le fun. Alors voila, ce nouveau Shahanshah dans son nouvel aquarium redécouvre son blog. Merde, c'est une partie de moi maintenant, je ne vais pas la laisser crever. C'est décidé, je reviens m'exhiber ici, c'est toujours mieux que Facebook. Il n'y a plus personne ? Il n'y a jamais eu grand monde. L'exercice consiste à se mettre à nu dans la lumière, pas forcément à être vu.
Eh ouais Internet, je n'ai pas fini de te polluer.
Stay Tuned.
Et pour toi qui traîne encore ici sans trop savoir pourquoi :
"Personne ne vous écoute ? Criez plus fort !"
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