dimanche 1 novembre 2009

Z is dead

Je rentrais en claquant des talons quand cette drôle de femme, assise dans l'ombre, a émis un petit son entre le murmure et le silence. Je me suis demandé si elle avait dit quelque-chose, puis elle a recommencé : "monsieur ?"
Je me suis arrêté, tourné vers elle. Elle souriait tristement :
- Faire l'amour ?
- Pas d'argent.
En lui répondant ça, j'ai fait ce sourire qui veut dire "désolé, je ne suis pas ce que tu cherches", le seul que je sache faire sans mentir. Au revoir.

J'ai compris quelque-chose ce soir. Les gens comme nous ne sont pas faits pour s'entendre. On se ressemble quand on veut n'être pareils à personne, on est intransigeants et donc inconciliables, et même si on souffre de cette putain de solitude, c'est en sachant qu'elle est la seule qu'on aimera jamais. C'est comme ça. Les gens comme nous veulent la même chose et lui donnent pourtant mille noms : c'est le Beau, la Vérité, Dieu ou le Bon. On cherche le centre, et s'il en est un il ne naitra que dans la mort de tout ce qui est, longtemps après nous. Ce n'est pas plus compliqué que ça : on est damnés, bons à mourir comme ce Jésus qui crève sur sa croix pour le plus grand soulagement de ses pairs, qui dans son agonie n'a que la satisfaction d'avoir eu raison. Satisfaction que personne ne partage, fondée sur une foi aveugle qui attend toujours sa justification. Oh, elle viendra. J'y crois.

Le soleil s'est couché depuis un bon moment maintenant, il se lèvera sûrement plus tard. On entrera dans l'année sombre, dans la seconde saison. Chaque illusion qui tombe au matin justifie la souffrance, chaque souffrance ravive l'espoir de quelque-chose de vrai, et l'espoir dessine de nouvelles illusions. Les gens comme nous suivent le chemin le plus dur, et meurent un peu tristes en gardant pour eux que tous les autres ont vécu heureux mais à tort. Les mets les plus fin ont déjà le goût du tas de merde qu'ils deviendront, les belles filles sont déjà de vieilles femmes, la cigarette à peine allumée n'est déjà qu'un tas de cendres. Bienvenue dans le monde réel. Les gens comme nous échappent au temps, n'ont personne au-dessus d'eux. Alors on cherche quelque-chose, une voix qui dise enfin vrai, qu'on puisse enfin écouter. En vain, depuis le début.

Il n'y a que la musique qu'on découvre au fil de la danse. Que quelqu'un l'écrive ou qu'elle soit l'écho de nos pas, quelle importance ? Les gens comme nous le savent bien, cette valse mène à la tombe.