mercredi 14 février 2007

Vous m'aurez pas vivant

Cet été, à la nuit tombée, je me promenai avec une amie et son copain dans Sainte Agnès (mais si, le fameux village). Je crois qu’on allait chez moi, faire des crêpes et regarder les sitcoms sur canalsatellite. En chemin, on a croisé toute la petite famille des jeunes du coin, c'est-à-dire cinq ou six personnes au moins aussi adolescentes et paumées que nous. Ils étaient sur les marches devant le cimetière, entrain de faire ce qui se fait par une nuit d’été : rigoler et fumer des joints. Comme ils nous ont proposé de se joindre à eux, on s’est assis pour en faire de même. Et cinq minutes plus tard …

-Putain, je viens d’avoir une idée géniale !
-Ah ouais, c’est quoi ?
-Bah tu vois, il y avait Buffalo Bill, et il tuait des bisons, et donc on a inventé Buffalo Grill, c’est un jeu de mots astucieux et tout …
-Ah ouaaaaiiiiiiiiis, ouais, c’est vrai, et c’est quoi ton idée alors ?
-Baaaaaah tu vois, il y a eu Tchernobyl, c’était un vrai merdier atomique, alors on devrait ouvrir des Tchernogrills, ça serait marrant, j’veux dire, l’essence de l’humour !
-Merde, t’a trop fumé mec !

Beaucoup de « Ah ouais » et de « Bah » ce soir là donc, et une idée que j’ai été le seul à saisir –normal, elle venait de moi- ça ne fait pas une anecdote très instructive. Mais peu importe. Je suis parvenu à placer deux choses : le pourquoi du titre de ce blog et ma fascination pour le nucléaire. Je crois que ça a commencé au collège, quand j’ai vu ces photos d’ombres décalquées sur les murs : j’ai compris la toute puissance de l’Arme. Un truc capable de souffler une ville et d’en faire une zone condamnée pour des siècles. Un truc capable de faire naître des veaux à deux têtes, des enfants mutants et d’empoisonner l’eau et l’air, produit en masse.

Qui a voulu en arriver là ? Qui a pu désirer voir entre les mains de qui que ce soir une arme si terrible qu’on a même peur de l’utiliser ? Il me semble évident que jamais personne n’aurait pu être assez barge, et c’est comme ça que j’ai compris que réunir des hommes au sein de quoi que ce soit de conçu par sa main, que ce soit un état ou une famille, une association caritative ou un putain de country club, ne peut que mener à la destruction, physique ou non, de l’individu au profit de l’unité.

Avec un raisonnement pareil, comment est ce que je suis censé souhaiter faire quoi que ce soit de positif au sein d’une société organisée que je considère comme le diable himself ? Tout semble y être établi pour frustrer puis anéantir ce qu’il y a d’animal, donc de bon, en moi. Voila pourquoi je vomis des mots, voila pourquoi je suis là au lieu de purger ma soi-disant peine et voila pourquoi je ne m’en fait pas : mon rocher sera toujours là demain, j’ai une consoeur de débranchage et si cet enfoiré de « on » veut y changer quelque chose, il devra la lâcher, sa Bombe. Chiche ?

Tuez le temps

I feel like shit today. Je n’ai rien trouvé dans la langue française qui corresponde aussi bien à mon impression. Je sais maintenant qu’un jour on partira, et qu’on vivra sur une autre planète, et je suis comblé. Mais quand je me suis réveillé vers 12h30, je me suis souvenu que j’étais toujours là, avec des comptes à rendre, des gens à écouter et à ne surtout pas éviscérer. A 18 ans, je suis ulcéré comme un cadre et je décompresse à coups de pilules bleues…

Pendant que je fume clope sur clope assis à mon bureau je me demande ce que font les différents acteurs du plan qui vise à faire de ma vie un enfer de contraintes : la prof de philo est certainement entrain de me lancer un sort pour me rendre incapable d’écrire sa foutue dissertation. La CPE, elle, élabore un algorithme de multiplication exponentielle de mes heures de retenue pendant que mon père réfléchit à ce qu’il pourrait bien me reprocher et que ma mère … Ma mère a déjà fait ce qu’elle avait à faire : sortir en claquant la porte, après m’avoir froidement informé qu’elle ne me supporte plus.

Merde, je veux entendre leurs os craquer, voir leurs expressions d’absolue stupéfaction au moment ou ils réaliseront que je savais, depuis le début, que c’est à moi seul de décider de l’heure à laquelle je me lève ou de ce que j’ai envie d’écrire. Ce jour arrivera. En attendant, j’ai la nausée.

mardi 13 février 2007

Serment

Il y a le ciel et la terre, il y a la lune, il y a l’océan et les montagnes, les maisons de pierre et les phares qui déchirent l'obscurité le temps d’un souffle. Mes poils se dressent et ce son sort de moi, et je suis ce son, je suis un hurlement bestial. On ne nous pas aculés, on a limé ni nos griffes ni nos crocs. Demain, et tous les autres jours, lorsque le ciel deviendra noir et que le tumulte de la ville sera remplacé un silence paisible ou leurs petits pas pressés d’hommes de tête pourront s’entendre à des lieues à la ronde, nous serons là. A nous sentir, à prendre ces qui sera la parce que tout est à nous, créatures de chair et d’instinct. Nous courrons ensemble, nous repaissant de leur viande et de leur sang, de leurs ordures et de leurs secrets, et nous ferons ce que nous sommes. Ici, puis ailleurs, puis toujours, puis jamais. Nous rugissons.

dimanche 11 février 2007

Chaos ex nihilo

Mea culpa ! J’ai bu, j’ai fumé, je me suis livré à la débauche ! Me voila donc, la tête dans les nuages. J’aime cet état… J’ai comme l’impression que tout devient limpide, les comportements sont comme décomposés : chaque seconde contient un océan de concepts qui sont autant de possibilités. Je peux faire rire, crier, pleurer, gémir, sans que rien ne soit spontané. Seulement, les mots comme le temps manquent, et tandis que se lève le brouillard éthylique se dressent les murs de la perception. Que c’est beau. Que c’est inintelligible.

Cet endroit que j’aime a fait de moi la larve encéphalographique que je suis là, tout de suite. Ma mère m’a appelé vers 19h pour me proposer de manger au Logis Sarrasin, repaire secret de la cabale agnésoise. Une assiette de salade plus tard, et une certaine histoire de pénurie a fait le tour du bourg : un voisin bien intentionné m’offre sans rien dire deux capotes dans les ténèbres d’une véranda éteinte, et plus tard Thierry (le propriétaire de l’endroit) me proposera une partie de billard en remplissant sans cesse mon verre d’un vin acide mais efficace. Plus tard, sa Playstation subira nos commentaires salaces, lâchés comme des éternuements entre deux kameha. Va comprendre.

Mais qu’importe ce que me révèlent les molécules qui font rire, et la façon dont elles se sont trouvées dans mon organisme ! Tout ce qui compte, c’est ce corps de velours et son âme de pimp. Ou toutes ces filles faciles qui traînent, le regard vide, dans toutes les rues du monde.

samedi 10 février 2007

Pas de **** sans *****

Quand je me suis réveillé ce matin, je n’avais bizarrement pas la gueule de bois, mais une certaine quantité d’énergie à dépenser. En fait, j’étais carrément proche de la masse critique. Alors je ne me suis pas coiffé, j’ai enfilé un bonnet, des chaussures de sport et je suis sorti courir. Comme je ne suis pas un athlète, une petite montée a eu rapidement raison de mes poumons. J’ai donc marché tranquillement autour de mon village, à regarder bêtement le paysage en profitant du froid. En chemin, j’ai rencontré Ange, un des villageois d’origine contrôlée. C’est un drôle de type celui là, mais je l’aime bien. Un de ces vieux ruraux assez têtus pour réussir à vivre dans une époque révolue : il a une petite entreprise de maçonnerie qui emploie ses trois fils pour toute sorte de chantiers dans le coin, un corps de quarante ans alors qu’il en a soixante-dix et il va à la messe tous les dimanches dans l’église de ce village qu’il ne quitte presque jamais. Et il est passionné de golf. Quand je l’ai croisé, donc, il était en plein entraînement : régulièrement, il va au bord de la route avec son club, tire quelques balles dans un terrain en contrebas puis part les chercher. J’ai un peu parlé avec lui, en essayant de ne pas le déconcentrer, il m’a dit que c’était un sport violent, qu’il fallait écouter pour savoir où les balles atterrissent et que parfois il n’arrivait pas à les retrouver. Mais pendant ce temps, ses yeux, ses yeux de fils d’hier, me disaient qu’il comprenait ce que je faisais là à le regarder sortir son meilleur swing. Ils me disaient qu’il savait tout de ma condition –nôtre condition- et ils me disaient de ne pas m’en faire, de continuer ma route. Alors j’ai souri et je l’ai laissé à ses vieilles balles couvertes de terre.

Un peu plus loin sur la route il y a un monticule d’une dizaine de mètres qui surplombe le vide jusqu’à la ville, 900 mètres plus bas. J’ai employé mes forces animales, encore jeunes, à escalader cet amas de rochers qui semblaient n’être accrochés entre eux que par l’habitude. Il ne m’a fallu que quelques petites minutes d’acrobaties au dessus du ravin pour atteindre le point le plus haut. Là, j’ai allumé une cigarette, pris une photo et je me suis mis à repenser à la soirée de la veille, celle qui m’avait mené là.

Une soirée formidable avec une personne formidable, passée à boire, à rire et à se laisser aller. Petit jeu de séduction, conversations pleines de sens, talent, secrets, désir, confiance… De la peur de l’avenir à l’espoir naissant, de l’envie de Dieu au clin d’œil du sort qui nous a laissés frustrés mais hilares ; on s’est promenés au pays de l’irrationnel et de la joie. Ce que j’ai compris en revoyant tout ça de mon perchoir, c’est que je n’ai pas à expliquer, à regretter ou même à mettre en question ce que je suis (inconciliables corps et pur esprit) : c’est comme ça. Et c’est bien.

A ma gauche se trouvait le haut du village et le drapeau qui y flottait semblait dérisoire, comme si on avait tenté de faire de cet endroit, où un vieil homme peut jouer au golf et un jeune homme trouver la paix, un morceau de France. Hors du temps, hors du monde, toujours le sourire aux lèvres, je suis rentré chez moi.

Ma chambre a besoin de ménage.

jeudi 8 février 2007

Ce soir, c'est Lysanxia

Il y a environ 5 ans, quand je m’intéressai à la magie noire comme un ado emogoth peut le faire, j’avais une peur bleue du triple choc : vous essayez de lancer un mauvais sort à quelqu’un, et si vous ratez, vous subissez trois fois quelque chose de la même envergure. Une sorte de justice divine plus flippante que le Talion, rendue par des démons aux noms pittoresques qu’on imagine relativement méchants (disons, Zankotorgzepphal le seigneur de l’abîme aux milles supplices douloureux par exemple). Quand ce n’est pas le grand méchant loup ou le commissaire…

Toujours est il que cette histoire m’était complètement sorti de la tête. Jusqu’à cette nuit : j’ai fait un cauchemar tellement monstrueux que même une fois la journée passée, j’en tremble encore. Et du coup, j’ai vraiment l’impression d’avoir été hanté par un esprit vengeur. Je ne sais pas si j’ai tenté de faire, ou si je suis entrain de tenter de faire quelque chose d’abominable au point que mon inconscient se révolte de cette façon, mais je crois bien que je réfléchirai à deux fois avant de ne pas aider une vieille dame à traverser.

Merde. Je voulais raconter, mais je me rends compte en écrivant que le seul fait d’y penser me retourne la tête.

mercredi 7 février 2007

No comment

Il a plu cet après midi. J’étais assis contre mon mur préféré, entrain de relire Tintin au pays des soviets et quelques gouttes ont commencé à tomber sur les pages. Comme j’étais en plein soleil, je n’ai pas compris ce qui se passait : j’ai levé les yeux, et je me suis replongé dans les aventures du journaliste blondinet. Un train qui explose, un agent de la Tcheka qui tente un meurtre à la peau de banane et… D’autres gouttes ? Le ciel était aussi bleu que possible et très vaguement nuageux, le soleil brillait comme il le fait toujours ici, alors j’ai eu peur. Parce qu’il ne pleut pas quand il fait beau, si ? J’ai rangé la bande dessinée dans mon sac et je me suis rué vers l’intérieur du lycée pour ne plus sentir ce crachin contre nature, pour ne plus voir ce ciel abominable. La petite centaine de mètres qui sépare l’endroit où j’étais du couloir où j’allais avait l’air sordide.

Et c’est tout.

lundi 5 février 2007

Une pincée de megalomanie

Il faut une première fois à tout … Et aujourd’hui c’est mon premier médicament. Du Lysanxia, un anxiolytique à base de Prazépam. Je n’ai pas la moindre idée de ce que ça peut bien être. Je m’en fous. On me dit que quand j’angoisse, quand j’ai l’impression que le monde entier est entrain de se resserrer sur moi, je n’ai qu’à avaler un à un demi comprimé, et paf, en « moins de dix minutes », tout va bien. C’est un putain de miracle que des choses pareilles existent. Je veux d’autres médicaments ! Une pilule pour m’endormir, une pilule pour être heureux, une pilule pour arrêter de penser, une pilule pour fermer les yeux, et hop, je serai chimiquement normal.

Ah et puis, il y a les effets secondaires :

- Troubles de mémoire (trous de mémoire) ;

- Troubles du comportement, modifications de la conscience, instabilité, agressivité, agitation ;

- Dépendance physique et psychique, même à doses thérapeutiques avec syndrome de sevrage ou de rebond à l’arrêt du traitement ;

- Sensations d’ivresse, maux de tête, difficulté à coordonner certains mouvements ;

- Confusion, baisse de vigilance voire somnolence, insomnie, cauchemars, tension ;

- Modifications de la libido ;

- Eruptions, cutanées, avec ou sans démangeaisons ;

- Faiblesse musculaire, fatigue ;

- Vision double ;

- Insomnie, cauchemars, agitation, nervosité, euphorie ou irritabilité, tension, modifications de la conscience, voire des comportements potentiellement dangereux (agressivité envers soi même ou son entourage, ainsi que des troubles du comportement et des actes automatiques)

Et en cas de sevrage :

- Anxiété importante, insomnie, douleurs musculaires ;

- Agitation, irritabilité, maux de tête, engourdissement ou picotement des extrémités, sensibilité anormale au bruit, à la lumière ou aux contacts physiques ;

- Troubles de mémoire, altérations des fonctions psychomotrices.

C’est parfait. Parce que voyez vous, ce truc me permet de me conforter –voire de m’enfoncer- dans ma petite souffrance post adolescente… Et je ne veux pas être heureux. Je veux passer encore des nuits et des nuits à pleurer sous la pluie, à sentir des vérités me vriller l’âme. Je veux que ma peau se détache. Je veux vomir du sang. Avoir BESOIN d’alcool. Chopper des infections sexuellement transmissibles répugnantes. Vivre dans mes déchets. Et puis sortir de mon trou à rat et resplendir comme un joyau tiré de la boue, dans le sang et la sueur.

Oui, c’est une sorte de déclaration de guerre contre l’existence dans son ensemble. Mais c’est ça, ou être médiocre. Et je ne suis pas né pour être médiocre. Je suis né pour baiser Marilyn Monroe.

vendredi 2 février 2007

Apostasie

Je suis un tourbillon multicolore. Je suis heureux comme un pendu. Je suis … Un petit gars en quête d’amour, de sexe, d’alcool et de talent.

J’ai passé la journée à faire le ménage, télécharger des vidéos porno et jouer à des jeux vidéos au lieu d’aller en cours. Je m’en fous, mon avenir est tracé et il sera au moins funky. Pour l’heure, contempler la chute irréversible de la civilisation vers le bilatéralisme idéologique radical en me masturbant me semble être la meilleure chose à faire face à la frustration de l’échec d’une part, et l’impatience de revoir une certaine paire d’yeux d’autre part.

Enfin, peut être que je me voile les yeux. Peut être que l’analyse d’un certain voisin épicier est juste et que ma vie peut se résumer à une envie aussi impérieuse que mal assumée de baiser. Ok, soyons honnête : ça occupe mon esprit, disons, de temps en temps. Souvent. Presque tout le temps. Bon, à part une ou deux choses d’importance capitale, je ne pense qu’à ça.

Est-ce que ça fait de moi un tordu ? Je ne pense pas… Naviguer dans un petit monde délirant en quête de l’Autre est un choix que je ne regrette en rien, mais ça ne change rien au fait que j’ai un corps, et donc une bite, qui doit fonctionner. Et ça veut dire être entretenu et satisfait. Et ça veut dire baiser. Mes idéaux d’amour (plus le temps passe, plus ce mot me semble mal approprié), de tendresse et d’anarchie sentimentale n’ont aucune rapport avec ce fait : même si seule l’expérience d’une fusion metasexuelle saurait me combler, le premier accouplement façon teenager maladroit venu aurait le même effet du point de vue de la stricte nécessité.

Il y a pas mal d’autres choses à prendre en compte dans la situation actuelle, je suppose. Mais je ne vais pas disserter sur les tenants et les aboutissants de ma surcharge érectile. Je tenais juste à reconnaître les choses comme elles sont. Ca, c’est fait. Enfin …

jeudi 1 février 2007

Drame, Sexe et Rapido

Quelle journée formidable ou pas.

J’ai passé quelques heures à lutter avec le monde pour trouver quelqu’un qui aurait quelques minutes de forfait qui me permettraient de joindre la seule personne apte à communiquer avec moi dans ce monde de dégénérés psychotiques, une certaine Mademoiselle G. Eh oui, c’est ça quand on est la victime d’Orange France. Toujours est il que la demi douzaine de SMS d’appel au secours que j’ai envoyé n’ont pas servi à grand-chose. Peut être bien que la demoiselle en question n’était pas dans les parages ou qu’elle n’allait pas bien. Bref. C’est là que je me suis souvenu que ce blog est ouvert depuis des lustres et toujours vide. Alors je me suis dit : quitte à raconter une journée dérangeante et pathétique, autant le faire sur Internet.

Voila le contexte : je me lève à 6h pour aller au lycée avec en poche des invitations pour Imagina ou je suis supposé retrouver Mademoiselle G. et un certain John sur le coup de 16h, pour une soirée de débauche et (surtout) de 3D Procedural Real Time Surface Blend Shaping. J’ai un devoir d’histoire-géo, un gros truc du genre BAC blanc prévu de 14h à 16h.

Donc, je me lève. Je me traîne misérablement jusqu’à la salle de bains pour constater que l’autodestruction cutanée s’est poursuivie pendant la nuit. Je me pèse -72 kilos, tolérable- je prends ma douche, j’avale mon petit déjeuner, je tente de renoncer à la masturbation, j’échoue, je fume une clope, j’échoue une deuxième fois parce que c’est rock’n roll, je descend la montagne, j’achète des clopes, je me gare devant le lycée. Jusqu’ici, tout va bien. Et même mieux : j’ai l’esprit tourné vers la soirée qui risque d’être au moins sympa et surtout vers ce week-end. Let’s go. Je fais mon entrée dans le petit monde fascinant de l’éducation. Et c’est là que ça commence.

Chez moi, le premier indice d’une journée bizarre, c’est la paranoïa : j’ai l’impression que tout le monde me regarde en y allant de son petit commentaire désobligeant vite suivi d’un rire narquois. Sans prêter attention à ce mauvais présage, je continue ma route jusqu’à la salle ou une jeune enseignante pleine d’enthousiasme n’attend que moi pour commencer son cours. Cours pendant lequel mon anxiété commence à augmenter sans raison particulière. Le cours suivant est annulé et j’en profite pour aller, après une lutte rhétorique que je qualifierai d’épique avec la concierge, fumer une clope devant l’établissement.

Le show commence. Mon téléphone me sort son plus beau diling-diling. Un SMS de Mademoiselle ! Je lis : malaise au boulot, rentrée chez elle, viens pas ce soir. Merde. Les deux heures suivantes me verront exclure progressivement les voix de la prof de philosophie et de ma voisine de table (« ohlala tu a écris HYMEN en gros sur ton cours c’est rigolo ») pour les remplacer par une panique –le stade de l’angoisse est donc dépassé- grandissante :

Qu’est ce qu’elle a eu ?

Est-ce qu’elle va bien ?

Puis viennent les scénarios :

Tout le monde me ment.

Il se passe des choses terribles derrière mon dos.

Tout y passe : chaque personne que je connais, chaque chose qu’on m’a dite a un rôle à jouer dans une histoire de complot machiavélique dont je suis la victime : ma psy ne rigolait pas quand elle parlait de problème d’ego…

C’est là que j’ai commencé à avoir besoin de lui parler, d’une part pour qu’elle me rassure sur sa santé, et d’autre part, si elle me rassurait, pour qu’elle me fasse son truc avec les yeux qui calmerait un gorille en rut. Mais plus de réponse. A l’heure actuelle, elle est peut être morte, ou entrain de dormir, ou de prendre part à un complot machiavélique dont je suis la victime.

Reprenons. Après le long cours de philo, c’est la pause repas et j’envoie mon insupportable voisine chercher de quoi me nourrir à la cantine pendant que je sors fumer des clopes… Et une fois dehors, c’est la débandade dans mon pauvre encéphale : je tremble (fréquent ces jours ci), je ne comprend plus ce que les gens disent, je tente un voyage astral (échec), je marche autour du lycée pendant une heure en essayant de laisser David Bowie me consoler, j’ai l’impression que mes yeux essayent de s’arracher eux même de mes orbites, enfin, l’intégrale du registre pétage de plomb tendance post-nucléaire. Et sans trop comprendre comment, me voila téléporté devant la salle ou l’enseignante pleine d’enthousiasme suscitée va examiner mes connaissances en matière de mondialisation, guerre froide et autres délices.

Le devoir se déroule comme suit :

-Lecture du sujet

-Prise de conscience (j’aurai du réviser la décolonisation)

-Réponse aux questions

-Repas (bout de pain, 3 fake pepitos)

-Rédaction de la synthèse (enfin, il me semble, je ne sais plus vraiment ce que j’ai écrit mais il me semble que ça ressemblait à tout sauf à une synthèse)

-Crise de panique (il y a une carte à faire sur le thème de la mondialisation, et nom de dieu je n’arrive pas a reconnaître plus de 4 pays sur le fond de carte)

-Broyage de fond de carte (ou comment sacrifier 10 points sur l’autel de l’incompétence snob)

-Evasion et suicide scolaire (« Essayez au moins de faire votre carte avant de partir ! » « nan j’suis foutu de toute façon » « pfff »)

Il est 17h et je suis une fois de plus devant le lycée à fumer des clopes. Cette fois, je sens mes bras faire des grands gestes sans leur avoir rien demander. Mr E. passe en évitant de me regarder, sa blonde essaie de me taper une clope et je l’envoie chier avec grand plaisir. On me demande si je vais bien d’un air inquiet. « Oui », que je réponds. « J’ai juste froid ».

J’ai passé une demi heure assis sur le scooter de ma sœur à regarder mon téléphone en espérant qu’il sonne, puis une heure au café à faire exactement la même chose. Oui, il a sonné une fois : c’était John, qui m’attendait. J’ai vaguement tenté de lui expliquer que j’étais entrain de franchir la frontière entre « doux dingue » et « schizophrène paranoïaque » (n’est ce pas ?), mais il n’a pas eu l’air de comprendre.

C’est là que le dernier garde-fou a lâché. Je comprend ce qu’on ressent quand on est dingue : une sorte d’inconfort mental permanent, une incapacité à se rattacher complètement au monde. Les deux types sur la table d’a côté parlaient en russe, ou du moins j’en avais l’impression. J’ai demandé des allumettes à la serveuse en me disant qu’elle allait me les lancer depuis l’autre côté du bar –un truc qu’elle ne fait jamais- et elle l’a fait. Alors, tout content de mon nouveau super pouvoir, j’ai allumé une clope de plus, attrapé le stylo du Rapido (notez qu’un stylo donne l’impression d’être une arme d’autodéfense efficace quand on se sent menacé par la mafia russe, ça peut toujours servir) et je me suis laissé allé.

Voila le résultat :

Sur la boîte d’allumettes :

« 17 mars 17 avril

Calendrier. Grégorien ?

GONACHa les

662113_ fruits

HELP. La pomme

10 fevrier L’arbre

russe.russie? »

Sur une grille de Rapido :

« AU SECOURS LE MONDE A L’AIR ETRANGER ET HOSTILE JE CROIS QUE JE DEVIENS FOU SORTEZ MOI DE LA MERDE MON ESPRIT CONSTRUIT DES CHATEAUX DE CARTE AU MILIEUX DE L’OCEAN ET C’EST UNE PUTAIN DE TEMPETE JE NE SAIS PLUS JE NE SAIS PAS COMBIEN DE TEMPS JE VAIS ENCORE TENIR OU ALORS C’EST UNE VISION DE L’ESPRIT QUI EST LA SALUT JP ETEIGNEZ MOI CETTE RADIO GA-GA OU EST TU EST-CE QUE C’EST BIEN VRAI JE NE CROIS PLUS JE CROIS QUE JE DOIS PEUT ETRE MOURIR CA N’A PLUS DE SENS TOUT CA QUI EST LE PRINCE DE QUELLE COULEUR EST SA COURONNE BOUTEILLE A LA MER 662113 AU SECOURS MAMAN EST-CE QUE JE TE HAIS QUI EST SUR L’ECHELLE MERDE DITES MOI QUE JE REVE QUE TOUT CA N’EST PAS VRAI EST CE QUE JE TREMBLE ENCORE C’EST UN CODE POINT D’INTEROGATION ON ME REGARDE OU PAS EST CE QU’ON ME VOIT EST-CE QUE JE SUIS LA HE MEC QUI EST-CE CON DE ZOG ZOG OU PAS JE SAIS PAS MOI QUOI LOL HAHAHA BORDEL SI C’EN ETAIT CA SERAIT DE LA BONNE APELLE MOI S’IL TE PLAIT TE PLAIT TE PLAIT LALALA LES ECHELLES ROUGE POT(S) DE PEINTURE(S ?) OU OU OU OU EST MICHEL-CHELLE SHIITE LE HESBOLLAH POIL AU DOIGT JE TRICHE QUI VA OU QUI FAIT QUOI SUIS-JE IRRECUPERABLE OU AIS JE ENTENDU CA OUI JE SAIS MOI, IRRECUPERABLE ( ?) ENCORE TOIBAH DIS DONC PORTUNIC PRISOTIQUE PSYCHIQUE DEMONIAQUE LA TOMBE DE L’ARCHIPRETRE MELOPEE MA BITE EST EN FEU ARDENTE COUPEZ MOI TOUT CA VIEILLE FILLEVIEILLE ROUMAINE BONJOUR BONJOUR ON SE CASSE NUMERO CASINO BRAQUAGE BLACK JACK NE M’ARRETEZ PAS OU PAS OU CI C’EST CHAUD C’EST DE LA BRAISE AU GOUT DE CHARBON CES CENDRES SONT SI BELLE ET TOI CA VA COUPEZ MOI CA OUI ENCORE J’AI SI MAL CA BRULE LE FEU C’EST LE FEU C’EST LE FEU ALOCHA OU K. »

Sur une autre grille de Rapido (à ce moment là j’avais une trique d’enfer) :

« J’ai envie – besoin?- de dévorer ta chair et que tu gémisse de plaisir. Je veux que les fenêtres, toutes les fenêtres de cette ville là bas dans ce pays lointain s’éclairent pour toi. Que le ciment et l’acier s’allument. Je veux être une bête et toi tu seras, je ne sais pas, tout ce que tu veux… Les possibles sont trop finis, sois un champignon atomique si tu veux. Oui, c’est ça, fuse, explose, répand toi et crie aux étoiles que tu n’es pas encore morte, et que tu aimes ça. Que tes yeux verts s’emplissent de tout le vice, de toute l’innocente lubricité des fils de Manhattan. Alors, je deviendrai le roi de la jungle, toi L’URSS et le reste sera soufflé avec une puissance qui fera trembler les cieux. Peut être les hommes ne sont ils que des sexes ignorants. Et si c’était ça, la dernière épiphanie ? Si c’était ce que le messie, blanc comme la neige ou le sperme, allait nous éructer ? Je veux qu’on se mélange jusqu’à se confondre – Tiens c’est à toi ce pied ? Quel pied – je veux de la sueur.

Un truc sale mais divin.

Mais non, pas ma famille.

Ca, c’est dégueulasse.

Le monde est fait d’atomes et d’érectrons.

ANTIOCH(E).

Et au verso :

« Je pourrai te… Pardon, prendre tous les ascenseurs d’ici à Phnom Penh, dans tous les sens, appuyer sur tous les boutons, aller et venir de haut en bas et d’avant en arrière. Et puis aller encore et putain, venir encore, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de courant, jusqu’à ce que les portes soient trop fatiguées pour glisser et me laisser entrer.

Appuyer, entrer et se faire avaler par ces machines à monter. Ding ! »

Puis j’ai réfléchi au suicide. Puis je suis rentré.

Je ne suis même pas triste, j’ai juste un peu peur de l’avenir, après tout, on est au dernier siècle. Mais tout va bien, puisque je sais que Mademoiselle G. et Monsieur F. sont avec moi.