Je suis allé à une manifestation il y a quelques jours. Pas par conviction -ma situation métaphysique me confinant à l'apolitisme- mais pour rejoindre un pote qui s'y rendait lui même pour s'attirer les faveurs d'une syndicaliste bien gaulée. Mes années lycée m'ont certes amené à battre quelquefois le pavé en scandant des slogans qui devaient se révéler, quelques années plus tard, sélectionnés par l'UMP, mais je ne m'étais encore jamais retrouvé dans une manif d'ampleur, c'est-à-dire parisienne.
Passons sur le cortège : on l'a suivi de loin pour acheter de la bière. D'assez loin pour voir des grappes de petit-bourgeois se désolidariser et aller échanger leurs idées contre un Big Mac au McDO du coin. Le plus intéressant, c'était sans contexte le final place de la Nation. Un petit sound system, quelques djembés, beaucoup de bière, et voila les "français en colère", comme ils le criaient un peu plus tôt, qui dansent et font mine de s'enculer sur les abribus.
Il y avait deux types de merguez en vente, et la merguez est un excellent indicateur de l'état d'esprit d'un attroupement. La première, c'était la néolibérale : un type avait ramené son camion-snack au coeur du tumulte pour la vendre 5 euros, et il avait de la clientèle. L'autre, c'était la merguez CGT, homologuée lutte sociale et guérilla urbaine. 4 euros 50. Eh oui, quand même. Les syndicalistes bardés de stickers ne se dégonflaient même pas en annonçant le prix.
Puis les CRS ont encerclé la place et commencé à charger, et c'est là que le vide moral de la situation s'est montré le plus frappant. D'un côté, des types en uniforme et armure lourde qui avancent avec l'air fier comme s'ils jouaient leurs vies. De l'autre, une foule hétéroclite de poivrots, étudiants en pleine chasse au moulin, puceaux encasqués portant foulards et quincas chevelus qui balancaient des canettes de bière sur ceux d'en face en les traitant d'enculés. Entre les matraques et les canettes, impossible de déterminer qui, dans cet ouragan de connerie,était du bon côté.
Les CRS avaient l'excuse de faire leur boulot, mais ça n'excuse rien. Côté militant, je n'ai pas entendu la moindre conviction mais en revanche :
-Un type venu faire des photos conceptuelles de pieds
-Un autre type brailler qu'il avait six gosses et qu'il aimait pas les enculés
-Une fille venue pour l'ambiance
-Un papa raconter à une fille de la moitié de son age que certains ont du fric et d'autres pas et que c'est vraiment pas juste en espérant la serrer avec ça
-Un touriste largué demander ce qui se passait.
Et puis il y avait les journalistes qui ajouteraient un peu de mayonnaise de droite ou de gauche pour parfumer ce n'importe-quoi. Et nous, les badauds, et nombre et assoiffés d'action et j'ai honte d'avoir été de ceux là. Une fois la fête finie, tout le monde est parti avaler un en-cas trop cher à l'arrière-goût de lacrymo et voila, le progrès social en marche.
mardi 24 mars 2009
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