lundi 2 février 2009

J'aime pas l'Hiver

C’est encore l’hiver. Pourquoi faut-il que toutes les années aient leur hiver ? L’air est glacial, le ciel grisâtre crache son mépris pour l’espèce humaine sous forme de crachin. Ils sont loin, les orages tièdes et les jours de plomb. Cette saison est dégueulasse. Je la hais, du peu de cœur qu’il me reste. Les plages sont désertes, les fumeurs attrapent la crève à mesure que leurs paquets se vident, depuis que la loi est passée. C’est le temps de la dépression.
La tradition tente tant bien que mal de compenser cette vacherie de la nature, mais force est de constater que c’est un échec cuisant. Noël en famille ? Des cadeaux débiles qu’on s’offre en caressant un abcès qui gonfle d’année en année. Super. Le jour de l’an ? Une gueule de bois de plus, pour se rappeler qu’on a un an de moins à vivre et que les théoriciens de l’apocalypse se sont encore plantés. Super.
Ayons une pensée pour la cigale. Elle chante tout l’été et nous emplit de joie. Qu’est-ce qu’elle fait en hiver, la cigale ? Elle crève lamentablement pour laisser place à la fourmi, ce parasite disgracieux et envahissant dont le mode de vie glorifie l’aliénation par le travail. Les cadavres de SDF s’entassent pendant que les écoliers naïfs apprennent la fable. Et que les plus riches s’offrent des vacances au ski pour se péter les jambes dans la joie et la bonne humeur.
C’est la saison des comptes, en fait. Les vieux qui ne sont plus assez solides meurent. Les jeunes qui n’ont pas encore d’appartement cette année se réunissent dehors et écourtent leurs soirées parce qu’il fait trop froid. On rachète les agendas et les calendriers. On profite des soldes si on en a les moyens.
Et il-y-a la neige. J’aime la neige, profondément. J’aime la voir tomber : rien n’est plus doux et silencieux. J’aime cette impression que le monde entier pâlit. Quelques centimètres et tout est beau, simplifié, tranquille. J’aime son craquement sous le pied ; et j’aime aller marcher là où personne n’a laissé d’empreinte. Tout se fige : les voitures restent garées, les rues se vident, le vent n’agite plus les branches alourdies. Ca serait presque un point pour l’hiver. Mais voila, chaque année c’est la même chose : la neige, c’est aussi froid et dangereux que beau, un peu comme la femme idéale qui finit par être fatale. Et il faut, à nouveau, l e constater.
Cette fois, je suis allé marcher un peu dans la montagne en face. Elle était magnifique, la forêt. Un centimètre de neige partout. Puis deux. Trois. Quatre. Et ainsi de suite, et finalement de la neige jusqu’aux genoux. Jusque dans le trou de mon jean. Au bout d’une heure et demie, le chemin était impossible à distinguer, alors je me suis perdu. Et me voila entrain d’escalader à pic, comme un steak essayant d’échapper à la congélation. Plus j’approchais de la cime, plus il y avait de neige et plus la paroi était raide. J’étais progressivement passé de la promenade du dimanche au parcours du combattant et finalement à une situation où ma survie n’était plus acquise. Avec cette petite voix entêtante dans le fond du crâne : « glisse et tu crève, glisse et tu crève, glisse et tu crève… ».
Arrivé au sommet, j’ai pu m’apercevoir que c’était le mauvais sommet, c'est-à-dire celui aucun chemin ne mène. De petites empreintes dans la neige m’indiquaient que seul un lapin avait été jusque là assez con pour venir faire l’équilibriste en longeant une cime d’un mètre de large de roche friable et couverte d’eau gelée. La vue était splendide.
L’hiver, c’est aussi la saison où je me souviens que bien que je l’aime plus que tout, la neige essaiera toujours de me tuer.
J’aime pas l‘hiver.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Merci sam pour cet écrit, il m'a valu un fou rire... (c'est mieux qu'une complainte de suicidaire d'ailleurs)

Flora.

Jerry a dit…

Je trouve que tu tournes en rond...

Anonyme a dit…

Je trouve aussi que je tournes en rond, d'où le standby.