Ce matin, j'ai décidé que c'était une journée à porter mon T-Shirt Sex Pistols. Entendons nous bien : ce n'est pas juste un t-shirt. C'est un manifeste, et un terreau fertile pour les conversation. Quand je le porte, il-y-a toujours un quadra/quincagénaire pour me raconter ses souvenirs de concerts tous pleins d'émotion; une fois, un bouquiniste tout content de voir ses idoles perdurer m'a même agité la première édition vinyle de Never Mind The Bollocks sous les yeux. Mais voila, il-y-a des jours, et il faut les sentir. Et aujourd'hui, c'en était un.
A peine vêtu, je sortais de la résidence et commençais à défaire la chaîne de mon fidèle scooter. Ça n'a pas loupé : une grosse voix derrière moi qui lance : "Sex Pistols, hein ? C'est pas ta génération ça !"
- On n'a pas vraiment de nouvelles idoles, alors autant se rabattre sur les anciennes, pas vrai ? Moi j'suis plutôt 60's - 70's, les Stones, Motörhead, les Ramones...
Et la conversation était lancée. Le costaud derrière la grille du restau U a été roadie pour les Stray Cats et Social Distortion. Il était tout surpris d'apprendre que, justement, je suis un grand fan de Social Distortion parce-que "c'est pas très connu en France". Belle façon de commencer la journée, ça : échanger. Mais bon, il fallait que j'aille essayer de comprendre quelque chose à l'organisation de la fac de lettres, alors j'ai décollé.
Après avoir fait ce que j'avais à faire sur le campus - et un peu plus - je me suis mis à avoir One Vision de Queen dans la tête. En particulier les derniers mots :
"Gimme gimme gimme
FRIED CHICKEN !"
C'était fait, il était trop tard pour revenir en arrière : je devais aller manger à KFC. J'ai donc pris mon scooter pour rejoindre l'enseigne rouge et blanche où figure le visage paternel du colonel Sanders, ce visage moustachu et orwellien qui ne s'appelle colonel Sanders qu'en France. Je montais donc à nouveau sur mon scooter. Arrivé au premier feu rouge, ça recommence : "sympa ton t-shirt !" - je tourne la tête : c'est un type aux airs de toxico rangé sur un scooter oldschool façon vespa.
- Merci, je lui répond faute d'inspiration
- Tu connais les Bérus ?
-Ouais...
- Ah les Pistols, c'est toute ma jeunesse ça !
- Pourquoi, t'as arrêté d'être jeune ?
Il hésite, puis répond sans conviction :
- J'ai trente-trois ans...
- Ah.
Petit silence, puis mon camarade de circulation reprend :
- J'étais punk avant, j'avais même un groupe sur Nice, on s'appelait Merde in France, dans le genre Bérus...
- J'aime bien le nom !
Ça, c'était sincère. Puis le rouge du feu devient vert, alors on se dit au revoir et chacun retourne à sa vie. Pour moi, la prochaine étape, c'est poulet frit.
vendredi 11 septembre 2009
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2 commentaires:
Et oui te revoilà, alors moi aussi avec...
Je n'épiloguerai pas sur la musique passée, je ne peux prétendre m'y connaître assez, avoir entendu le nom de Cid Vicious, savoir que Mercury est mort du Sida et que Scorpion avait une calvitie, ce n'est pas s'y connaître, c'est étaler le peu de culture que l'on a comme la confiture d'un pot vide (mais on en a plus en réserve alors on gratte même la pellicule caoutchouteuse collée sur les bords).
J'aime la fin, la non-chute juste la séparation de deux vies qui se sont croisées le temps d'un instant, le temps d'un échange. Peut-être que ce vieux punk a replongé: peut-être qu'au lieu d'aller tout droit sa vespa l'a fait tourner à gauche, vers son passé, l'a poussé encore une fois ou une dernière fois à aller voir le guitariste de feu son groupe, ou encore à rappeler le batteur, à rendre visite au chanteur en centre de désintox ou au dernier étage d'un HLM avec femme et enfants. Ou bien il s'est rendu compte qu'il ne retrouvera plus sa jeunesse, que les Pistols c'est finit, ce n'est plus qu'un vieux CD trop écouté et rayé, qu'il ne retrouvera jamais ce temps qu'il a même du mal à s'en souvenir vraiment, alors à quoi bon ? Une jeunesse passée, un présent absent, un futur inenvisageable? Il fonce dans le mur avec sa vespa.
Dommage, j'aime bien les vespa.
Et toi ? Comment vas-tu ? Quelle peau neuve! Quel plume rafraichissante! Que t'est-il arrivé? Ne perds pas ton cynisme, ne deviens pas un étudiant en lettre que l'on renifle à cent mètres et qui empeste le nouveau roman et la dissert de langue. Pitié, même en aimant les stéréotypes tu es trop décalé pour en devenir un, pour sécher les cours parce que tu avais la flemme de te décoller de ta flaque de vomi ou de ce tas de chair à peine identifiable comme ce qui pourrait être une fille. Allons un peu de sérieux.
J'ai fais un tour au lycée la semaine dernière, ma rentrée n'est que dans une semaine, Bonargent et Legevel ne sont plus là, le premier est à Nice, la seconde (le second?) à Versaille. Peu de profs sont encore là. Indorato est revenu.
Le lycée est fermé à cause de la grippe. Amusant. Les petits élèves sont privés de cours pour ne pas qu'ils soient tous contaminer, ils vont se fréquenter dehors et polluer tous les petits vieux. Menton va avoir un boum des décès cette année, chouette.
Il est 03:59.
Ma cigarette commence à chauffer mes doigts et la fumée à masquer l'écran. Une dernière bouffée d'oxygène nicotiné et je clos ce médiocre commentaire.
En fait si j'écris ces inepties, c'est juste pour te rappeler que quelqu'un lit tes divagations
J'écrase la clope. J'envoie le commentaire. Je ferme la fenêtre. Je rallume une cigarette.
Amen.
Ah, Zephyre, je suis content de te retrouver ! Enfin presque. Ca m'irrite un peu de na pas réussir à coller un visage sur tes commentaires si joliment verbeux, d'une part. Et de l'autre, tu vas finir par me mettre mal à l'aise à force d'écrire plus et mieux que moi, c'est à en pâlir presque, et pas à cause de la gueule de bois. Enfin c'est toujours mieux que de se sentir seul, pas vrai ?
Bon, quelques heures les séparent mais on les aura fumées ensemble, nos cigarettes. J'en rallumerai bien une derrière mais il faut que j'en fabrique une autre avec ma rouleuse à tubes et j'ai la flemme, alors je vais laisser passer cinq minutes. Je suis vraiment content de savoir qu'Indorato est de retour, j'étais passé aussi au lycée il y a quelques mois, spécialement pour le remercier... Mais aucune trace de ses yeux en lames de rasoir. ça a fini en conversation avec Thobie, une conversation où je lui disais que je voulais m'engager dans la marine (sans mentir) et où elle me répondait que ça ne l'étonnait pas. Je me suis toujours demandé comment l'étonner, cette femme, j'ai expérimenté plusieurs approches mais ça n'a rien donné. Un jour, peut-être. Bonnargent et et Leguevel, c'est pas moi qui vais les pleurer. Le premier était tout boursouflé de suffisance et la seconde de quelque chose d'odorant qui empêchait les idées neuves de rentrer. Pouah.
Pour répondre à ton "ça va ?"... J'ai l'impression que oui. C'est complètement nouveau pour moi et un peu terrifiant à vrai dire. J'ai l'impression d'avoir saisi une chose ou deux, comment dire... La bouffe est toujours dégueulasse, tout le monde s'acharne encore à sauter de ce pont métaphorique avec le sentiment profond d'être sur la bonne voie parce-que c'est ce qu'on apprend quand on regarde trop la télé , je suis fauché comme les blés, et pire, parce-que personne ne veut faire de pain avec mes grains. Mais. Ça va. C'est comme si tout ce merdier avait trouvé, faute de sens, une dynamique sensible pendant que moi j'aurais trouvé le moyen d'en profiter un peu. On verra.
Oh, et ne t'inquiète pas de me voir couler dans le monde, je suis trop entêté à me venger des petites humiliations à peine méritées du quotidien pour ramollir assez. Les cours j'y arrive toujours une demi-heure en avance, la gueule couverte de gerbe et la bite encyprinée s'il le faut : pas le temps de payer les conséquences quand on veut aller jusqu'au bout.
Et toi, ça va ? Qu'est-ce que tu fais en ce moment ?
Qui sait, peut-être qu'on finira par se croiser dans les rues de Nice, je te dirais "ooooh salut", et tu me diras "salut !", et puis on se demandera ce qu'on devient et je te proposerai d'aller boire un coup ; et tu me diras que ça serait avec plaisir mais que tu as des courses à faire, alors j'insisterai un peu en te proposant d'aller boire un coup un peu plus tard sinon, et tu me diras que non merci, que tu doit rentrer tôt chez toi ou une de ces excuses qu'on sortirai de l'enfer s'il le fallait à condition que ça évite une conversation embarrassante à base de "qu'est-ce que tu deviens ?" et de silences prolongés avec une vague connaissance du lycée de toute évidence débordant de libido; alors on se dira "salut, à la prochaine" et je n'aurai pas eu la moindre idée de ton autre nom, Zephyre, celui d'Internet. Putain, elle était longue cette phrase.
En tout cas, j'espère que tu échappera à l'apocalypse virale. Les autres, qu'ils crèvent ces batards, ça serait tellement juste que la grippe du porc les emporte, tellement que j'en pleurerai devant la fosse commune. De joie, s'entend. Mais toi, respire encore un peu, s'il te plaît;j'aime bien le destin que tu lui a fait à ce fantôme de punk, et puis merci d'être là.
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