mercredi 27 août 2008

Les aventures vaguement eschatologiques de Sam mac Sam au pays des cinglés

Metro-boulot-dodo. Les études. la perspective d'une autre vie, d'une vie meilleure, d'une bonne vie. Tracer des plans, les suivre, les changer. Les potes qui vivent, qui s'aiment, qui crèvent. Valenciennes, Sainte-Agnès, Rueil, Agenteuil, la putain de Paris. J'ai la tête pleine de visions déconnectées, la tête entre les mains à l'orée du voyage. J'ai besoin d'y voir plus clair.

Je dois voyager à l'intérieur du rocher. Au coeur du silence et de la peur primitive de l'obscurité. Je partirai demain soir : après le repas pour ma mère, le dernier avant son opération. Je rassemble du matériel pour cette expédition. Mon père l'a prêté deux lampes. La première est une toute petite Maglite qu'il a achetée il y a longtemps. Je crois que c'est sa lampe fétiche, il ne me l'a prêtée qu'à de rares occasions, et toujours contre la grantie essentielle de ne pas la perdre ou la casser. L'autres est à peine plus grosse. C'est une imitation de Maglite qu'il tient de Roger, l'ami décédé avec lequel il jouait souvent aux échecs dans son bateau du port de Monaco. roger était, à mon souvenir, spéculateur. Pour allumer ou éteindre cette lampe, il faut tourner une pièce de plastique à peine fixée que j'ai pour consigne de ne perdre sous aucun prétexte.

Le fort est un dédale dans le village dont peu connaissent l'étendue. Etages, volées de marches, tunnels de béton parfois à meme la roche à ce qu'on dit, et des ouvertures sur tous les bords de la montagne. C'est un de ces fantômes de la "grande guerre", le reliquat grotesque d'une époque révolue, son époque même, qui n'avait pas plus d'usage pour lui que la nôtre. J'espère obtenir de son gardien la clé du colosse endormi.

Mes plans sont perturbés par l'anniversaire de John, demain soir, le soir du départ. Cruel dilemne que celui qui veut nous voir rester à quai.

Pas de fort, les lampes ne serviront à rien ce soir. Je suis un peu largué... Je me retrouve sur la plage après avoir descendu une montagne en courant dans une tentative respectable -mais désespérée- d'arriver à l'heure chez ma psy. Et me voila sur la plage, sans la moindre idée de ce que je fous là, devant une horde de filles en maillots de bain, de gosses a poil, de gros anglais en congé. Je suis tellement dépité par mon inaptitude à extraire le moindre sens du réel que je vais partir en quête de science-po. D'après John, qui a lui-même l'air bien attaqué, je devrais trouver cette école du diable dans un ancien hopital psychaitrique rouge couronné d'une horloge, à la sortie d'un tunnel.

La prochaine étape de ce périple absurde ne pouvait être que le bar du cap : mieux vaut boire beaucoup de café quand on affronte ses démons. Le bar du cap, c'était le café par défaut dans une autre vie. La dernière étape avant l'ascension de la vieille ville jusqu'au cimetière à son sommet, le pivot entre Sainte-Agnès et l'ensemle des milieux plus ou moins urbains qui pourrissent sur le littoral.

(Nom de Dieu. Je viens de recevoir un SMS d'Océane qui a l'air persuadée que je suis ce putains de diable. MAIS QU'EST-CE QUI SE PASSE ?!)

Je vais aller acheter de la glace pilée a un de ces marchands louches de la rue piétonne.

le vendeur de granitas (une grande, à la pastèque) m'a indiqué plus précisément le chemin. Il fallait traverser la rue longue pour arriver à un recoin de la ville où je n'avais jamais mis les pieds. La rue longue ressemblait au fameux tunnel qui mène à la lumière blanche, à ceci prêt qu'un abruti quelconque a décidé de la faire repaver. Je suis passé au chant du marteau-piqueur devant le cabinet du docteur Grinstein qui a perdu de sa superbe sans les blocs de pierre inégaux qui jalonnaient le sol il-y-a encore un an. J'ai même croisé le père Vion, qui travaillait au chantier. Finalement, je suis face au bâtiment que je cherchais.
L'odeur infecte des moules que les touristes mangeaient au bat du cap me traverse les nerfs en un instant.

L'édifice qu'on m'avait indiqué est assez imposant pour qu'on lui prête le prestige de Science-po. Mais après en avoir fait le tour -comme me l'avait indiqué une sympathique mentonnaise- je n'y ai trouvé qu'une "école d'aide soignant(e)". Un coup de fil à John pour qu'il vérifie l'adresse sur le site de l'école, une recherche sur Google Maps. c'est dans l'autre sens, aux terres-chaudes, juste à côté de la gigantestque maison de (feu?) madame Mallo, qui m'apprenait le piano (et bien d'autres choses sans même le savoir) il y a de cela quelques siècles. En route, alors. Loin de ce miroir aux alouettes.

Il semblerait que ces journées-là, tout me conduise fatalement vers la basilique Saint-Michel. De ce saint je ne sais qu'une chose : sa pose triomphale et tranquille sur le corps du Dragon que transperce sa lance. J'avais du la reproduire avec de petits bouts de tissus à l'école maternelle. La basilique, c'est autre chose. Il faut pour l'atteindre monter de fatiguants escaliers face à la plage qui donnent une irresistible impression d'élévation spirituelle. Le fait de pouvoir compter les baigneurs en short une fois au sommet n'y est pas pour rien. Cela dit, me trouver sur un banc dans cette maison de Dieu me fait prendre conscience de ma rupture avec lui. La dernière fois que je suis venu, je pleurais de n'avoir pas la foi. Aujourd'hui, même les hautes colonnes ne conduisent plus mes rêveries jusqu'au ciel. Peut-être les touristes sont-ils trop bruyants, peut-être y-a-t-il trop d'ornements dorés sur les vieux murs. Je dois partir, quoi qu'il en soit.

Une vieille dame peste avec l'accent en secouant le poing : "Boire et fumer, boire et fumer ! Vous pourrez travailler toute votre vie, vous n'aurez jamais assez d'argent... Boire et fumer !"
elle part par cette sale petite ruelle qui me rappelle comme j'ai pu être amoureux.

Je suis devant les grilles. Sciences-po, c'est une boîte aux lettres : les locaux de l''Université de Sophia-Antipolis, Institut Universitaire de Technologie, Nice côte d'azur, département Statistiques Traitement Informatique de Données" sont devant moi avec une pancarte qui indique leur fermeture. Les renseignements n'ont pas de numéro à me donner pour Sciences-po. On dirait que la grille, n'est pas l'entrée.

mercredi 20 août 2008

Fallout, fuck-it!

La porte fermée, la fenêtre ouverte sur un gouffre de névroses, face à cette sirène de Paris qui ne fait qu'une lampée de l'horizon; dans le ciel noir.

Retraite méditative; je prend un AK, bises.

lundi 4 août 2008

J'suis un nerveux

-Répète ce que tu m'a dit ?!"
-J'ai dit : passe une bonne journée.
Le mec me tire une droite. Son poing fracasse mes lunettes de soleil et moi, je tombe sur le dos. Sur mes coups de soleil. Comme je suis par terre, ses potes en profitent pour former un petit cercle chaleureux autour de moi et me mettre coup de pied sur coup de pied. J'essaye de trouver une répartie cinglante pour ajouter une touche d'humour à cette situation ridicule, mais rien ne vient alors je dis juste : "non mais je vous dépanne et vous me tabassez ? mais c'est quoi ces gens ?!" - ils n'ont pas étouffés par la culpabilité. coups de pied, coup de pied, coup de pied. Un type essaye de m'arracher mon portefeuille. "mais touche pas à mon portefeuille putain !". Coup de pied, coup de pied, coup de pied. D'autres types arrivent et essayent d'expliquer à ceux qui sont entrain de me tabasser que ça ne se fait pas vraiment, j'en profite pour me tirer : j'aurais bien cassé la gueule à tout le monde, mais je n'ai pas encore bu mon café.

Le taff, les potes, les familles, le métro, la banque, les tonnes de courrier à trier et le téléphone qui n'arrête pas de sonner. Dans la nébuleuse chaotique de mon quotidien surcaféiné, il y a une constante : la rage. Plus je vis, plus je vois que ces les sirènes dépravées du pacte social nous tirent pernicieusement vers le récif métro-boulot-dodo. Et après le naufrage, il n'y plus qu'à pleurer. Parce-qu'on croyait vivre sa passion et qu'on joue les pompes à sperme pour des entreprises dépersonnifiées qui nous laissent crever au moindre signe de fatigue. Parce qu'il n'y a pas d'ailleurs, pas de distance qu'elles ne peuvent parcourir pour nous retrouver. Allez, ne nous leurrons pas : concevoir sa vie comme une carrière c'est se jeter dans la gueule du loup. D'où la rage. Dormir peu, gérer peu mais ne jamais arrêter de chercher à vivre pleinement sans se faire attraper ni finir le nez dans le caniveau.

Finalement, quelques coups de pied dans un petit passage souterrain ne pèsent rien dans balance. Ca me fait un souvenir marrant à exploiter dans ma non-carrière de zonard ambitieux. Ca élargit ma confortable bulle de cynisme. Ca alimente la rage.