lundi 16 juillet 2007

Vietnamese Homerun

Je suis né seul, arraché à la paix utérine dans un flot bouillonnant de sécrétions maternelles. Rien n’a changé depuis, même si la petite chose potelée d’alors occupe un peu plus d’espace : l’existence est solitaire, on ne partage rien. Le souffle du vent ou le goût du café, on les apprécie au mieux en parallèle : chacun son monde. Et le mien m’a ouvert les yeux : si j’ai la tête dans les nuages, c’est parce qu’on m’y a envoyé à coups de batte. Je sais comment on fonctionne, parce qu’après avoir été brisé par ce bon vieux hasard, j’ai du apprendre à me reconstruire. Alors je n’ai pas de remords à me lancer dans la quête d’un bonheur qui ne sera qu’à moi.

Je suis prêt à tuer s’il le faut pour garder mes amis, comme celle qui cet après-midi a réussi à tuer ma paranoïa à grands coups d’honnêteté. Je suis prêt à tuer s’il le faut pour qu’ils se sentent bien dans leurs pompes. Je suis prêt à tuer s’il le faut pour le salut de la confiance. Mais la vie reste une guerre, et on ne peut la mener que pour soi. On se bat pour avoir sa place au soleil contre six milliard d’innocents. Homo homini lupus, en somme, et le Leviathan n’y a rien changé. Désolé, Hobbes, ca n’est qu’une bête de plus lâchée dans la jungle et prête comme les autres à nous bouffer les genitals au moindre faux-pas.

La guerre, on connaît, pourtant : tout le monde se met sur la gueule pour ce qu’on ne peut pas couper en part égales, et ca se termine dans un énorme nuage en champignon. Celle la a un petit quelque chose de différent : la victoire, c’est la paix intérieure. Inutile d’atomiser le reste de l’espèce pour gagner. Il suffit d’être meilleur. Ensuite, on peut souffler et apprécier ce qu’il y a de meilleur au fond de chacun. Parce qu’il y a une bonté humaine, et c’est en son nom que je ne baisserai jamais les bras, parce que je l’aime et c’est tout.

Je veux juste être un étranger partouzeur, vaguement philosophe et profondément satisfait avant que le temps n’ai fait de moi une statue sans visage de plus, érodée par son souffle.

Et c’est dans la poche.

dimanche 15 juillet 2007

De la musique et des filles

Il y a une ambiance qui naît…

Tous ensemble au milieu du stade, on saute en hurlant, parce que Muse est vraiment entrain de déchirer. Tous ensemble on sent la chaleur et la sueur qui commence à couler dans nos cols. Tous ensemble, on est seuls et paisibles, et nos bras immenses peuvent caresser les murs au loin. On est une foule, on est un. Ouais, ce concert était énorme. De la fumée, des impros psychédéliques sur fond d’images hypnotiques et l’inévitable lâcher de ballon. C’était intense, jeudi soir.

Et il y a une ambiance qui meurt…

Le bal du 14 juillet de Sainte Agnès, c’est autre chose. On danse sur de la musette ou du Claude François, mais on connaît les abrutis qui font bouger leurs corps grassouillets. Et du coup, on les voit porter leurs visages heureux, parce que merde, c’est jour de fête. C’est juste la joie en famille au fond. Je me suis bien marré ce soir : quelques verres de Jet, quelques bières, quelques joints… j’ai passé trois heures à discuter avec une victime consentante de l’atmosphère rurale, trouvé ma sœur beaucoup trop perspicace, et eu une véritable conversation de poivrots (« ah ouais cette vodka c’est traître, une demi bouteille et ca m’a retourné ») avec une légende vivante de l’ivrognerie. Allez, je vous fais le tableau : j’entre dans une pièce minuscule d’où s’évacue un épais nuage de fumée. C’est une vision infernale ou une bande de teenagers enragés regardent Love Actually en rigolant, en baisant (enfin, je crois, il faisait sombre) ou en bavant. Mon pied entre en contact avec quelque chose de mou. Ah, c’est Bobo. Il me regarde. Il sourit. Il a les doits en V. Et comme je suis aussi éclaté que lui, ma première réaction est de me demander si c’est un putain de hippie. Puis j’engage la conversation. C’est comme ça que je me suis rendu compte que j’ai passé une bonne soirée aussi.

Voila, c’était juste histoire de violer une fois de plus la dépouille du bon vieux débat de l’exode rural. Et puisque je suis là et que j’ai envie d’être méchant, je recommande à tous les fans du Mechanical Animals de Marylin Manson qui y voient un album original et inspiré d’écouter Cracked Actor de Bowie sur Aladdin Sane. Je viens de faire l’expérience, et je me sens tellement trompé que j’en râle sur mon blog.

Ploum Ploum.

mercredi 11 juillet 2007

C'est la vie (said the old man)

Qu’est-ce que c’est, l’aventure ? J’ai toujours rêvé de parcourir les routes du vaste monde au hasard dans une grosse caisse américaine pour rencontrer des poivrots, des guerilleros, des artistes et des comptables. C’est mon idée de la réponse. Pourtant, aujourd’hui, j’ai retrouvé le sentiment qu’il y a dans ce Road Trip fantasmé et sans aller très loin. J’étais parti pour distribuer des C.V à la pelle dans ces temples du cynisme appliqué que sont les agences d’interim. Je me suis donc retrouvé à Monaco : ces choses là y poussent comme des champignons et puis surtout, là bas, le boulot paie bien. Puis sur le chemin du retour, je me suis perdu. C’est une ville microscopique, Monaco, mais je me suis perdu. J’allais reprendre la route de chez moi quand le destin s’est encore adressé à moi (il est plutôt bavard) : il FALLAIT que je passe par la Turbie, et que le trajet emmerdant et familier devienne une promenade en montagne. Complètement insensé, mais impératif. Arrivé à la Turbie, j’ai eu envie d’un café, alors je me suis laissé tombé sur une chaise du café-bar-tabac-glacier du village (qui fait aussi des sandwiches). Et c’est là que j’ai rencontré encore rencontré Sandrine.

OK, personne ne sait que j’ai rencontré Sandrine il y a un peu moins d’un an. Mais maintenant tout le monde le sait, hahah.

Bon, c’était une autre Sandrine. Pas trop embrouillés ? Je reprend.

Sandrine, donc, m’a aidé à choisir ce que j’allais boire. Puis elle m’a préparé le meilleur jambon-beurre que la terre ait connu (« avec le pain d’en face, le jambon d’â côté et le beurre d’un peu plus loin »), et elle me l’a préparé «au tarif intérieur, pas au prix pour les touristes. Une serveuse aussi gentille au cœur d’un moment pétillant de mystère méritait un pourboire plus que décent et une place de choix dans ma mémoire. Mais il me manquait 8 centimes pour payer. Elle aurait pu être au moins agacée de voir qu’en plus d’être complètement à la masse et indécis, je n’avais pas de quoi la payer. Mais non : elle a voulu laisser passer. Alors je lui ai promis de venir payer le demain sans qu’il soir question de la laisser regretter d’être une fille bien, elle m’a donné ses horaires et je suis parti en lui disant « à demain ». Quand je suis parti, elle m’avait offert un pain au chocolat pour mon petit déjeuner.

Je ne la reverrai probablement jamais après demain. Il faut que je lui offre un truc.

C’est un peu con-con, tout ça. Mais moi, avec une heure de route de montagne sur fond de Sweet Home Alabama et un drôle de sentiment, j’appelle ça l’aventure. Et je vous emmerde.

vendredi 6 juillet 2007

The End

L'année se termine pour moi là ou elle a commencé : sur le belvédère de Sainte-Agnès, par une nuit tranquille d'été. Avec la ville et la mer devant moi, sous les étoiles. Il y a bientôt douze mois j'étais donc au même endroit et au bord du gouffre. Celui qui n'a pas de fond et duquel on ne ressort pas. J'étais une épave, un drôle de truc qui commençait à rouiller. J'étais seul, sans voir ni d'avenir ni rien à désirer. J'étais prêt à renoncer à tous mes rêves, comme un pauvre truand. Et puis j'ai eu un moment de pure beauté qui a tout changé. J'ai envie de croire que c'était quelque chose comme la grâce divine : un souffle, une énergie paternelle m'a poussé à ne pas abandonner, m'a montré une voie que je devais suivre comme étant la seule qui soit bonne. Aujourd'hui sur ce banc je suis assez serein pour murmurer le mot ...bonheur. Plus d'idées noires ou alambiquées qui viennent tourbillonner dans ma pauvre tête, plus rien que la tendresse de l'instant. Ce moment ressemble à celui ou je souriais sous la pluie, ou à celui ou je buvais mon premier café : c'est un moment californien, un de ceux qui résonnent jusqu'à l'infini et ont le gout de larmes de joie. Convenus mais précieux.

J'ai eu mon BAC et l'admission dans "mon" école mardi. J'ai réussi, et c'est tout ce que je voulais pour cette année : me libérer d'un enfer vieux de 15 ans et peuplé de démons grotesques, réaliser un projet idéal. Mais j'ai aussi fait une expérience décisive, redécouvert le monde dehors, changé pour de vrai, retrouvé des connaissance et ... Rencontré quelqu'un que j'aime à ma façon et qui m'aime à ma façon. Je ne parle pas de romance ici. Je parle de quelque chose d'autre. Quelque chose de bon. J'ai juste envie d'être reconnaissant envers tout, envers tout le monde, et de plonger tête la première dans cet avenir enfin neuf. Merci, la vie. Merci, toi qui te reconnaitra.

Ca commence maintenant.