mercredi 27 juin 2007

1967

« If you're going to San Francisco,
be sure to wear some flowers in your hair...
If you're going to San Francisco,
Summertime will be a love-in there. »

La chanson culte de Scott McKenzie a un incroyable pouvoir de suggestion. A chaque fois que je l’entends, je vois les quinquas barbus que sont nos parents plus jeunes, moins bedonnants, et en route dans un van multicolore vers leur summer of love. Comme pas mal de mes pairs (les jeunes ingrats et matérialistes), je regrette n’avoir pas eu 20 ans à l’époque. Mais pas pour les raisons qu’on pourrait croire. D’accord, des centaines de milliers de chevelus à travers le monde se sont dit qu’ils pourraient faire la différence avec leurs idéaux de paix, d’amour et de liberté. D’accord, ils ont baisé comme des lapins. D’accord, ils sont allés au Tibet avec leur herbe et leurs guitares. Mais ce que l’Histoire nous a appris, c’est qu’ils avaient tout faux : le Flower Power est mort avec les premiers junkies qu’il a engendré, en ne laissant derrière que les perdants qui nous ont élevés, dans un monde qui n’a pas changé. Aujourd’hui, ils entretiennent ce qu’ils s’étaient voués à détruire : regardez les, dans leurs bureaux, entrain d’agiter leurs photos de Woodstock, de parler de leur temps, quand on pouvait encore rêver. Si leur combat est perdu, c’est parce-que ce n’était pas le bon. Et s’ils en sont si fiers, c’est pour puiser dans les yeux admiratifs de leur auditoire l’énergie de se mentir à eux même. De se dire qu’ils n’ont pas perdu leur temps.

Les imitateurs de ces jeunes d’autrefois mériteraient d’être battus à mort. Ils sont de la pire espèce de cons : les cons dangereux. Tous prêts à reproduire les erreurs de leurs ainés, comme des moutons à l’abattoir. Parlez leur d’idéaux, ils vous éructeront un résumé quasi-scolaire de toutes les idées démagos des sixties. Les plus lourds iront jusqu’à réciter du Marx. Ceux là ont choisi la facilité : à quoi bon penser par soi même, puisque d’autres ont déjà eu les idées qui plaisent aux pouffiasses ? Personne n’avance, comme ça. Ca joue les petits révolutionnaires pendant qu’il y a autour d’eux un vrai problème auquel ils n’ont plus le temps de travailler. Si ce sont les espèces de neo-hippies que je hais le plus, c’est parce qu’ils sont champions en termes d’arrogance déplacé. L’exemple le plus frappant en est probablement le T-shirt du Che, porté fièrement, qui veut dire « je supporte les révolutions antimondialistes et ceux qui ont le courage de se battre pour la liberté » mais murmure en fait « je suis en admiration devant l’homme qui a supervisé des exécutions politiques, mis en place des camps de travail forcé et contribué à menacer l’humanité dans son ensemble d’une apocalypse nucléaire ». Et n’oublions pas que leurs aînés avaient tous leur Petit Livre Rouge en poche. Mais si, vous savez, le best-seller d’un tyran responsable de plusieurs dizaines de millions de morts.

Vous voila avec sur les bras une partie des raisons pour lesquelles je conchie les petits rebelles qui sont tellement populaires, et ceux qui y verraient de la pure jalousie m’insulteraient en insinuant de la sorte que je puisse regretter la sympathie d’un ramassis d’ignorants sans âmes. Mais pas un mot sur ce qui m’attire dans l’âge d’or du Vinyle. Eh oui, mes hypothétiques mais néanmoins estimés lecteurs : il faudra attendre un prochain post pour en savoir plus. Je sais que vous crevez d’impatience.

[Message d’intérêt général : mieux vaut rester les bras croisés que les employer à un mauvais combat.]

mardi 26 juin 2007

La Vérité révélée

Une journée si riche en fun entre potes que je ne vous ferai pas l’affront de vous la raconter vient de s’achever. Laissons là la triste banalité du fait pour plonger tête la première dans l’abstraction et tout ce qu’elle peut avoir de tragicomique. Allez.

Je me suis en fait donné pour devoir d’avouer publiquement une tare : je suis un gothique. Pas de poster de The Cure, de bottes montantes ou de font de teint, non, mais un penchant notoire pour l’esthétique du blafard, du blanc sur fond noir et du maigrichon. J’aime les filles en pantalon serré, les courbes généreuses mais délicates à peine soulignées et puis les cheveux bruns, les meubles sobres, et puis j’aime Baudelaire. Un cliché. Merde, qui n’entend pas quand Baudelaire parle, qui n’est pas sensible à la pureté ses vers ? C’est du fait-pour-tout-le-monde, de l’art qui fait vibrer la corde commune. Vous comprenez maintenant, je crois, que ce qui fait à mes yeux de ce fait un aveu difficile, c’est la mégalomanie qui m’interdit de vouloir être commun. Dire « je suis un gothique », c’est dire « je suis un connard doublé d’un emmerdeur né ».

A peine est-ce dit que s’insuffle en moi un sentiment nouveau de confiance en soi. Je peux maintenant sortir dans la rue et hurler :

« J’assume ! J’assume ! »

Et d’enchaîner sur un Joy Division le regard vide, en allumant une clope d’un geste las.

dimanche 24 juin 2007

Rencontre de boulangerie

Salut, Internet. Je t’aime bien toi. On peut passer des mois à te snober puis se remettre, du jour au lendemain, à te raconter nos pensées les plus profondes ou les plus futiles sans que tu nous en tiennes rigueur. J’ai connu des amis moins tolérants. Et en plus, ils ne fournissaient pas le porno. Bon, allez, je crache le morceau : je t’ai privé de mes élucubrations sordides parce qu’elles auraient trop dit de quelqu’un qui n’aurait pas aimé être le sujet de leur cynisme débridé. Ou quelque chose comme ça. Et puis j’étais occupé à la vivre, ma vie, un peu trop pour m’amuser à y chercher quotidiennement l’absurde qui constitue l’essentiel de mon propos. Allez, prend ça comme une excuse et prépare toi à me subir un peu plus…

Etant un peu trop fatigué (euphémisme. Je veux en fait dire : « complètement éclaté, à peine lucide et au bord du split brain ») pour en raconter davantage ce soir, je te propose de découvrir EN AVANT PREMIÈRE MONDIALE le contenu d’un .doc qui moisissait dans un dossier oublié de Dieu lui-même. Je l’ai choisi parce qu’il témoigne du niveau d’inintelligibilité que je peux atteindre pour peu que la fumée qui fait rire ait secoué suffisamment de mes neurones :

« Il y a une part de nous qui est le témoin hilare de nos petites humiliations quotidiennes. Cette autre moi qui nous fait nous dire à voix basse « mais quel con ! », cet esprit désinhibé et lucide au-delà des brumes de nos impressions artificielles. Est il incarné par une sorte de conscience à la fois partie et indépendante de nos êtres, ou n’est il que l’éclat fantasmagorique d’une facette finalement anecdotique de ces même êtres qui ne sont, au mépris de tout mysticisme complaisant, que complexes ? »

Voila ce qui arrive quand on laisse un pauvre type carrément défoncé s’amuser seul à placer le plus possible de mots pédants dans une phrase. Voila ce qui arrive, quand des parents négligent leur devoir fondamental : battre leur gosse s’il manifeste une quelconque forme d’intérêt pour la langue française ou n’importe lequel de ses cours. Je te laisse y méditer.

A bientôt, donc.